Le Technopôle enfin protégé!

 

Tant attendue et espérée, on n’osait plus trop y croire mais finalement la nouvelle est tombée lundi dernier: la “Grande Niaye de Pikine”, soit le Technopole, est désormais officiellement protégée!!

Le Ministère de l’Environnement et du Développement durable a annoncé que le Technopole “et ses dependances” seront “contenues dans une Réserve naturelle communale de Biodiversité, en rapport avec les Collectivités territoriales limitrophes.” Cette zone humide d’importance internationale sera donc, à juste titre, inscrite dans la Convention Ramsar – la neuvième en son genre au Senegal, après Tocc-Tocc (au bord du lac de Guiers), le parc national du Djoudj, les réserves de Ndiael, Guembeul, Somone, et Palmarin, le PN du Delta du Saloum, et enfin Kallisaye en Casamance.

Le communiqué de presse peut être consulté ici sur le site de l’Agence de Presse Sénégalaise.

 

Technopole_Waders_20160806_IMG_4525

 

Je salue ici le combat mené de longue date par l’association NCD, qui a su rassembler les divers acteurs, et notamment le Ministère de l’Environnement, maraîchers et autres usagers, et même la Fédération de golf. J’espère que l’association saura mobiliser les ressources et répondre aux attentes pour améliorer la gestion du site, et que les autorités – notamment la police de l’environnement – pourront infléchir la destruction progressive du Technopole. en particulier la lutte contre le dumping sauvage quotidien d’ordures mais aussi contre le grignotage immobilier (lire à ce propos cette histoire assez édifiante mais malheureusement trop courante au Sénégal, sur la tentative d’implantation illégale d’une entreprise au Technopole).

Espérons également que d’autres sites suivront, car de nombreuses lagunes, niayes et autres marais côtiers du pays méritent tout autant d’être protégés – je pense notamment au lacs Rose, Tanma, Mbeubeusse et Malika, ou encore les lagunes de Yène et Nianing et Pointe Sarène.

La protection formelle du Technopole n’est bien sûr qu’une première étape: vu le potentiel en termes d’accueil des amateurs d’oiseaux et de nature, et en matière d’éducation à l’environnement des écoliers et autres riverains, on peut s’imaginer la mise en place d’un vrai centre de visite, des sentiers balisés, voire même la construction d’observatoires comme cela a été fait à la réserve de la Somone notamment.

 

BlacktailedGodwit_Technopole_20171203_IMG_6580

Barges a queue noire (Black-tailed Godwit), l’une des espèces menacées qui utilisent régulièrement le Technopole comme site d’hivernage et d’escale.

 

Petit clin d’œil aux contributions modestes de l’equipe de SenegalWildlife, le communiqué de presse mentionne que 223 espèces d’oiseaux ont déjà été observées sur le site. Ce chiffre est certainement basé sur la liste que nous tenons à jour depuis quelques années, suite à un inventaire initial établi par Betsy Hopkins vers 2005 puis repris par Paul Robinson en 2011-2014.

C’est donc le moment de partager cette liste ici avec vous, qui compte maintenant au moins 230 espèces car ces derniers mois ont vu l’ajout de plusieurs volatiles rares: Bécasseaux rousset et de Baird, Hirondelle à croupion gris, Pouillot ibérique, etc. – toutes des observations plutôt anecdotiques bien entendu, car l’intérêt du Technopole réside bien plus en son importance internationale comme site d’escale et d’hivernage pour des espèces telles que la Spatule blanche, l’Echasse blanche, la Barge à queue noire, le Goéland railleur ou encore la Guifette noire.

 

eurasianspoonbill_technopole_20170226_img_8583

Spatule blanche (Eurasian Spoonbill)

 

La liste mise à jour¹, avec commentaires sur le statut général et le statut de reproduction de chaque espèce au Technopole, se trouve ici sous forme de Google Spreadsheet. Comme toujours, les corrections et compléments sont bien sûr les bienvenus!

Puis pour un acces direct aux articles que SenegalWildlife a consacré ces dernières années à notre hotspot favori de la région dakaroise, il suffit de se rendre sur cette page.

 

GreyPlover_Technopole_20170303_IMG_8956

Limicoles, Goélands railleurs, Sternes hansel et une Guifette moustac au Technopole

 

Maintenant il ne vous reste plus qu’à aller sur place pour y découvrir cette zone humide urbaine tout à fait exceptionnelle – dépaysement garanti!

 

¹ Le Barbican barbu est la derniere espece a s’ajouter a la liste, avec une observation qui nous semble tout a fait credible, de deux individus le 13/10/18 par E. Pilotte (eBird checklist)

 

Advertisements

Suivi de la migration d’automne à Ngor: août et septembre 2018

Depuis un peu plus de deux mois on a repris nos habitudes au Calao de Ngor cet automne (ai-je vraiment arrêté depuis l’an dernier?), pour voir ce que donne le cru 2018 pour ce qui est de la migration d’automne des oiseaux de mer. Le printemps avait déjà été pas mal, avec entre autres de beaux passages de Sternes voyageuses et de Dougall, de Mouettes de Sabine, et quelques espèces plus rares comme le Fou à pieds rouges, le Puffin de Macaronésie / de Barolo ou encore le Puffin majeur. Ayant eu un peu plus de temps libre et moins de voyages que d’habitude, j’ai donc repris le suivi régulier depuis fin juillet. J’étais curieux notamment de mieux suivre les mouvements en août et septembre, et finalement j’ai un peu mieux pu suivre ces deux mois que l’an dernier: entre le 30/7 et le 30/9, j’ai pu assurer une présence lors de 41 jours, pour environ 55 heures de suivi (2017: 40.5 heures sur 31 jours). A propos de notre suivi de l’an dernier, un article sur le suivi de la migration en 2017 est en cours de rédaction et sera partagé ici en temps voulu!

Les années se suivent mais se ne ressemblent pas: certaines espèces sont visiblement plus communes certaines années, et les conditions météo varient pas mal également. Ainsi, le mois d’août 2018 a été marqué par plusieurs jours de vent favorable (= vent soutenu de l’ouest a nord-ouest), et notamment le Labbe à longue queue a été bien plus nombreux a passer devant les cotes dakaroises qu’en 2017 et 2016. Idem pour les Phalaropes à bec large qui comme le labbe voient eux aussi s’établir un nouveau record journalier.

Comme d’hab’, voici donc une liste comme toujours un peu longue et ennuyeuse, agrémentée de quelques photos d’archives.

  • Océanites

Océanite de Wilson (Wilson’s Storm Petrel): au moins 159 oiseaux sont vus entre le 31/7 et le 23/8, avec un max. de 105 en 30′ de suivi le 13/8.

  • Puffins

Puffin du Cap-Vert (Cape Verde Shearwater): 97 ind. passent le 11/8 en 2h40′, suivi d’un isolé sur place le lendemain et deux oiseaux le 20/8.

Puffin fuligineux (Sooty Shearwater): comme en 2017, les premiers oiseaux apparaissent des les premiers jours de septembre, mais cette année les effectifs restent très modestes jusqu’à fin septembre: seulement 87 oiseaux du 2/9 au 30/9 alors que dans la même période l’an dernier il en passent 393 pour un effort comparable.

 

Sooty Shearwater / Puffin fuligineux
Puffin fuligineux / Sooty Shearwater  (Ngor, avril 2015)

Puffin des Anglais (Manx Shearwater): seuls six oiseaux sont détectés pour le moment, sans doute en raison de l’absence de bonnes conditions météo pour les puffins courant septembre, mois qui devrait marquer le pic du passage de cette espèce.

Puffin “d’Audubon” (Audubon’s Shearwater): à l’inverse, ce puffin généralement très pélagique a été vu bien plus que ces dernières années, avec 19 oiseaux pour le moment. Le premier oiseau passe le 11/8, puis le lendemain c’est un Puffin de Barolo qui est observé en migration active, assez près du rivage permettant son identification. Encore un Barolo ou Macaronésie le 28/8, et le 17/9 il y en a pas moins de 14 qui défilent en deux heures dont quelques groupes de 3-4 oiseaux migrant ensemble. Encore deux le 28/9, et peut-être qu’il en suivra encore quelques-uns dans les semaines à venir.

  • Fous

Fou de Bassan (Northern Gannet): un oiseau de 1ère année passe le 23/9 déjà (2017: premier le 18/9, puis un seul en octobre avant le véritable debut du passage début novembre).

Fou brun (Brown Booby): deux le 26 (un adulte et un imm.) et un imm. les 28 et 29/9 étaient probablement des oiseaux locaux en excursion de pêche depuis les îles de la Madeleine.

  • Limicoles

Comme je le disais dans l’intro, l’une des surprises de cette saison a été le passage important de Phalaropes à bec large (Red Phalarope) en août: alors que je n’avais noté aucun oiseau avant le 11/8, ce jour-la j’en dénombre pas moins de 825 en 2h40′ de suivi le matin, plus encore 35 en 40′ le soir – apparemment un nouveau record journalier pour le Sénégal, à en croire les chiffres a notre disposition. Plus rien les jours suivants, jusqu’au 18/8 lorsque quelques 65 oiseaux passent en deux groupes – toujours aussi difficiles à estimer! – 37 le 20/8, etc. jusqu’au 2/9. Encore 55 le 17/9, pour un total tout à fait honnête de 1256 oiseaux. Sans doute que plusieurs milliers sont passes au total, loin au large ou invisible entre les vagues. Parmi les autres limicoles, retenons le Courlis corlieu (Whimbrel) avec 415 ind., deux Barges rousses (Bar-tailed Godwit), 28 Huîtriers pies (Oystercatcher) dont 13 ce matin, deux groupes de Bécasseaux maubèches (Red Knot), quelques Tournepierres (Turnstone), un Combattant varié (Ruff), deux Grands Gravelots (Common Ringed Plover) et quelques Chevaliers gambettes et guignettes (Common Redshank & Common Sandpiper).

  • Laridés

Mouette de Sabine (Sabine’s Gull): un avant-coureur passe le 30/7 déjà, constituant peut-être bien la premiere observation de juillet pour le site. Passage plus ou moins régulier bien qu’en effectifs très faibles – comme il se doit en août et septembre – du 11 au 22/8 lors d’une période de vents favorables, puis sept le 1/9 et en tout 31 en 2h45 de suivi les 17-18/9. Encore cinq le 24/9 puis plus rien depuis! On attendra donc le gros passage de la deuxième moitie d’octobre pour cette espèce. Peu d’autres laridés pour le moment, mais tout de même à signaler un Goéland leucophée adulte (ou presque) le 23/8.

  • Sternes & Guifettes

Sterne naine (Little Tern): 129 individus pour le moment, soit le même ordre de grandeur que l’an dernier à la même periode (idem pour la Sterne caspienne (Caspian Tern), avec 27 oiseaux au compteur).

Guifette noire (Black Tern): avec 4402 oiseaux, c’est pour l’instant la deuxième espèce la plus nombreuse: pas mal d’oiseaux vers la mi-août, puis petit max. horaire de 460 le 18/9. Au moins une Guifette leucoptère (White-winged Tern) est identifiée le 11/8.

Une Sterne bridée (Bridled Tern) est vue en vol vers le NE le 9/8, suivi d’un individu vers le SW deux jours plus tard, et deux oiseaux (adulte et juv.) sur place le 22/8 – probablement des oiseaux ayant niche aux iles de la Madeleine ou au moins 3-4 couples ont été vus en juillet dernier. Plus surprenante, une jeune Sterne fuligineuse (Sooty Tern) passe vers le SW le matin du 17/9, ma première obs de l’espèce ici et en fait première obs tout court – coche √ 🙂

 

BridledTern_IlesdelaMadeleine_20170624_IMG_2758
Sterne bridée / Bridled Tern (Iles de la Madeleine, June 2017)

Sterne de Dougall (Roseate Tern): avec 133 Dougall dénombrés, on dépasse déjà d’un tiers l’effectif total de l’an dernier, avec un maximum de 41 oiseaux en 2h de suivi le 17/9. Toujours sympa de voir cette belle espèce, dont le statut de conservation en Europe est plutôt précaire avec des effectifs ne dépassant pas les 1900 couples au début des années 2000, essentiellement aux Açores et en Irlande.

Sternes pierregarin et Sterne arctique (Common & Arctic Terns): 8760 ind., en flot plus ou moins continu depuis le démarrage du suivi. La Sterne arctique était visiblement l’espèce dominante en août et début septembre, mais actuellement la tendance est en train de s’inverser, et la Pierregarin devrait logiquement être la plus commune courant octobre et novembre.

Sterne voyageuse (Lesser Crested Tern): au moins 187, généralement en groupes de 2-3 oiseaux suivant les Sternes caugeks, rarement plus d’une dizaine par heure.

Sterne caugek (Sandwich Tern): Troisième espèce la plus nombreuse, avec 2429 migrateurs pour le moment, dont 2000 passent dans la 2e moitié de septembre.

Sterne royale africaine (African Royal Tern): déjà 897 oiseaux, soit un peu plus du double de l’an dernier. Environ 45% de cet effectif défile pendant la dernière décade d’août, avec des maxima de 136/heure le 25.

  • Labbes

Labbe à longue queue (Long-tailed Skua): au moins 478 individus! Le passage débute soudainement le 10/8 – jour d’observation des premiers labbes – avec au moins neuf en 1h30, suivis le lendemain par un bel effectif de 70 oiseaux en 2h40 de suivi et quasiment tous les jours par quelques-uns ou quelques dizaines de migrateurs jusqu’au 22/8. Ensuite rien pendant quatre jours, puis reprise modeste tout à la fin du mois pour culminer le 2/9 avec un effectif impressionant de 217 individus en 1h15 de suivi. Sauf erreur c’est un nouveau record journalier pour le Sénégal, établi en à peine une heure d’observation: combien sont passés en tout ce jour-la? Sans doute plus d’un millier… Cette espèce est bien connue pour ses fluctuations d’effectifs d’année en année: sur les sites de nidification en fonction de l’abondance de nourriture, et visiblement sur les sites d’observation côtiers comme Ngor en fonction des vents pouvant pousser les migrateurs plus près des rivages. En 2017, je n’avais eu que 126 individus; même en prenant en compte l’absence de suivi à la mi-août et pendant plusieurs jours en septembre, il est clair que c’était une “petite” année à Labbes à longue queue, contrairement à 2018.

 

 
Labbe parasite (Arctic Skua): 266 individus au compteur, auxquels il convient d’ajouter sans doute une bonne partie des 82 labbes “sp.”; Seuls six Labbes pomarins (Pomarine Skua) pour le moment, avec le premier certain le 30/8.

Labbe de McCormick (South Polar Skua): un oiseau typique passe assez près du bord le 20/9.

 

Pendant les trois mois qui restent pour cette saison 2018 j’aurai un peu moins de temps que l’an dernier pour suivre ce spectacle de la migration: avis aux amateurs qui souhaiteraient venir en renforts!

Puis il faudrait que je trouve le temps de vous parler de nos sorties récentes au lac Tanma, à la lagune de Yène, et le lac Rose… Mais avant toute chose, demain matin on a prévu une sortie en mer au large de Ngor! Compte-rendu et photos à suivre, si tout va bien.

L’association APALIS et l’atlas des oiseaux de Casamance

 

Bruno Bargain nous présente l’association APALIS et leur travail remarquable d’inventaire et de cartographie des oiseaux de Casamance.

 

L’association APALIS a vu le jour courant 2016 avec pour objet principal de soutenir et relayer les activités du GEPOC, l’association-sœur en Casamance, qui a pour vocation d’étudier et de conserver les oiseaux de cette région ainsi que les milieux dont ils dépendent et plus généralement à valoriser son patrimoine ornithologique.

Ce n’est qu’en 2017 qu’APALIS a réellement pris son essor, avec la mise en ligne de son site internet « Oiseaux de Casamance » qui a commencé à la faire connaître (site bilingue français-anglais).

SiteOiseauxCasamance

 

Depuis lors, nous avons cherché à améliorer cet outil pour le rendre plus attractif et en particulier pour restituer rapidement les observations faites sur le terrain via les cartes de répartition par espèce ou par maille. Il manque encore un module qui permettra à tout observateur la saisie en ligne de ses données, mais d’ores et déjà ce site a permis d’enregistrer de nouvelles adhésions et a commencé à susciter des rencontres fructueuses en Casamance d’ornithologues amateurs et professionnels au-delà du cercle restreint initial.

 

OLYMPUS DIGITAL CAMERA

Bateleur femelle adulte (J-P Thelliez)

 

L’avifaune de Casamance est riche d’au moins 531 espèces :

  • 318 s’y reproduisent potentiellement, la plupart sont sédentaires, d’autres effectuent des déplacements au sein de la zone tropicale ;
  • plus de 115 migrent depuis la zone paléarctique vers la Casamance durant la période internuptiale ;
  • le reste concerne des espèces d’occurrence plus ou moins occasionnelle.

 

OLYMPUS DIGITAL CAMERA

Long-crested Eagle / Aigle huppard (J-P Thelliez)

 

Cette belle diversité s’explique par la grande variété des habitats – dunes et plaines côtières, lagunes, cours d’eau, mangroves et marais, rizières et autres zones cultivées, savane arborée… et surtout, la présence de forêts guinéennes encore relativement bien conservées.

L’objectif prioritaire de notre association est, faut-il le rappeler, l’inventaire atlas des oiseaux de Casamance. Pour y arriver, il faut parcourir à différentes périodes de l’année, l’ensemble des 330 carrés 10×10 de la région, ce qui représente un travail colossal pour une poignée d’observateurs ! Durant l’année qui vient de s’écouler, plusieurs missions de quelques jours ont permis d’augmenter significativement le nombre de carrés prospectés. Par ailleurs, plusieurs ornithos africains et européens ont rejoint récemment notre petit groupe de départ, ce qui permet d’envisager une accélération de notre connaissance de l’avifaune régionale. La base de données d’APALIS compte actuellement plus de 20 000 lignes d’informations.

L’atlas est accessible directement à travers ce lien, ou bien depuis la page d’accueil du site Oiseaux de Casamance. La carte ci-dessous donne une idée du niveau de couverture actuel et de l’effort de prospection: la couleur de chaque carré représente le nombre d’observations, alors que le chiffre indique le nombre d’espèces trouvées dans la maille.

 

AtlasCasamance_MaillesNbEspeces

 

De plus, nous sommes conscients que nous devons aussi affiner les connaissances sur les périodes de reproduction des différentes espèces du territoire, les dates d’arrivée et de départ des migrateurs intra-africains et des migrateurs paléarctiques. Nous avons également démarré le dénombrement de quelques espèces coloniales (hérons, cormorans, spatules…) autour de Ziguinchor. Et nous avons en projet d’étendre ces comptages à toutes les colonies de la Basse Casamance en utilisant un drone (un dossier sera déposé dans les prochaines semaines à diverses fondations pour obtenir un financement). Un autre projet, en cours, consiste à inventorier les oiseaux de la partie casamançaise du Parc du Niokolo Koba durant un cycle annuel. Bref, le travail et les idées ne manquent pas !

 

OLYMPUS DIGITAL CAMERA

Pied Hornbill / Calao longibande (J-P Thelliez)

AtlasCasamance_Calaobrevibande

Au Sénégal, le Calao longibande a une répartition restreinte à la Basse Casamance

 

Le poids d’une association et la qualité de ses actions dépendent du nombre et du dynamisme de ses membres. Nous vous invitons donc à nous rejoindre nombreux, via notre site internet. Votre contribution financière sera bien utile pour acquérir un minimum de matériel pédagogique. Et si vous avez l’opportunité de venir en Casamance, vos observations de terrain pourront être orientées et facilitées en prenant contact avec nous par mail avant votre séjour. Vos données viendront enrichir la base de données.

Une lettre électronique faisant état de la vie et des actions de l’association, de l’actualité ornithologique et de l’avancement de l’atlas est envoyée deux fois l’an à chaque adhérent.

 

OLYMPUS DIGITAL CAMERA

Red-throated Bee-eater / Guêpier à gorge rouge (J-P Thelliez)

AtlasCasamance_Guepiergorgerouge

Le Guêpier à gorge rouge est un nicheur assez répandu en Moyenne et Haute Casamance

 

Si vous avez l’occasion de visiter la Casamance – peut-être que ce petit billet vous aura donné envie! – n’hésitez pas à prendre contact avec l’association avant votre voyage afin de voir s’il y a des especes particulieres à rechercher ou de savoir quelles zones à couverture encore insuffisante sont à cibler. Une manière de combiner l’utile à l’agréable et de contribuer à l’amélioration de notre connaissance des oiseaux du Sénégal. Et faites comme moi, adhérez à APALIS! – BP

 

YellowthroatedLongclaw_Diembering_20170307_IMG_0034

Yellow-throated Longclaw / Sentinelle à gorge jaune (BP)

 

 

Cinereous Vulture in West Africa: from vagrant to regular visitor?

Cinereous Vulture is considered a rare vagrant to sub-Saharan Africa, with just a handful of observations from the western Sahel, mainly from Senegal but also at least one from Mali. Last winter several new records were obtained from the region, including two from Senegal and the first observations from The Gambia and Mauritania.

Last winter’s records from Senegal, Gambia and Mauritania were described in a series of three posts on the MaghrebOrnitho blog (highly recommended for anyone interested in birds of NW Africa!), while the previous record, from 2013, was reported on SenegalWildlife. However, the first Senegalese record of the species was never published and it’s only recently that it was uploaded onto eBird, now also with photographic documentation. It was seen north of Diourbel on 6 January 1987 by a British group. As such, it’s probably a good thing to set the record straight, and recap all known records from Senegal.

 

CinereousVulture-photo-Senegal-Jan1987

Cinereous Vulture / Vautour moine, January 1987 (P. Thompson)

 

The 1987 observation was reported to François Baillon, who at the time was running the French overseas research institute (ORSTOM, now IRD) in Mbour. In a hand-written letter he confirmed that there were no previous records from Senegal, adding that he has seen a great diversity of raptors in this central region of Senegal, including Egyptian Vulture, Lappet-faced Vulture, White-headed Vulture (now very rare here!), Lanner, Peregrine, Lesser Kestrel, Short-toed Eagle, Beaudouin’s Snake-Eagle, Booted Eagle & Bonelli’s Eagle. Of note is that the same group also saw a group of Mottled Swifts during their tour, right by the Gambian border on January 3rd 1987 (“20+ feeding over bush fire. The birds were seen immediately after crossing into Senegal and may well have crossed into Gambia as well.”) – prompting Baillon to mention that he has regularly seen Mottled Swifts in the Niokolo-Koba in January & February 1986 as well as in February 1987 near the river Gambia. Anyway, back to our vultures…

As it turns out, this first country record was also the first for Africa south of the Sahara, given that it predates the record of a Spanish-ringed bird found dead in Mali’s Sikasso region on 19 January 1995. This means that there are now at least seven observations from Senegal, listed here in chronological order:

1) 1987: an immature north of Diourbel on 6.1.87, pictured above (N. Lethaby,  P. Thompson et al.)

2) 2005: a bird ringed in Spain was recovered in Senegal in January 2005 (in HBW; no precise date is given and no further location info is available, though I assume that it’s the Mbour area as shown on the map with ring recoveries in this publication by de la Puente and colleagues, 2012).

3) 2005: an immature between Louga and Touba on 23.2.05, reported by Vroege (2013): Immature Cinereous Vulture Aegypius monachus in Senegal in February 2005. ABC Bull. 21: 223-224. See also this article, in Dutch with English summary.

Vroege - Cinereous Vulture Louga-Touba 20050223

Cinereous Vulture / Vautour moine, February 2005 (K. de Vet)

 

4) 2007: an immature photographed at Nianing (south of Mbour), on 13.1.07 by Talamelli (2007a, 2007b). This observation was incorrectly assumed to be the first record for Senegal.

5) 2013: an immature near Tiom in the Khelcom area (north of Kaffrine) on 23.1.13, with a hundred or so other large vultures at a carcass (L. Majorel, L. Puch et al.),  reported on this very blog here though at the time incorrectly referred to as the second record for Senegal.

Black Vulture / Vautour moine

Cinereous Vulture / Vautour moine, January 2013 (L. Puch)

 

6) 2018: one near Fatick on 30.1.18, photographed by Julio Rabadán González (two photos on observation.org), see also last picture in this post.

7) 2018: one at Sagata (east of Kebemer, along the road to Doyene Dakhar) on 26.2.18 photographed by a Dutch tour group, different from the Fatick bird – see the MaghrebOrnitho post for more details on this and the previous observation.

Just two days prior to the Sagata observation, a Cinereous Vulture was filmed and photographed while feeding with other vulture species at a vulture feeding station run (apparently illegally so!) by a Spanish group, the first record for Gambia. And the first for Mauritania was photographed just a couple of months earlier, on 9.12.17 in the Banc d’Arguin area. The latter was ringed as a chick in the Sierra de Guadarrama near Madrid on 13 July 2017.

The map below shows all of the above observations, i.e. all records from sub-Saharan Africa plus the one from Mauritania (the location of the Malian record is approximate as no precise locality was given).

CinereousVulture_Map_WestAfrica

Records of Cinereous Vulture in West Africa (map data: OpenStreetMap 2018)

 

With at least three birds involved between The Gambia, Senegal and Mauritania, last winter’s records likely reflect a real increase in numbers rather than just an effect of any hypothetical better observer coverage. This trend is fairly obvious in Morocco, particularly at Tanger on the African side of the Strait of Gibraltar, where no less than four birds were seen on a single day last year, on November 10… Even more impressive, the same day the team counted some 2,700 Eurasian Griffons here – that must have been quite a sight!! Further details here. It’s actually quite possible that some of the recent West African sightings were of one or several of these four birds seen at Jebel Moussa. Formerly considered an accidental visitor to Northwest Africa after going extinct as a breeding bird, Aeypius monachus is now seen as “a regular migrant and wintering species in small numbers” according to MaghrebOrnitho.

Cinereous Vulture – formerly often referred to as Eurasian Black Vulture – is classified as Near Threatened, mainly because the global population is relatively small (7,800-10,500 pairs, roughly equating to 15,600-21,000 mature individuals) and because there have been continued declines in the Asian parts of its range. In contrast, the European population is doing pretty well it seems, particularly in Spain which has seen increases possibly over 30%, with estimated total breeding population of some 2,440 pairs. After having seen the species for the first time in northern Greece many years ago, I was fortunate to see some of the Spanish birds during a visit to Madrid last January, right on the outskirts of the city while waiting for the local Spanish Imperial Eagles (which eventually did show up – a long overdue lifer… and a potential vagrant to West Africa!). A reintroduction scheme in southern France lead to the establishment of a small population there, and the species is becoming a regular summer visitor to the western Alps during post-breeding dispersal.

This massive all-dark vulture is pretty straightforward to identify and should be easy to pick up among the local vultures and wintering Eurasian Griffons, which they often seem to associate with. The few records so far show that the species can show up pretty much anywhere north of The Gambia, though the “Vulture Triangle” centered roughly on Louga, as well as a central belt stretching from Mbour to the Khelcom, are clearly more likely to yield more observatins. Let’s see if the current trend continues, which given the increase in Western European populations seems rather likely.

 

 

 

 

 

Many thanks to Mohamed Amezian (MaghrebOrnitho) for making available a great deal of info on the species, and to Nick Lethaby and Paul Thompson for sharing their 1987 observation.

 

 

 

 

Technopole updates – waders, gulls, and a hybrid heron

It’s been a while since I last talked about Technopole on this blog, so here’s a quick update on recent sightings at our favourite Dakar hotspot. I’ve been fortunate to visit several times in the last few weeks, most recently on August 22nd and September 2nd. At the end of August, the site was the driest it’s been in many years: barely any water left on what I usually refer to as the “central lake”. Only some shallow water remained on the far south end along the main road, and even less in the north-east corner close to the golf club house. Even the level of the large reed-fringed lake on the north-east side has dropped substantially.

As a result, there are far fewer birds around than would usually be the case at this time of the year, when the first rains start filling up the lakes again. There are now very few waders, herons and cormorants, hardly any ducks and fairly few gulls and terns (which is more usual during late summer). With the rains finally arriving in Dakar – though just four or five decent showers so far – the site has rapidly started filling up in the past two weeks and is becoming more attractive once again.

This is what it looked like roughly between June and the end of August: hardly any water!!

Technopole_20180610_IMG_2354

 

Despite the low water levels, diversity remains pretty high, with still some 70-75 species typically seen on recent visits. The highlight on Aug. 22nd was yet again a Franklin’s Gull among the flock of Slender-billed Gulls, most likely the same 2nd c.y. bird as in May and June, seen here for the fourth time (see this piece about the species’ status in Senegal and more broadly in West Africa).

Great White Pelicans are particularly numerous this year, with an impressive 650-700 birds present at the moment. They most likely come from the Djoudj colony; unlike in previous years the species is also present daily at Ngor, though in much lower numbers than at Technopole. And a few days ago I even had four flying over the house at Almadies, yet another garden tick.

Besides the ever-present Black-winged Stilts and Spur-winged Lapwings, (both still with several older chicks and quite a few locally hatched juveniles), Ruff is now the most numerous wader, though there are 30-40 birds only… compare with the ∼500 Ruffs counted last year in August! Also just four Black-tailed Godwits (also a Bar-tailed on Aug. 12th), single Whimbrel, Marsh Sandpiper, Dunlin, 4-5 Little Stints and just a handful of Sanderlings, while the first Curlew Sandpipers were seen on Sept. 2nd. On the same day, a Little Ringed Plover was present near the fishermen’s hut – there don’t seem to be many “autumn” records at Technopole of this species. A Kittlitz’s Plover was seen again on Aug. 22nd, following several records in previous months: could the species have bred at Technopole? In June we found a nest containing two eggs and several additional terrtitories near Lac Rose.

MarshSandpiper_Technopole_20180822_IMG_3084

Marsh Sandpiper / Chevalier stagnatile

Sanderling_Technopole_20180902_IMG_3160

Scruffy Sanderling…  a moulting adult (Bécasseau sanderling ad. en mue)

 

On July 7th, a presumed hybrid Little Egret x Western Reef Heron was seen along the track leading to the golf course: interesting bird, as it may mean that there are mixed broods at the Parc de Hann colony, unless of course it was born in the Somone or another heronry. Or that it may be breeding there at the moment, as our bird was obviously an adult in breeding plumage, judging by the pink-reddish feet, bluish lores and long feathers extending from the back of the head. While difficult to judge, the bill length and shape also seems to be more like Little Egret. In addition to the features in the pictures below – in particular the whitish head, central neck and lower belly – we noted a fair amount of white on the wing, mainly towards the base of the outer hand.

WesternReefxLittleEgret_Technopole_20180707_IMG_2889

Presumed hybrid Little Egret x Western Reef Heron / probable hybride Aigrette garzette x Aigrette des récifs

WesternReefxLittleEgret_Technopole_20180707_IMG_2895

Head shot of same bird

Now compare with this typical Western Reef Heron, photographed during my most recent visit to Technopole:

WesternReefHeron_Technopole_20180902_IMG_3152

Western Reef Heron / Aigrette des récifs

Our bird corresponds to presumed hybrids found in southern Europe and in Morocco, though we can’t rule out the possibility that it is in fact a rare dark morph Little Egret, as these do seem to exist… mcuh remains to be learned about these egrets! For more on the identification of Western Reef Heron and Little Egret, see Dubois and Yésou’s article in British Birds (1995).

Talking of herons, here’s a breeding-plumaged Great Egret: note the entirely black legs and feet as well as the mostly dark bill, with just the some yellow still apparent on part of the lower mandible. The bare skin around the eye and on the lores could be described as pale turquoise, though it transitions from light green to more bluish tones. Quite amazing how these birds completely change the colour of their bill and legs during breeding season!

GreatEgret_Technopole_20180822_IMG_3121

Great Egret / Grande Aigrette

 

Besides the above waterbirds, Technopole of course holds lots of good other birds: at the moment, there are a few Broad-billed Rollers that appear to be breeding, and other wet-season visitors such as Woodland Kingfisher and Diederik Cuckoo are also around. And while breeding wasn’t confirmed this year, Red-necked Falcon is still seen on most visits, usually flying around or actively hunting. Zebra Waxbill was more of a surprise, as I’d only seen this species on a few occasions in winter. The lack of rain may have prompted these birds to wander about and somehow make it to Technopole.

Last Sunday I paid an early morning visit to Yène-Tode, but despite the recent rains the lagoon is still largely dry and didn’t hold many birds… The first few puddles had formed, but I reckon it’ll take several more decent showers before the lagoon fills up again. The highlight were two Spur-winged Geese, a species that is rarely seen in the Dakar region and that somehow manages to largely avoid Technopole. To be continued!

 

WhitefacedWhistlingDuck_Technopole_20180902_IMG_3126

White-faced Whistling-Duck / Dendrocygne veuf (Technopole 2.9)

 

 

Les oiseaux de Wassadou

Ah, Wassadou!! On a déjà parlé à quelques reprises du campement de Wassadou, site maintenant bien établi sur le circuit ornitho sénégalais, notamment ici et . Après avoir découvert trop brièvement ce coin fabuleux en février dernier, un long weekend en juin a été l’occasion d’y retourner en compagnie de Miguel puis de Gabriel qui nous a rejoint sur place. Que du bonheur! J’avais donc envie de vous présenter un peu plus ce petit coin de paradis et de partager quelques photos prises sur place.

Voici en vrac quelques espèces, à commencer par les rapaces. Il y a ici une incroyable diversité de rapaces diurnes, tous visibles depuis la terrasse naturelle du campement surplombant le fleuve Gambie. Dès le milieu de la matinée, vers 10-11h, il suffit de s’installer sur le promontoire, et le défilé commence: Aigles de Wahlberg, ravisseur et huppardPygargue vocifère, Buse d’AfriqueBusautour des sauterelles, Circaète brun, Autour unibandeEpervier shikra, Balbuzard pêcheur, Bateleur, bien sur les Gymnogènes et aussi cet autre rapace unique en son genre, le Vautour palmiste.

PalmnutVulture_Wassadou_20180224_IMG_9729

Palm-nut Vulture / Vautour palmiste

Ainsi en juin nous avons pu observer pas moins de 14 rapaces différents. Sur les quelques 227 espèces contactées ces dernières années à Wassadou et dans les environs immédiats du campement, il y a pas moins de 28 rapaces, plus 4 faucons – impressionnant! Il y a d’ailleurs toujours de quoi voir lorsqu’on scrute le ciel: avec un peu de chance, on verra la Cigogne épiscopale ou un Jabiru, et parmi les nombreux martinets se cachent peut-etre quelques Martinets marbrés, espèce connue dans le pays uniquement du PNNK et dont nous avons pu voir plusieurs individus en juin.

WahlbergsEagle_Wassadou_20180224_IMG_9711

Wahlberg’s Eagle / Aigle de Wahlberg

Le Pluvian fluviatile est sans doute l’une des stars du site, et de plus il est généralement facile à voir ici, en train de parcourir les bancs de sable des abords du fleuve. J’imagine qu’au plus fort de la saison des pluies (août/septembre-octobre), lorsque la Gambie déborde parfois largement de ses berges pour inonder le campement même, ces oiseaux sont alors absents mais sinon le reste de l’année ils semblent bien fidèles au poste. Idem d’ailleurs pour le Grébifoulque, cet autre oiseau spectaculaire qu’on aura le plaisir de voir à Wassadou.

Pluvian fluviatile - A Barbalat Feb 2018

Egyptian Plover / Pluvian fluviatile (A. Barbalat)

Autre spécialité locale, le Vanneau à tête blanche est plus difficile à voir et il faut parfois attendre un peu avant de le voir surgir de nulle part, lui aussi fréquentant les berges et zones exondés du fleuve. Comme le Pluvian, ce limicole s’observera le plus facilement lors d’une sortie en pirogue.

WhitecrownedLapwing_Wassadou_20180224_IMG_9701

White-crowned Lapwing / Vanneau à tête blanche

Les martin-pêcheurs sont particulièrement bien représentés à Wassadou, toutes les espèces régulières du Sénégal peuvent être vues ici. Le Martin-chasseur à poitrine bleue est commun, lançant son chant étonnant à longueur de journée. Toujours discret et imprévisible, le Martin-pêcheur azuré a été observé à plusieurs reprises ces dernières années et est à rechercher dans l’ombrage des buissons surpblombant la rivière aux alentours du campement, ou s’observera furtivement lors d’un déplacement d’une rive à une autre. Les Guêpiers à gorge rouge nichent dans les berges, et en saison sèche il est possible de voir des Guêpiers écarlates survolant la zone, parfois en effectifs impressionnants.

BluebreastedKingfisher_Wassadou_20180224_IMG_9638

Blue-breasted Kingfisher / Martin-chasseur à poitrine bleue

On continue avec une espèce phare d’un tout autre registre, la Tourterelle de l’Adamoua. Découverte en Gambie et au Sénégal il y a une trentaine d’années seulement (Baillon 1992), cette tourterelle est relativement facile à trouver lors des sorties en pirogue sur la Gambie, de préférence tôt le matin ou le soir lorsque les oiseaux viennent s’abreuver. Et avec un peu de chance on la croisera dans la ripisylve aux alentours du campement, comme l’oiseau ci-dessous:

AdamawaTurtleDove_Wassadou_20180616_IMG_2587

Adamawa Turtle-Dove / Tourterelle de l’Adamoua

Parmi les passereaux les plus remarquables, citons entre autres le Noircap loriot, l’Apalis à gorge jaune, Prinia à ailes rousses, Gobemouche des marais, Gobemouche drongo, Tchitrec bleuHyliote à ventre jauneSouimanga violet, Amarantes pointé et masqué (même celui de Kulikoro a été signalé non loin d’ici). Le Combassou de Wilson et la Veuve togolaise ont tous les deux été rapportés sur eBird. Du côté des hivernants, en février dernier on a eu entre autres le Rossignol philomèle, l’Hypolais obscure, le Phragmite des joncs, et de manière bien moins attendu un Pouillot ibérique chanteur – tous le long du fleuve. C’est là également qu’il faut rechercher la Bergeronnette pie, espèce très répandue en Afrique subsaharienne mais plutôt localisée au Sénégal, qui comme plusieurs autres espèces atteint ici sa limite septentrionale dans le pays.

AfricanPiedWagtail_Wassadou_20180224_IMG_9683

African Pied Wagtail / Bergeronnette pie

Des choucadors de toutes sortes font des va-et-vient continus en quête d’eau et de nourriture autour du campement, comme ce Choucador à queue violette photographié en juin dernier.

BronzetailedGlossyStarling_Wassadou_20180616_IMG_2550

Bronze-tailed Starling / Choucador a queue violette

On termine notre tour d’horizon trop rapide avec la fabuleuse Chouette-pêcheuse de Pel, phantome du fleuve qu’on pourra tenter de voir au crépuscule lors d’une sortie en pirogue, parfois à quelques centaines de mètres seulement du campement. En juin dernier, nous entendons un jeune crier chaque soir, et on a la chance de d’abord voir ce qu’on suppose être un adulte (photo d’en-tête), puis plus en aval le jeune vient se poser non loin de nous (photo ci-dessous): ces oiseaux sont présents depuis la fin de l’an dernier au moins et il donc probable qu’ils aient niché dans les environs immédiats du campement. Notons encore que parmi les nocturnes, on pourra entendre le Petit-duc africain, et à la tombée de la nuit il est parfois possible de voir des engoulevents chasser au-dessus de la rivière (à longue queue et à balanciers).

PelsFishingOwl_Wassadou_20180616

Pel’s Fishing-Owl / Chouette-pêcheuse de Pel

Difficile de s’arrêter en fait… car comme si tout cela ne suffisait pas encore, il y a encore un autre oiseau tout aussi unique et au statut quasi-mythique au sein de l’avifaune africaine: le Bihoreau à dos blanc! Déja vu furtivement par mes amis genevois en février, il nous a fallu un peu de temps lors de notre visite la plus récente pour comprendre que les grognements et roucoulements parvenant de la végétation dense juste en bas du promontoire, là où se jette un ruisseau dans le fleuve, n’étaient rien d’autre que le cri (ou chant?) de ce héron nocturne si discret et si peu connu au Sénégal. Et dont ce cri n’est pas mentionné dans les guides de terrain (et on l’apprendra plus tard, cette vocalisation n’était pas encore disponible dans les principales banques de données de sons d’oiseaux). Je vous invite donc à découvrir deux enregistrements faits avec mon modeste Olympus LS-12, ici avec les Babouins en arrière-plan. On les attendra à la tombée de la nuit, et effectivement: trois bihoreaux quittent leur cachette en criant pour aller se nourrir au bord de la rivière – on en verra un dans la pénombre juste en face du campement, visiblement en train de pêcher à l’affût depuis une branche au bord de l’eau. Le lendemain au petit matin, les oiseaux ont déjà regagné leur “dortoir”, mais un dérangement (sans doute par des singes) fait décoller un adulte qui part alors vers l’amont. Jean-Francois Blanc et collègues ont d’ailleurs rapporté la présence du Bihoreau à dos blanc plus en aval de l’autre côté du PNNK, à Mako en mars 2016, suggérant – avec raison – que “cette espece discrète pourrait etre sous-détectée le long de la Gambie au Sénégal”. Et tout récemment, Gabriel l’a trouvé au bord de la Falémé dans la réserve du Boundou!

Et puisqu’on parle de nocturnes, voici les Mégadermes à ailes orangées vus en février dernier à deux pas du resto du campement.

YellowwingedBat_Wassadou_20180224_IMG_9713

Yellow-winged Bat / Mégaderme à ailes orangées

Wassadou c’est donc bien plus que les oiseaux! Deux Hippopotames ont élu domicile devant le campement, tout comme quelques Crocodiles du Nil. A l’aube et au crépuscule, avec un peu de chance on verra le Guib harnaché, le Céphalophe à flancs roux voire d’autres ongulés venir boire. Les Singes verts sont omniprésents, deux troupes de bruyants Babouins de Guinée rôdent dans la ripisylve et passent la nuit dans les fromagers au bord de l’eau. Le Colobe de Temminck (Piliocolobus (badius) temminckii), taxon classé En Danger par l’UICN, endémique à la sous-région puisqu’il est restreint à la partie occidentale des forêts de la Haute-Guinée: le sud du Sénégal, la Gambie, la Guinée-Bissau et le nord de la Guinée. Au Sénégal, il y aurait “probablement moins de 400-500 individus dans le PN du Delta du Saloum, et probablement moins de 100 dans la population du PNNK et du nord-ouest de Guinée” (IUCN).

WesternRedColobus_Wassadou_20180615_IMG_2514

Western Red Colobus / Colobe de Temminck

WesternRedColobus_Wassadou_20180615_IMG_2501

Western Red Colobus / Colobe de Temminck

Où observer?

C’est simple: en vous posant sur la terrasse, une bière ou un jus dans la main, les jumelles dans l’autre, le téléscope posé devant la chaise longue. Ou à côté du hamac, c’est selon les envies. On peut donc facilement passer quelques heures ici, mais une ballade dans la brousse environnante permettra de pleinement apprécier la richesse du coin: en suivant le sentier longeant le fleuve en partant vers l’amont du campement, on pourra trouver toute une série d’oiseaux, notamment divers passereaux, et il est possible d’accéder au bord de l’eau à quelques endroits. Et bien sûr, ne pas oublier de prévoir au moins une sortie en pirogue!

Relax_Wassadou_20180617_IMG_2736

Il faut prévoir un minimum de deux nuits sur place, plus si possible – d’autant plus si on a envie de faire une excursion dans le parc du Niokolo-Koba (où l’on pourra également passer une ou deux nuits, au campement du Lion ou à Simenti).

GreenMonkey_Wassadou_20180615_IMG_2486

Green Monkey / Singe vert

 

Comment rejoindre Wassadou?

Le campement se situe juste en face du Niokolo-Koba (la Gambie fait office de frontière du parc ici), à 2-3 kilomètres du goudron Tambacounda – Kédougou, plus précisément ici. Et contrairement au PNNK, pas besoin de 4×4 pour rejoindre le site! Par contre, il faut bien compter 8 heures de route depuis Dakar. L’établissement dispose d’une dizaine de cases simples mais corrects (ne vous fiez pas à l’apparence du site internet du campement, qui a besoin d’un serieux relooking).

 

Wassadou_20180617_IMG_2553

 

 

 

Popenguine encore

Avec un peu (même beaucoup) de retard, voici un bref compte-rendu de nos visites les plus récentes à la réserve de Popenguine. D’abord en février puis début avril et de nouveau il y a quelques jours pour ce qui était pour moi une première visite en juillet sur le site. La visite de février en compagnie agréable de mes amis genevois (17/2), la deuxième en solo lors d’un séjour au lodge de Dalaal Diam en bordure de la lagune de Somone (3/4), et la plus récente avec David, ornitho de passage à Dakar (29/7).

Comme d’habitude, chaque sortie apporte son lot de surprises et de nouvelles connaissances sur ce coin, et notamment lors de l’hivernage il y a des chances de trouver des espèces intéressantes, la plupart des visites précédentes ayant eu lieu pendant la saison sèche.

On commence par le plus fort et le moins attendu: un Turnix mugissant, levé lors de la sortie en février (Common [aka Small] Buttonquail). Pas tout à fait sûr de ce que c’était lorsque l’un de nous l’a fait décoller, on part à sa recherche: pas facile de le relocaliser! Ce n’est qu’en passant à moins d’un mètre de l’oiseau qu’il s’extrait à toute vitesse de sa planque, pourtant bien camouflé… Lors du deuxième envol on a vu que ça ne pouvait être qu’un turnix et non une caille, vu sa taille très réduite. Afin de s’assurer qu’il s’agissait bien d’un Turnix mugissant (= T. d’Andalousie) et pour permettre à tout le monde de le voir, on l’a relocalisé encore une fois avant de le laisser tranquille.

Turnix d'Andalousie

Common Buttonquail / Turnix mugissant (A. Barbalat)

 

Cet hémipode – du Grec “demi pied” en raison de l’absence de doigt arrière, genre Pic tridactyle – figurait déjà sur la liste des oiseaux de la réserve établie en 1984-’86 par Charles Rouchouse, mais je doute qu’il y ait eu beaucoup d’observations depuis. C’est sans doute un oiseau assez répandu au Sénégal, juste pas facile à voir!

En avril, la surprise vient d’une espèce encore plus répandue mais que je ne vois que rarement, et encore moins sur le nid: un Grand-duc de Verreaux qui semble en train de couver dans une anfractuosité de la falaise (Verreaux’s Eagle-Owl). La photo ci-dessous a été prise du haut de la falaise à bonne distance du nid donc sans dérangement aucun (on devine tout de même ce qui doit être un œuf à droite sous l’oiseau!).

VerreauxsEagleOwl_Popenguine_20180403_IMG_1584

Verreaux’s Eagle-Owl / Grand-duc de Verreaux

 

Cette observation est intéressante, car le site de nidification en falaise et non dans un vieux nid arboricole d’une autre espèce serait plutôt inhabituel pour ce hibou géant. Malheureusement je n’ai pas eu l’occasion d’y retourner assez rapidement pour voir ce qu’il en est de cette nichée (à Ndiaffate près de Kaolack, un famille locale avait déjà quitté l’arbre de nidification lorsque nous y sommes passés à la mi-juin).

 

Ensuite quelques classiques de la réserve, comme ce Beaumarquet melba:

Beaumarquet melba

Green-winged Pytillia / Beaumarquet melba (A. Barbalat)

 

Ou encore les Marinets des baobabs (= M. d’Ussher, Mottled Spinetail), Traquets bruns, (Northern Anteater Chat), le Rollier varié (Purple Roller), les Erémomèles à dos vert,  le Bruant d’Alexander (Gosling’s Bunting – plutôt discret en février et avril, chantant timidement en juillet), et j’en passe.

Le début de la saison des pluies marque l’arrivée de plusieurs migrateurs intra-africains: dimanche dernier, on a ainsi noté quelques Coucous didricsMartin-pêcheurs pygmés et Martin-pêcheurs du Senegal (Diederik Cuckoo, Pygmy & Woodland Kingfishers). Avec l’ajout de cette dernière, la liste des oiseaux de la réserve s’établit à au moins 189 espèces et plus probablement plutôt 200 à 210 (je vous avais dit que j’aime les listes!)

AfricanGreyHornbill_Popenguine_20180403_IMG_1580

African Grey Hornbill / Calao a bec noir

 

En hiver – à ne pas confondre avec le terme hivernage, utilisé pour désigner la saison des pluies ici – on a bien sur eu du Monticole bleu avec juste un mâle vu en février et au moins une femelle en avril, et environ cinq Hirondelles de rochers en février, ces dernières n’étant logiquement plus présentes début avril (Blue Rock Thrush & Crag Martin).

Monticole bleu

Blue Rock Thrush / Monticole bleu (Alain Barbalat)

 

Comme toujours aussi bien l’Agrobate podobé que l’Agrobate roux (Black & Rufous-tailed Scrub-Robins) fréquentent Popenguine, tous les deux apparemment nicheur. L’Agrobate roux semble atteindre ici plus ou moins sa limite meridionale sur les cotes sénégalaises; au moins un chanteur était encore présent en juillet, et cet individu photographié en avril avait tout l’air d’être un authentique africain, soit la ssp. minor qui niche à travers le Sahel.

RufoustailedScrubRobin_Popenguine_20180403_IMG_1626

Rufous-tailed Scrub-Robin / Agrobate roux (ssp. minor)

Par contre, cet autre agrobate vu début avril semble plutot être un oiseau de la sous-espèce nominale, soit un hivernant venu du bassin méditerrannéen. Malgré le contre-jour, on voit une nette barre subterminale noire bien large, critère principal pour le distinguer de la (sous-)espèce minor.

RufoustailedScrubRobin_Popenguine_20180403_IMG_1598

Rufous-tailed Scrub-Robin / Agrobate roux (ssp. galactotes)

 

En tournant le regard vers la mer, en février on a eu quelques Fous de BassanSternes voyageuses et royales, au moins deux Labbes “pomasites” (= pomarin ou parasite!), quelques Goélands d’Audouin, etc. (Northern Gannet, Lesser Crested & Royal Tern, Skuas, Audouin’s Gull).

Dans le ciel, quelques rapaces hivernants avec notamment un Faucon pèlerin et ce Circaète Jean-le-Blanc, mais à part quelques Balbuzards (sans doute des jeunes estivant sur la Petite Côte) et Milans à bec jaune il n’y avait point de rapaces lors de notre visite le 29/7, peut-etre trop matinale pour les rapaces! (Peregrine, Short-toed Eagle, Osprey, Yellow-billed Kite)

 

Circaète Jean-le-blanc

Short-toed Eagle / Circaète Jean-le-Blanc imm. (A. Barbalat)

 

Donc comme toujours pas mal d’oiseaux avec une belle diversité à la clé, mais la réserve a soif… la petite pluie de fin juin n’a pas suffi pour véritablement démarrer l’explosion de verdure et de vie qui, on l’espère, ne tardera pas à venir ces prochaines semaines. L’étang n’est plus qu’un fond de de vase qui n’attend que la pluie – et avec elle, les oiseaux!

 

Guereo-CapdeNaze_20180403_IMG_1602

Vue depuis le Cap de Naze vers le sud: le village de Guéréo

 

Pour une présentation plus complète de la réserve naturelle de Popenguine, voir cet article