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Petite revue de la bibliographie ornithologique sénégalaise, 2016-2019 (Troisième partie)

Cette troisième et dernière partie de notre petite série sur la littérature ornithologique sénégalaise concerne la documentation des divers ajouts à l’avifaune du pays. Les publications qui suivent décrivent donc les « premières » pour le pays, par ordre chronologique de publication.

Ces articles ont été publiés dans l’un ou l’autre des deux revues de prédilection pour ce type de notes, soit le Bulletin de l’African Bird Club et Malimbus de la Socété d’ornithologie de l’Ouest africain (à laquelle, en passant, chaque ornitho qui s’interésse à l’avifaune du Sénégal ou de manière plus large de l’Afrique de l’Ouest devrait adhérer!).

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Pour une liste complète des nouvelles espèces de ces douze dernières années, voir ce billet; voir aussi les parties I et II de notre revue bibliographique.

 

  • Première mention du Merle obscur pour le Sénégal: Benjumea & Pérez 2016. First record of Eyebrowed Thrush Turdus obscurus for Senegal and sub-Saharan Africa. Bull. ABC 23: 215-216.

Découverte fortuite incroyable, le 10/12/15 dans un jardin d’hôtel, par deux ornithos espagnols en marge d’une de leurs missions d’étude dans le PN de la Langue de Barbarie. Il s’agit de la deuxième mention de cette espèce sibérienne sur le continent africain, alors qu’elle hiverne normalement en Asie du sud-est, la première provenant de Merzouga au Maroc en décembre 2008. Comme quoi presque n’importe quel migrateur à longue distance d’origine paléarctique peut se retrouver égaré dans nos contrées… et comme quoi, ça sert de toujours avoir un appareil photo à portée de main!

 

  • Delannoy 2016. Les premières observations de l’Alouette à queue rousse Pinarocorys erythropygia au Sénégal. Malimbus 38: 80-82.

La première observation documentée de cette alouette peu connue a été faite dans le Boundou du 10 au 12 novembre 2015, suivant deux observations antérieures non encore publiées formellement, toutes deux du Niokolo-Koba: la première en février 1985, la deuxième en novembre 1992.

C’est donc une alouette à rechercher en hiver dans le sud-est du pays, mais son apparition est probablement très aléatoire, étant une espèce à caractère erratique qui se trouve ici tout à fait en limite de son aire “hivernale” régulière. Elle fréquente les savanes arborées ouvertes tout comme des zones cultivées, affectionnant particulièrement des zones récemment brûlées.

 

  • Première observation de la Bergeronnette à longue queue au Sénégal: Pacheco, Ruiz de Azua & Fernández-García 2017. First record of Mountain Wagtail Motacilla clara for Senegal. Bull. ABC 24: 88-89.

Cette mention de Dindéfélo en mars 2015 reste pour le moment la seule pour le pays, bien qu’il soit possible que cette bergeronnette soit un visiteur non-nicheur plus ou moins régulier dans l’extrême sud-est du pays, dans les contreforts du Fouta-Djallon. A rechercher aux abords du fleuve Gambie et des ruisseaux de vallons autour de Kédougou.

 

  • Observations remarquables du Sénégal, dont la première de l’Engoulevent pointillé: Blanc et al. 2018. Noteworthy records from Senegal, including the first Freckled Nightjar Caprimulgus tristigma. Bull. ABC 25: 58-61.

En plus de la description des observations de l’engoulevent, espèce maintenant considérée comme résidente à Dindéfélo et sans doute dans des milieux similaires dans les environs, les auteurs rapportent des données nouvelles concernant l’Engoulevent doré (dans le Khelkom), à Dindéfélo le Drongo occidental (encore le Drongo de Ludwig à l’époque, auparavant connu uniquement de la Casamance), le Traquet de Heuglin (nicheur sur le plateau de Dande) ainsi que le très discret Sénégali à ventre noir, et enfin le Bihoreau à dos blanc et le Martin-pêcheur azuré au bord du fleuve Gambie à Mako. Ces deux derniers sont depuis plusieurs années assez régulièrement observés dans cette région, notamment autour de Wassadou.

Avec l’espèce précédente, le Trogon narina et deux indicateurs différents, Dindefelo détient clairement la palme en tant que hotspot pour la découverte de nouvelles espèces pour le pays.

 

  • Première donnée du Fou à pieds rouges au Sénégal: Moran et al. First record of Red-footed Booby Sula sula for Senegal. Bull. ABC 25: 213-215.

Le 19/10/16, un Fou à pieds rouges immature a été photographié à environ 10 milles marins au nord de Dakar, lors d’une sortie en mer en marge du PAOC, observation que nous avions déjà rapportée ici. Depuis, pas moins de quatre mentions supplémentaires sont connues, toutes autour de la presqu’île du Cap-Vert: un oiseau en janvier 2018 au PNIM, puis trois fois à Ngor en 2018-2019 dont quelques oiseaux ayant stationné pendant plusieurs semaines ou même mois (deux ind. en mai-juin 2018, un en novembre 2018, et un vu régulièrement en juin-août 2019 dont encore ce 12/8 comme les quatres jours précédents!).

Avec l’augmentation des effectifs aux Iles du Cap Vert on peut s’attendre à d’autres observations dans le futur.

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Red-footed Booby / Fou à pieds rouges, au large de Dakar, Oct. 2016 (B. van Gemerden)

 

  • Première observation d’une Frégate superbe pour le Sénégal: Piot & Lecoq 2018. First record of Magnificent Frigatebird Fregata magnificens for Senegal. Bull. ABC 25: 216-218.

Notre observation de fin avril 2017 reste pour le moment la seule confirmée pour le pays. Bien qu’il puisse s’agir d’une des deux dernières femelles des Îles du Cap-Vert (où l’espèce ne niche plus depuis 1999), une origine néotropicale semble plus probable. Le site de reproduction le plus proche de l’Afrique de l’Ouest est l’île de Fernando de Noronha, situé au nord-est du Brésil à environ 2’650 km de Dakar. D’autres données de frégates dans la sous-région concernent des observations en Gambie (Frégates superbes en 1965 et 1980, puis une frégate sp. en 2005) et au Ghana (Frégate aigle-de-mer F. aquila en 2010, espèce aussi notée aux iles du Cap-Vert en 2017 et donc également d’apparition possible dans les eaux sénégalaises). A quand la prochaine mention dans le pays?

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Magnificent Frigatebird / Frégate superbe f., PNIM, April 2016 (BP)

 

  • Première donnée du Pipit farlouse au Sénégal: Piot 2018. First record of Meadow Pipit Anthus pratensis for Senegal. Malimbus 40: 67-69.

Le 1er janvier 2018, j’ai la chance de trouver un Pipit farlouse aux abords de la lagune de Yène sur la Petite Côte non loin de Dakar. Bien que l’identification ait été confirmée par les cris caractéristiques de l’espèce, plusieurs personnes semblent toujours douter de l’identité de cet oiseau, me disant qu’il s’agit plutôt d’un Pipit à gorge rousse… Le plumage assez contrasté de cet oiseau de permier hiver peut effectivement faire penser à cette espèce, mais d’autres critères et notamment l’absence de stries sur le croupion (visibles sur photo, comme celle-ci) permettent d’éliminer le Pipit à gorge rousse, tout comme le cri d’ailleurs qui est très différent. L’espèce étant connue du sud de la Mauritanie, l’apparition d’un Pipit farlouse égaré au Sénégal n’est pas bien étonnante.

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Meadow Pipit / Pipit farlouse, Yene, Jan. 2018 (BP)

 

En plus de ces sept publications, plusieurs autres sont sous presse ou sont sur le point d’être soumis et seront publiés dans les mois à venir : l’Indicateur de Wahlberg vu plusieurs fois en 2018 (Caucanas et al.), le Gonolek de Turati en 2018 (Bargain & Piot) et l’Anomalospize parasite en février 2019 (Bargain, Caucal & de Montaudouin) tous les deux découverts en Casamance, et enfin la Tourterelle turque en 2016 (BP).

Il y a aussi quelques premières obs encore non encore publiées formellement, notamment nos Martinets horus (rédaction prévue!) de l’an dernier et l’Indicateur de Willcocks de février dernier. Tout comme des mentions un peu moins récentes d’oiseaux qui pour le moment ont été observés une seule fois dans le pays (Epervier d’Europe, Milan royal, Grue cendréeBécasseau d’Alaska) mais dont je doute qu’une publication verra un jour le jour, bien malheureusement…

Quoiqu’il en soit, je vous tiens bien entendu au courant de la suite!

 

Je me permets de terminer en faisant un peu de pub pour une autre publication sur les oiseaux du Sénégal, dans un tout autre registre de celles qui précèdent mais toute aussi intéressante : un recit de voyage naturaliste sous forme de magazine auto-édité par mes amis Frédéric et Jérémy. Truffée de superbes photos, des textes riches en informations pertinentes et anecdotes diverses, c’est bien plus qu’un simple rapport de voyage, où chacun trouvera quelque chose à son goût. De Dakar au Djoudj en passant par les Trois-Marigots, le Gandiolais, et bien d’autres encore!

A decouvrir (et à commander) ici

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Petite revue de la bibliographie ornithologique sénégalaise, 2016-2019 (Deuxième partie)

Si les publications passées en revue dans la première partie étaient en grande partie issues d’études scientifiques menées par des chercheurs académiques, les articles présentés ici sont pour la plupart rédigés par des ornithologues de terrain et de passionnés d’oiseaux fréquentant régulièrement le pays ou qui, comme moi, ont la chance d’y résider et de pouvoir apporter des contributions, certes modestes, à nos connaissances de l’avifaune. Finalement il y aura encore une troisième partie, sinon cet article serait un peu trop long et risquerait de devenir un peu trop ennuyeux!

On s’intéresse ici donc essentiellement au statut et à la répartition des oiseaux du Sénégal, avec dans l’ordre taxonomique les publications suivantes, toujours pour la période 2016-2019:

  • Mortalité massive de Puffins majeurs le long de la côte de la Gambie en juin 2011, et observations récentes au Sénégal: Barlow, Piot & Fox 2018. Great Shearwater Ardenna gravis mass mortality in The Gambia in June 2011, recent observations from Senegal, and evidence for migration patterns. Malimbus 40: 10-20.

Au moins 103 Puffins majeurs sont trouvés rejetés sur 7 km de plages en Gambie en juin 2011, constituant les premières données de l’espèce pour ce pays. Les mesures biométriques à partir de 18 crânes sont présentées et nous résumons les observations publiées pour le Sénégal, la Mauritanie et les îles du Cap-Vert, tout en rapportant de nouvelles informations pour le Sénégal (issues de mes suivis de la migration devant Ngor!). Les mouvements de Puffins majeurs suivis par satellite depuis les sites de reproduction de l’Hémisphère Sud vers l’Atlantique Nord ainsi que leurs stratégies de nourrissage au cours de leur migration sont discutés. La faim est proposée comme cause probable de la mort des oiseaux échoués.

Nous avons également pu contribuer des données récentes obtenues à Ngor à deux autres articles récents traitant d’observations d’oiseaux de mer en Gambie, rédigés par nos collègues gambiens Clive Barlow et Geoff Dobbs :

  • Barlow 2017. First proof of Sooty Shearwater Puffinus griseus in The Gambia, May 2012. Malimbus 39: 56-58 [Première preuve pour le Puffin fuligineux en Gambie, en mai 2012]
  • Barlow & Dobbs 2019. New observations of five species of pelagic seabirds in The Gambia in early 2018, with information from previous years. Malimbus 41: 32-40 [Nouvelles observations de cinq espèces d’oiseaux de mer en janvier-février 2018 en Gambie].
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Great Shearwater / Puffin majeur, Ngor, Nov. 2017 (BP)

 

  • Le Grèbe castagneux, aujourd’hui une espèce reproductrice résidente en Gambie, avec une aire de reproduction au Sénégal étendue: Barlow, Piot & Bargain 2018. Little Grebe Tachybaptus ruficollis now a breeding resident in The Gambia, with an expanded breeding range in Senegal. Malimbus 40: 47-54.

Nous rapportons ici l’historique du Grèbe castagneux en Gambie et au Sénégal, en fournissant des données nouvelles sur la reproduction et de nouveaux sites de nidification depuis 2001. L’utilisation de plans d’eau artificiels en tant que sites de nidification contribue à l’extension de la saison de reproduction ainsi que de l’aire de répartition dans cette région.

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Sites de nidification du Grèbe castagneux au Sénégal et en Gambie

 

  • Taille de la population et phénologie de reproduction du Phaéton à bec rouge aux Iles de la Madeleine: Diop et al. 2019. Population Size and Breeding Phenology of Red-Billed Tropicbirds (Phaethon aethereus) on Iles de la Madeleine, Senegal. Waterbirds 42: 100-106.

La phénologie de reproduction et la répartition dans les sites de nidification des phaétons ont fait l’objet d’un suivi du 6 juin 2014 au 18 mai 2016 dans le PN des Îles de la Madeleine, avec des visites tous les 15 jours pour enregistrer les nids actifs et leur contenu. Ngoné et ses collegues trouvé jusqu’à 76 sites de nidification mais seulement 49 étaient actifs en 2014-2015 et 45 en 2015-2016. Les phaétons se reproduisent tout au long de l’année, mais le nombre de nids actifs a culminé d’octobre à janvier, ce qui peut être lié au caractère saisonnier de l’upwelling océanique. Les nids ont été regroupés dans quatre zones et leur répartition et leur occupation peuvent être liées à la direction du vent pendant le pic de reproduction saisonnier d’octobre à mai. Le succès de reproduction était généralement élevé (62,9% en 2014-2015 et 47,3% en 2015-2016) par rapport aux autres colonies se reproduisant dans des eaux moins productives. Étant donné la singularité et la petite taille de cette population, une surveillance, une gestion et une protection stricte sont nécessaires pour garantir sa viabilité.

  • Effectif exceptionnel de Vautours percnoptères observé au Sénégal en novembre 2017, avec historique et actualisation de son statut au Sénégal et en Gambie: Caucanas, Piot, Barlow & Phipps 2018. A major count of the Egyptian Vulture Neophron percnopterus in Senegal in November 2017, with notes on its history and current status in Senegal and The Gambia. Malimbus 40: 55-66.

Nous rapportons l’observation d’un groupe de 30 Percnoptères d’Egypte le 26/11/17 dans la RNC du Boundou, soit le groupe le plus important jamais documenté au Sénégal et en Gambie et l’un des plus importants pour le Sahel. En déclin rapide dans la plus grande partie de son aire de répartition, nous dressons un état des lieux des observations et données obtenues par suivi GPS depuis la première mention en 1913, et nous proposons qu’elle soit considérée comme migratrice peu fréquente ne nichant pas dans ces deux pays, étant régulière seulement dans l’extrême est du Sénégal.

  • Déclin d’une population urbaine de Vautours charognards sur 50 ans à Dakar: Mullié et al. 2017. The decline of an urban Hooded Vulture Necrosyrtes monachus population in Dakar, Senegal, over 50 years. Ostrich 88: 131-138.

A Dakar, comme dans de nombreux centres urbains de l’Afrique de l’Ouest, les Vautours charognards ont toujours été des charognards urbains caractéristiques. Le récent déclin dans d’autres parties de l’Afrique a motivé, en 2015, son inscription sur la Liste rouge de l’UICN comme espèce menacée « En danger critique d’extinction ». Comme nous l’avons déjà rapporté, nous avons mené une enquête sur son statut actuel à Dakar afin d’effectuer une comparaison avec les données disponibles depuis un demi-siècle. Une forte baisse (>85%) a été notée, la population estimée passant de 3’000 individus en 1969 à seulement 400 en 2016. Ce déclin correspond aux chutes constatées ailleurs en Afrique mais contraste avec les populations apparemment stables de la Gambie à la Guinée. Les causes probables sont 1) une urbanisation galopante entraînant une perte de sites d’alimentation et une réduction de la disponibilité de nourriture, 2) un empoisonnement accru de chiens sauvages due à une recrudescence de la rage et 3) une disparition accrue des arbres appropriés pour la nidification et le repos.

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Hooded Vulture / Vautour charognard, Technopole, June 2019 (BP)

 

  • Voies de migration de la population méditerranéenne de la Sterne voyageuse: Hamza et al. 2017. Migration flyway of the Mediterranean breeding Lesser Crested Tern Thalasseus bengalensis emigrates. Ostrich 88: 53-58.

Un programme de baguage a été mis en place de 2006 à 2012 dans les colonies de Libye, soit les seules sites en Méditerrannée. A partir d’un total de 1354 couvées baguées à l’aide de bagues métalliques et/ou couleurs, 64 ont été retrouvées le long de leur voie migratoire ou sur leur aire d’hivernage.

Cependant, les auteurs écrivent que « le Sénégal et la Gambie sont au cœur de l’aire d’hivernage, » affirmation erronée rectifiée par Dowsett & Isenmann 2018 (Wintering area of the Libyan breeding population of Lesser Crested Tern. Alauda 86: 65-68) qui démontrent que la principale zone d’hivernage se trouve en Guinée-Bissau et en Sierra Leone. Bien que quelques dizaines à quelques centaines d’oiseaux hivernent bel et bien en Sénégambie, l’essentiel des nicheurs libyens hiverne donc un peu plus au sud. Cela n’enleve cependant en rien la conclusion de Hamza et collègues, comme quoi « la conservation de cette population particulièrement localisée et menacée ne réclame pas seulement une protection des sites de reproduction mais également celle des escales migratoires et des sanctuaires d’hivernage»

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Lesser Crested Tern / Sterne voyageuse portant une bague posée en Libye, Ngor, May 2013 (P. Robinson)

 

  • Un afflux de Hiboux des marais en Afrique de l’Ouest pendant l’hiver 2017/18: Piot 2019. An influx of Short-eared Owls Asio flammeus in West Africa in winter 2017/18.  Bull. ABC 26: 206-212 [publication prévue dans le prochain numéro, en septembre].

Pendant l’automne 2017 et l’hiver 2017/18, un afflux sans précédent a eu lieu en Afrique de l’Ouest et particulièrement au Sénégal ; des observations ont également été réalisées en Gambie, en Guinée-Bissau et en Mauritanie. Entre début novembre 2017 et mi-avril 2018, 22 observations concernant au moins 24 oiseaux ont été rapportées: ceux-ci ont peut-être hiverné plus au sud que d’habitude en raison des rudes conditions hivernales en Europe de l’Ouest. Les effectifs fluctuent probablement aussi en fonction des densités d’acridiens au Sahel, où une part importante du régime alimentaire peut être constituée d’insectes. L’espèce devrait y être considérée comme un migrateur régulier et un hivernant localement peu commun en petit nombre, avec des variations interannuelles importantes. La rareté des observations dans la région est probablement due aux habitudes crépusculaires et nocturnes de l’espèce, et aussi à une présence très limitée d’observateurs.

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Short-eared Owl / Hibou des marais, Technopole, Dec. 2017 (BP)

 

  • L’étude par géolocalisateurs révèle que le Martinet unicolore des Canaries hiverne en Afrique de l’Ouest équatoriale: Norton et al. Geolocator study reveals that Canarian Plain Swifts Apus unicolor winter in equatorial West Africa. Publié sur le site de l’African Bird Club (je suppose qu’un article formel suivra; cliquez le lien pour obtenir le PDF).

Même s’il ne s’agit pas d’une étude sénégalaise, elle a toute son importance pour nous: en effet, le suivi par géolocalisateurs a montré que le Martinet unicolore hiverne dans la zone forestière de l’Afrique de l’Ouest, et que l’espèce fait partie de l’avifaune du Sénégal. C’était sans doute l’une des grandes découvertes de ces dernières années – tout comme nos Martinets horus, dont un article portant sur notre étonnante trouvaille de janvier 2018 est en cours de préparation.

En juillet 2013, 16 Martinets unicolores, espèce endémique des Canaries qu’on pensait lagement sedentaire (ailleurs, vu seulement dans les régions cotières du nord-ouest de l’Afrique), ont été équipés de géolocalisateurs dans deux colonies de reproduction sur Tenerife. (Un géolocalisateur, minuscule appareil électronique pesant moins d’un gramme, mesure l’intensité du rayonnement solaire et l’heure, et enregistre ces données pendant une année; au retour de l’oiseau, celles-ci permettent de reconstituer son itinéraire). Parmi ces 16 individus, deux ont par la suite été retrouvés dans la colonie. Les deux oiseaux ont passé la majeure partie de l’hiver dans les forêts de l’est du Libéria. Ils ont quitté la colonie en octobre et novembre respectivement, et ont parcouru au moins 2’600 km pour hiverner, passant toute la période d’hivernage jusqu’en mars-avril 2014 dans les forêts de la Haute-Guinée au Libéria, en Guinée et en Côte d’Ivoire. La route migratoire prénuptiale comprenait le passage dans plusieurs pays où l’espèce n’avait là non plus jamais encore été signalée, dont le Sénégal, la Gambie, la Guinée-Bissau et la Sierra Leone. L’étude souligne l’importance de l’écosystème forestier de la Haute-Guinée pour au moins certains Martinets unicolores, les oiseaux passant plus de la moitié de l’année dans ce hotspot de biodiversité. Elle montre également qu’il devrait donc être possible d’observer cette espèce in natura au Sénégal, notamment en automne et au printemps, même si l’identification sera forcément délicate.

  • La Fauvette de Moltoni au Sénégal et en Afrique de l’Ouest: Piot & Blanc 2017. Moltoni’s Warbler Sylvia subalpina in Senegal and West Africa. Malimbus 39: 37-43.

Récemment élevée au rang d’espèce après la révision taxonomique du complexe des Fauvettes passerinettes, l’aire d’hivernage de la Fauvette de Moltoni était en grande partie inconnue. A la suite d’observations récentes au Sénégal, où sa présence a été enregistrée annuellement depuis 2013, nous avons passé en revue les observations faites en Afrique de l’Ouest : celles-ci suggèrent que l’espèce est largement répartie dans le Sahel, du Sénégal au Nigéria. Il semble que l’espèce soit plus abondante à l’est de cette zone, cependant l’aire de répartition précise et son abondance nécessitent plus de recherches, tout comme ses stratégies de mue et de migration.

  • Rose et al. 2016. Observations ornithologiques au Sénégal. Malimbus 38: 15-22.

Cinq observations d’espèces rares ou peu communes sont décrites, toutes de janvier 2015, dont on peut cependant se poser la question si une publication était réellement nécessaire, car leur simple inclusion dans la rubrique des observations récentes de l’ABC aurait sans doute suffi. Quoiqu’il en soit, les auteurs relatent les observations d’un Onoré à huppe blanche dans le delta du Saloum (où l’espèce est maintenant assez régulièrement vue, à Toubacouta), d’un Hibou des marais aux Îles de la Madeleine, d’un Engoulevent du désert au Djoudj, d’un Martin-pêcheur azuré au Niokolo-Koba, et d’un Sirli du désert dans le Ndiael. La prédation d’un Héron garde-bœufs par un Aigle martial, ainsi que l’histoire de vie d’une Barge à queue noire baguée, sont également rapportées.

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Dutch and English colour-rigned Black-tailed Godwits / Barges à queue noire baguées aux Pays-Bas et en Angleterre, Technopole Jan. 2016 (BP)

 

Deux autres notes courtes sont également à mentionner ici, la première traitant de notre observation d’une pie-grièche hybride du lac Tanma en 2017 (Piot & Caucanas 2019. A hybrid shrike Lanius in Senegal; publication prévue dans le prochain bulletin de l’ABC), l’autre d’une observation de plusieurs Travailleurs à bec rouge à env. 100 km au large de la côte sénégalaise, soit la donnée la plus éloignée du continent jusqu’à présent (Quantrill, R. 2017. Red-billed Queleas Quelea quelea at sea off Senegal. Bull. ABC 24: 216).

Puis au moins deux articles supplémentaires traitant du statut et de la distribution d’oiseaux au Sénégal sont prévues pour publication ces prochains mois, dans la revue Alauda : le premier sur les quartiers d’hiver et les voies de migration du Pouillot ibérique (Isenmann & Piot), le second sur les résultats de nos suivis 2017 et 2018 de la migration des oiseaux de mer à Ngor (première partie prévue en décembre, 2e partie en début d’année prochaine).

La troisième et dernière partie de notre petite série sur la literature ornithologique sénégalaise concernera la documentation des divers ajouts à l’avifaune du pays.

 

 

Petite revue de la bibliographie ornithologique sénégalaise, 2016-2019 (Première partie)

Divers articles consacrés à l’avifaune sénégalaise ont été publiés ces dernières années, nous incitant à faire une petite synthèse de ces publications. Le Sénégal est depuis une cinquantaine d’années une terre fertile pour les études ornithologiques, et ces dernières années cela n’a pas changé. Peut-être bien au contraire, même s’il n’y a plus de vrais ornithologues tels que les Morel ou Baillon résidant au pays – peut-être qu’un jour on se risquera à une note sur les nombreux chercheurs et autres personnages ayant marqué l’histoire ornithologique du pays. Peut-être.

Pour le moment, on se limitera aux 3-4 dernières années (2016-2019), en commençant par les publications ayant trait à l’écologie des espèces, suivi par quelques traités taxonomiques pertinents. La deuxième partie couvrira principalement les articles traitant du statut, de la phénologie et de la répartition d’espèces. J’en oublie certainement, donc tout complément que vous pourrez apporter sera grandement apprécié! Une partie des articles qui suivent sont déjà accessibles en ligne, p.ex. sur le site ResearchGate. Quelques-uns se trouvent sur notre page Ressources. Si nécessaire, je peux aussi fournir la plupart sur demande.

Seul bémol, l’absence quasi totale d’auteurs sénégalais dans les publications qui suivent… espérons que la relève ornitho locale – elle existe bel et bien, timidement – pourra changer cet état des lieux dans un futur proche. Ce triste constat a même été démontré, chiffres à l’appui, dans un article récent paru dans la revue Ostrich: Cresswell W. 2018. The continuing lack of ornithological research capacity in almost all of West Africa. Ostrich 89: 123–129. [Le manque continu de capacité de recherche ornithologique dans presque toute l’Afrique de l’Ouest]

Ecologie

  • Comment les Busards cendrés font face au Paradoxe de Moreau pendant l’hiver sahélien: Schlaich et al. 2016. How individual Montagu’s Harriers cope with Moreau’s Paradox during the Sahelian winter. Journal of Animal Ecology (doi: 10.1111/1365-2656.12583).

Cette étude sur le Busard cendré, menée par une équipe franco-hollandaise, illustre de manière concrète comment un hivernant paléarctique répond au paradoxe de Moreau. Ce terme fait référence au phénomène des conditions écologiques se dégradant au fur et à mesure que la saison d’hivernage avance dans le Sahel alors que les migrateurs doivent se préparer pour leur migration prénuptiale bien que les conditions soient alors plus sévères. En suivant 36 busards hivernant au Sénégal, l’équipe a étudié leur utilisation de l’habitat et leur comportement tout en collectant des données sur l’abondance des criquets, leur principale source d’alimentation sur les quartiers d’hiver. Ils ont trouvé que la fin de la période d’hivernage pourrait constituer un goulot d’étranglement au cours du cycle annuel, avec des effets de report possibles sur la saison de reproduction. Les changements climatiques en cours avec moins de précipitations dans le Sahel, associés à une pression humaine accrue sur les habitats naturels et agricoles, entraînant dégradation et désertification, rendront probablement cette période plus exigeante, ce qui pourrait avoir un impact négatif sur les populations d’oiseaux hivernant dans le Sahel.

Le Busard cendré est l’une des rares espèces à être bien étudiée au Sénégal, notamment par des chercheurs de l’Université de Groningen (dont Almut Schlaich et Ben Koks) et du CNRS en France (V. Bretagnolle et cie.). La Barge à queue noire et dans une moindre mesure peut-être le Balbuzard pêcheur, deux autres espèces prioritaires pour la conservation en Europe de l’Ouest, sont également relativement bien suivies dans leurs quartiers d’hiver au Sénégal et régions limitrophes.

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Montagu’s Harrier / Busard cendré, forme sombre, Simal, Dec. 2015 (BP)

 

  • Sélection de l’habitat, “home range” et taille de population de la Marouette de Baillon dans le delta du Sénégal: Seifert, Tegetmeyer & Schmitz-Ornés 2017. Habitat selection, home range and population size of Baillon’s Crake Zapornia pusilla in the Senegal Delta, north-west Senegal. Bird Conservation International (doi:10.1017/S0959270917000077).

Les trois chercheuses (équipe 100% féminine, fait assez rare pour le signaler !) se sont penchées sur une espèce très peu connue et difficile à étudier, en utilisant une approche multi-échelle pour évaluer les exigences en matière d’habitat de la Marouette de Baillon dans le delta du fleuve. Elles ont suivi par télémétrie 17 individus dans le PN des Oiseaux du Djoudj, puis ont modélisé à partir d’images satellitaires et des données de capture la probabilité de présence ainsi que la densité de la population. La taille du domaine vital de l’espèce mesure en moyenne 1,77 ± 0,86 ha, avec des différences significatives entre habitats. La Marouette de Baillon préfère au sein de ses habitats les structures de bord, comme les pistes battues, les bords des plans d’eau ouverts, ainsi que les limites d’une végétation spécifique. Basé sur les modèles de régression, 9’516 ha d’habitat favorable ont été identifiés dans la zone Djoudj, avec une taille de population potentielle de 10’714 ind. (3’146-17’408). Les zones humides du delta du fleuve ont donc une importance exceptionnelle pour les populations africaines et peut-être aussi européennes.

La même étude a également permis la publication, en 2015, d’un article sur le régime alimentaire de ce rallidé : Seiffert, Koschkar & Schmitz-Ornés 2015. Diet of Baillon‘s Crakes Zapornia pusilla: assessing differences in prey availability and consumption during the breeding season in the Senegal River Delta, West Africa. Acta Ornithologica 50: 69–84. [Régime alimentaire de la Marouette de Baillon : évaluation des différences en matière de disponibilité des proies et de consommation pendant la saison de reproduction dans le delta du fleuve Sénégal].

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Baillon’s Crake / Marouette de Baillon f., Saint-Louis, Dec. 2017 (BP)

 

  • Ecologie de l’alimentation de phaétons se reproduisant dans deux environnements marins contrastés de l’Atlantique tropical: Diop et al. 2018. Foraging ecology of tropicbirds breeding in two contrasting marine environments in the tropical Atlantic. Marine Ecology Progress Series 607: 221–236.

Menée par Ngone Diop, cette étude combine le suivi par GPS, des variables environnementales et des échantillons des régurgitations au cours de l’incubation et de la ponte pour comprendre l’écologie alimentaire du Phaéton à bec rouge, ainsi que les stratégies de recherche de nourriture susceptibles de changer entre deux environnements marins différents: les Iles de la Madeleine (situées dans la remontée du courant canarien) et l’île de Sainte-Hélène au centre de l’Atlantique sud. Des différences substantielles observées dans le comportement d’alimentation entre les deux colonies indiquent qu’il faut être prudent lorsqu’on extrapole les habitudes de recherche de nourriture des oiseaux de mer tropicaux se reproduisant dans des environnements océanographiques contrastés. La surexploitation de petits poissons et du thon peut réduire les possibilités d’alimentation et conduire à une concurrence avec les pêcheries. On incluera le résumé d’une autre publication par Ngoné, celle-ci sur la taille de la population et la phénologie de reproduction de nos chers phaétons du PNIM, dans la 2e partie.

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Red-billed Tropicbird / Phaéton à bec rouge, Iles de la Madeleine, June 2017 (BP)

 

  • Distribution spatiale et comportement de nidification de l’Echasse blanche dans la zone humide urbaine du Technopole: Diallo, Ndiaye & Ndiaye 2019. Spatial distribution and nesting behavior of the Black winged-stilt (Himantopus himantopus himantopus, Linnaeus 1758) in the urban wetland of Dakar Technopole (Senegal, West Africa) – J Biol Chem Sciences 13: 34-48.

Cette étude menée par Yvette Diallo de l’UCAD a été conduite en deux temps, d’abord en 2012 puis en 2017, permettant d’établir les effectifs et de décrire quelques éléments de la biologie de reproduction de l’Echasse blanche. Des dénombrements réguliers pendant la saison de reproduction (délimitée de manière un peu trop restreinte par les auteurs, qui n’ont couvert que la période de mai à août et non d’avril à septembre) ont permis d’établir un effectif maximum de 531 ind. en 2012 et 766 en 2017, les effectifs diminuant dès le début des pluies, lorsque les conditions deviennent moins favorables. En 2012, 25 nids sont identifiés, et pas moins de 79 en 2017. Les résultats sont présentés sous forme de plusieurs graphiques, mais leur interprétation est souvent difficile et on pourra regretter que les conclusions ne sont pas toujours très claires (et que cet article a été publié dans un journal plutôt inhabituel!). L’étude a toutefois le mérite d’améliorer nos connaissances de la biologie de cet élégant limicole en Afrique de l’Ouest, dont les données de reproduction dans la région se limitaient jusqu’à récemment à quelques cas au Sénégal et au Ghana.

Et justement, nous avons entamé la rédaction d’une note sur la reproduction de l’espèce au Sénégal et en Gambie, puisqu’une actualisation de nos connaissances est nécessaire en vue des nouvelles données dont nous disposons. Si tout va bien, rendez-vous en 2020 pour la publication.

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Black-winged Stilt / Echasse blanche pull., Technopole, July 2017 (BP)

 

  • Régime alimentaire et aire de nourrissage des Goélands railleurs nichant dans le delta du Saloum: Veen et al. 2019. Diet and foraging range of Slender-billed Gulls Chroicocephalus genei breeding in the Saloum Delta, Senegal. Ardea 107: 33–46.

Peu d’informations sur l’écologie de la population ouest-africaine de ce goéland sont disponibles pour appuyer les actions de conservation. Les auteurs, dont notre ami Wim Mullié – seul ornitho quasi local impliqué dans l’étude – ont analysé le régime alimentaire sur la base des otolithes de poisson dans les pelotes de rejection et les matières fécales collectées à proximité des nids en fin de période d’incubation, entre 2000 et 2015. Les goélands consommaient principalement des poissons des familles Cichlidae (25-93%), Clupeidae (0-54%) et Mugilidae (0-34%). En 2014, trois goélands ont été suivis par GPS en vue d’étudier les déplacements et les zones d’alimentation. Pendant la journée, ils ont passé 27% de leur temps à couver les œufs, 10% ailleurs dans la colonie et 63% à l’extérieur de la colonie lors de déplacements à la recherche de nourriture, qui pour deux oiseaux avait principalement eu lieu dans des lagons bordés de mangroves, des salins, des criques, des rivières et un complexe de rizières abandonnées. Le troisième a exploré presque exclusivement la côte atlantique près d’un village de pêcheurs en Gambie. Le domaine vital et la zone d’alimentation des trois oiseaux mesuraient 2’400 et 1’800 km², respectivement.

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Slender-billed Gull / Goéland railleur, Palmarin, Saloum April 2019 (BP)

 

On pourrait encore citer d’autres publications ayant trait à l’écologie et en particulier aux stratégies de migration et d’hivernage d’espèces hivernant dans le pays, mais qui ne concernent pas spécifiquement le Sénégal, comme p.ex. Kentie et al. 2017. Does wintering north or south of the Sahara correlate with timing and breeding performance in black-tailed godwits? Ecology and Evolution 7: 2812–2820. [L’hivernage au nord ou au sud du Sahara est-il en corrélation avec la période et la performance de nidification chez la Barge à queue noire ?], ou encore Grecian et al. 2016. Seabird diversity hotspot linked to ocean productivity in the Canary Current Large Marine Ecosystem. Biol. Lett. 12: 20160024. [Les points chauds à grande diversité d’oiseaux marins sont liés à la productivité océanique dans le Courant des Canaries].

Puis pour terminer cette section, mentionnons encore notre note brève relatant l’observation par mes amis genevois d’un Grébifoulque se nourrissant sur le dos d’un Hippopotame (Zapun et al. 2018. African Finfoot Podica senegalensis feeding on the back of a Hippopotamus. Malimbus 40: 70-71). On y décrit un comportement rarement observé d’un des Grébifoulques présents à Wassadou en février 2018. Nous avons retrouvé deux mentions d’observations similaires sur le fleuve Gambie, ainsi que des données d’Afrique australe et du Congo-Brazzaville (avec le Buffle et le Bongo), mais ce comportement n’avait à notre connaissance jamais encore été documenté sur photo.

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Finfoot / Grébifoulque & Hippopotamus, Wassadou, Feb. 2018 (Christian Huber)

 

Place maintenant à la taxonomie, domaine pointu de l’ornithologie moderne qui grâce aux techniques d’analyse génétique continue de chambouler nos connaissances du domaine – et qu’il importe de ne pas négliger car comme le montre la première étude en particulier, les implications en termes de conservation peuvent être importantes lorsqu’un taxon est élevé au rang d’espèce. A propos, Simon et moi avons résumé les principales changements taxonomiques récents affectant le Sénégal dans cet article publié en début d’année sur ce blog.

  • Quand la morphologie ne reflète pas la phylogénie moléculaire : le cas de trois sternes à bec orange: Collinson et al. 2017. When morphology is not reflected by molecular phylogeny: the case of three ‘orange-billed terns’ Thalasseus maximus, Thalasseus bergii and Thalasseus bengalensis (Charadriiformes: Laridae). Biological Journal of the Linnean Society XX: 1–7.

Rédigé par une équipe internationale, cet article établit notamment que la Sterne royale africaine devrait être considérée comme espèce à part entière, et qu’elle est génétiquement plus proche de la Sterne voyageuse que de la Sterne royale américaine. Ayant été élevée au rang d’espèce, il devrait maintenant être plus facile de mettre en place un statut de protection et des mesures de conservation de ce taxon endémique à l’Afrique de l’Ouest, dont les populations sont assez vulnérables puisque concentrées en quelques colonies seulement.

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Royal Tern / Sterne royale, île aux oiseaux, Saloum, mai 2012 (S. Cavaillès)

 

  • Révision taxonomique du complexe d’espèces du Drongo de Ludwig avec description d’une nouvelle espèce d’Afrique occidentale: Fuchs et al. Taxonomic revision of the Square-tailed Drongo species complex (Passeriformes: Dicruridae) with description of a new species from western Africa. Zootaxa 4438: 105-127.

Un billet avait déjà été consacré à cette découverte sur ce blog: en effet, les auteurs décrivent une nouvelle espèce de drongo au sein du complexe de Dicrurus ludwigii, en utilisant une combinaison de données biométriques et génétiques. La nouvelle espèce, le Drongo occidental (D. occidentalis) diffère des autres taxons du complexe par un bec significativement plus gros et par une divergence génétique importante (6,7%) du taxon « sœur » D. sharpei. La répartition de la nouvelle espèce couvre les forêts de galerie des côtes de Guinée (et de la Casamance !) jusqu’au fleuve Niger et le Bénoué au Nigéria.

Une autre étude génétique (par les mêmes auteurs pour la plupart) concerne le Drongo brillant: même si des recherches supplémentaires sont requises, ils recommandent la reconnaissance de plusieurs espèces au sein de ce complexe, les drongos brillants du Sahel et des savanes d’Afrique de l’Ouest devenant Dicrurus divaricatus. Fuchs et al. 2018. Habitat-driven diversification, hybridization and cryptic diversity in the Fork-tailed Drongo (Passeriformes: Dicruridae: Dicrurus adsimilis). Zoologica Scripta 2018: 1–19. [Diversification engendrée par l’habitat, hybridation, et diversité cryptique chez le Drongo brillant].

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Glossy-backed Drongo / Drongo brillant (D. divaricatus), Gamadji-Sare, Jan. 2018 (BP)

 

La suite sera pour dans quelques jours !

 

 

Iberian Chiffchaff in West Africa

We’re continuing our little series on the status of some lesser known passerines that spend the winter in Senegal. This time round we’re looking at Iberian Chiffchaff (Pouillot ibérique), yet another drab songbird that can be tricky to identify unless of course it’s singing. We won’t go much into its identification in this post; a lot has been written on the topic, though unfortunately the standard West Africa field guides lack sufficient detail and may oversimplify the matter somewhat. In addition, few if any of the local guides really know how to identify the species in the field, and not all visiting birders pay much attention to these LBJs.

There are a few subtle differences in plumage, but generally it’s not easy to identify these birds on plumage and “jizz” alone..  so maybe it’s useful after all to summarise key characteristics here. Lars Svensson, in what is still one of the main reference papers on Iberian Chiffchaff identification (2001), neatly listed the following field characters in comparison with Common Chiffchaff:

  1. As a rule, the entire upperparts of ibericus are purer moss green than on Common Chiffchaff, lacking the brown tinge on crown and mantle usually present in collybita in freshly moulted plumage in early autumn a very slight brownish tinge can be found on the greenish upperparts of some Iberian Chiffchaffs
  2. More tinged yellowish-green on sides of head and neck, and has no buff or brown hues at all, or only very little of it behind the eye and on ear-coverts. The breast is whitish with clear yellow streaking
  3. Typically, has vivid lemon yellow undertail-coverts, contrasting with a rather whitish centre to the belly
  4. Supercilium on average more pronounced and more vividly yellow, particularly in front of and above the eye
  5. On average, the legs are a trifle paler brown on Iberian than on Common Chiffchaff, though many are alike
  6. Bill is very slightly stronger [though I find this one of very little use in the field!]
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Iberian Chiffchaf / Pouillot ibérique, Gandiol, 31 March 2016 (BP). Note yellowish supercilium, undertail and flank streaks, dull greenish upperparts, pale brown legs, whitish belly, and apparently also pale bill base

 

Clearly these are mostly subtle differences and when identifying on plumage alone, a combination of characters should typically be used. Confusion with Willow Warbler is not unlikely, even by experienced birders, and I’m assuming that at least some Iberians are noted as Willow Warbler, especially in mid-winter in northern Senegal when Willow Warbler should in fact be rare, as it winters chiefly in the forest zone further south. The longer wings, pale underparts and paler legs can indeed result in striking similarities between Willow and Iberian. A good pointer to separate these two is that the latter typically dips its tail while feeding, whereas Willow, Warbler characteristically flicks its wings while moving its tail sideways.

The two pictures below were taken by Frédéric Bacuez near Saint-Louis, on 18.4.16 (top) and 20.1.13 (bottom), and while it’s probably impossible to be certain, I do tend to believe these are Iberian Chiffchaffs.

 

Bango, April 2016 (© F. Bacuez)

2013 01 20 9h30. Pouillot fitis apr_s le bain, dans l'eucalyptus. Photo par Fr_d_ric Bacuez, IMG_9104 (2)

Iberian Chiffchaff or Willow Warbler? I tend to think it’s an ibericus (© F. Bacuez)

 

The vocalisations on the other hand are far more reliable and are indeed always ideal in order to confirm an Iberian Chiffchaff, particulary the song. While there’s some variation and there may be some “mixed singers”, the difference with Common Chiffchaff is usually obvious (though maybe a bit less so on this one from Wassadou). It’s worthwhile pointing out though that besides the quite distinctive song, a good yet undervalued criterion is the call of the species – see this nice summary on the Turnstones blog (and also Collinson & Melling 2008, who state that the call “in sharp contrast to that of Common Chiffchaff, is downwardly inflected, from 5 to 3 kHz, transcribed as ‘piu’ or ‘peeoo’, perhaps reminiscent of the call of Siskin” – now compare with my recording from Technopole (same bird as in the song recording): I wouldn’t say this sounds like a Siskin – and even less like a Bullfinch! – and at 3.5-6 kHz the frequency is clearly a bit higher as can be seen on the sonogram below (click to enlarge).

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Status & Distribution in Senegal

Up to not so long ago, most authors considered Iberian Chiffchaff to be a resident or partial migrant, mostly due to lack of reliable identification criteria at the time. Svensson (again!) provided the most comprehensive overview of our knowledge of the wintering areas in his 2001 paper, concluding that it is “a long-distance migrant which winters primarily in tropical Africa“. This assumption was however based on very few specimens and even fewer reliable field observations. One of these is of a bird “singing like an Iberian Chiffchaff” by Yves Thonnerieux from northern Ghana, and the only two specimens from wintering grounds are from Mali in 1932 (Segou) and 1955 (Bamako); both were found by Svensson in the museum of natural history in Paris (MNHN). A third specimen was collected in January 1955 in Tunisia, suggesting that some birds may winter north of the Sahara; Svensson also showed that the species is present during spring migration in Morocco (at least late March – early April).

With increased “observer awareness” and better reporting systems, recent years have seen a clear increase in field observations from West Africa, described further below. Combined with the absence of any winter records from the Iberian peninsula, I think it’s quite well established now that indeed most if not all Iberian Chiffchaffs winter south of the Sahara.

To further refine its status in West Africa, we turn to our usual suspects: Morel & Morel  provide a single record, presumably obtained by themselves, of a singing bird at Richard Toll on 22-24.2.87 (this is probably the unpublished record “from tropical Africa” that Svensson refers to). This can safely be assumed to be the first published record for Senegal; identification was apparently largely based on song since they write that they compared the song with recordings by Claude Chappuis. It’s quite easy to miss out on this observation though, as ibericus (or brehmi as it used to be known) is only referred to in the annex of Les Oiseaux de Sénégambie (1990), as their sighting was obviously too recent to be included in the near-final manuscript of their book. Of course, the species was at the time still considered to be “just” a subspecies of Common Chiffchaff. Rather curiously, the Morels refer to a significant proportion of Scandinavian Common Chiffchaffs (ssp. abietinus) – up to half! – though we now know that these populations tend to winter in eastern Africa, heading in a south-easterly direction in autumn. Could it be that these were actually Iberian Chiffchaff rather than abietinus?

Moving on, Rodwell and colleagues (1996) refer to three records of calling (singing?) birds in the Djoudj NP in Jan 1990, Jan 1991 and Feb 1992. Sauvage & Rodwell (1998) do not provide any additional records: up to the mid-nineties, ibericus was obviously still considered a rare to scarce winter visitor to northern Senegal. More than a decade later, Borrow & Demey still consider the species’ distribution in Senegal as “inadequately known”, and their map only shows the lower Senegal valley.

As is the case with quite a few other little known taxa that were recently elevated to species rank – think Moltoni’s Warbler, Seebohm’s Wheatear, Atlas Flycatcher – these past few years our knowledge has greatly increased, and it is clear that Iberian Chiffchaff is indeed quite frequent in northern Senegal. Recent reports mainly come from the Djoudj NP – obviously a key wintering site, with decent densities – and from around Richard Toll and Saint-Louis (e.g. Bango, Trois-Marigots, Langue de Barbarie, and see picture above). There are however a number of recent records elsewhere that suggest that the species is more widespread: last winter I was lucky to find a singing bird at Technopole which is thought to be the first record from Dakar; there are also a few reports from the Somone lagoon, though not sure that these are reliable (I have suspected the species here before, but never been able to confirm based on call or song). Rather intriguingly, the species was also seen several times along the Gambia river at Wassadou these past two years: first in December 2017, then more than two months later at least one singing bird that we found on 24.2.18, and again this winter (7.1.19). Finally, another singing bird was reported near Kounkane, Velingara, on 28.1.18 (G. Monchaux) – to our knowledge the first record from Casamance. The observations in these southern locations suggest that the species is more widespread and that it can turn up anywhere in Senegal.

In Mauritania, it appears that up to recently the only records were obtained during extensive field work conducted by the Swiss Ornithological Station, with several birds captured both in spring and in autumn 2003 (Isenmann et al. 2010). There are several more recent reports from around Nouakchott mainly, presumably of birds passing through. In addition to the two aforementioned specimens from Mali, the only other record from that country that I’m aware of is of a singing bird that I recorded in a hotel garden in Bamako, where it was singing for at least a week in January 2016. Burkina Faso should also be part of the regular range, though there again there are just a couple of records, most recently a singing bird reported by van den Bergh from the Bängr-Weeogo park in Ouagadougou in December 2011.

The Xeno-canto range map, which is largely based on BirdLife data, is probably the most accurate when it comes to the winter range (though not for the breeding range, the species being absent from most of central and eastern Spain). It should also include all of northern Senegal, or at a minimum, the lower and middle river valley, particularly the Djoudj NP which is omitted from the map below. I’m not sure that the species has been reliably recorded from Gambia even though there are several unverified observations on eBird. Further north, there are several winter records from Western Sahara between early December and early February, mainly at coastal sites (Bergier et al. 2017), suggesting that not all Iberian Chiffchaffs cross the Sahara. Spring migration is noted from mid-February to mid- or end of April.

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Iberian Chiffchaff should be present in Senegal and generally throughout its winter quarters from about October to early or mid-April; the earliest observation I could find is one of a bird reported singing east of Richard Toll on 27.10.15. A Danish group reported two birds in Djoudj in early November 2017, but other than that almost all records are from December – February during the peak orni-tourist season.

Paulo Catry and colleagues (including our friends Miguel and Antonio!) showed marked differential distance migration of sexes in chiffchaffs, with females moving further south than males. Their study did not distinguish between Common and Iberian Chiffchaff, but because south of the Sahara (Djoudj mainly), sex-ratios were more male-biased than predicted by a simple latitude model, their findings suggest that among the chiffchaffs wintering in West Africa, a large proportion is composed of Iberian birds, providing further support that these birds are long distance migrants. The ringing data from Djoudj also showed that chiffchaffs display differential timing of spring migration, with males leaving the winter quarters considerably earlier than females [typically, male migrant songbirds arrive a little earlier on the breeding grounds than females, presumably so they can hold and defend a territory by the time the females arrive].

Finishing off with some essential ibericus reading…

 

 

 

 

Au fond du PNNK

John Rose et Dimitri Dagorne nous présentent les résultats d’un récent périple dans le Niokolo-Koba, le dernier d’une série d’inventaires menés par un petit groupe de passionnés du parc. Merci à eux!

 

Le Parc National du Niokolo-Koba (PNNK) est une aire protégée de 913 000 hectares, retranchée au sud-est du Sénégal à la frontière de la Guinée. Depuis sa création en 1954 il fut le théâtre de nombreux tourments : braconnage, invasion de plantes exotiques, exploitation destructrice des ressources naturelles, tensions avec les habitants expulsés. Mais les efforts accrus de conservation depuis plusieurs années semblent avoir redonné un souffle de vie à ce qui est à présent un des rares grands sanctuaires de biodiversité d’Afrique de l’Ouest.

Pendant cinq ans (2012-2017) l’association française COMETE International (dissoute le 27/1/18), en se coordonnant avec d’autres organismes d’appui comme l’Association des Naturalistes des Yvelines (ANY), le Centre Ornithologique Île-de-France (ex-CORIF, absorbé par la LPO), l’African Bird Club, l’association sénégalaise NCD, et l’UNESCO, a soutenu les efforts des communautés locales pour la valorisation du parc et le développement durable des zones alentour. C’est avec la coopérative des guides du Parc National du Niokolo-Koba (GIE NIOKOLO) qu’ont été ainsi menées une quinzaine d’inventaires ornithologiques avec la collaboration des autorités du parc (Direction des Parcs Nationaux) et une demi-douzaine de voyages touristiques équitables, activités qui relevaient au total environ 4 000 observations de 259 espèces d’oiseaux dans la partie centrale “touristique” du PNNK et ses proches alentours.

Le but principal du voyage actuel, parrainé sur le plan scientifique par l’ANY, était de prospecter les zones du PNNK pas encore explorées dans le cadre de ce projet. Il a été planifié par deux membres de l’équipe scientifique du projet (Dimitri et John) et rejoint par un troisième naturaliste amateur, Jean-Jacques Pailler. Les zones ciblées dans l’est, le sud et l’ouest du parc ne sont accessibles qu’en fin de saison sèche (avril jusqu’à mi-juin) quand les gués sur le fleuve Gambie sont navigables, et nous avons visé la période tardive juste au début des pluies pour éviter le plus fort de la canicule, et pour pouvoir observer des migrateurs intra-africains venant des forêts guinéennes et équatoriales.

Itinéraire Niokolo-Koba

 

Arrivés à l’aéroport de Dakar dans la soirée du 31 mai 2018, nous nous faisons conduire le lendemain dans notre pickup 4×4 à Dialacoto, grand village chef-lieu de la commune de ce nom situé à 480 km de Dakar et à une dizaine de kilomètres de l’entrée principale du PNNK. Le lendemain nous expérimentons, en compagnie de neuf guides du GIE NIOKOLO, un nouveau circuit ornithologique pédestre dans la forêt de Diambour juste au nord de Dialacoto (carte du circuit ici). La savane boisée, bien que proche des activités humaines, offre un sentiment d’immersion dans une nature isolée. Paysages métamorphosés par les saisons, à cette période sèche nous observerons un total de 37 espèces d’oiseaux dont le Bucorve d’Abyssinie, l’Amadine cou-coupé, un groupe d’Hirondelles à ventre roux, et un vol de 61 Pélicans blancs se dirigeant vers le nord (probablement vers le Parc National des Oiseaux de Djoudj qui est leur principal lieu de reproduction) (Abyssinian Ground Hornbill, Cut-throat, Rufous-chested Swallow, Great White Pelican). Ce circuit fait dorénavant partie de l’offre de tourisme ornithologique des guides ainsi familiarisés.

Après une nuit tranquille passée au campement Chez Ibrahima à la frontière du parc, nous pénétrons enfin les terres du PNNK, accompagnés de notre guide du GIE Banna Kanté et du lieutenant Assane Fall, mis à disposition par la Direction des Parcs Nationaux au vu du caractère scientifique de notre mission. Arrivés à Simenti sur le fleuve Gambie, nous étions contents de voir que l’hôtel, seul lieu d’hébergement confortable à l’intérieur du parc avant sa fermeture deux ans auparavant, était en train d’être remis en état pour réouverture pour la prochaine saison touristique (la saison sèche, de décembre à mai). Le tableau qui se présente à nous à la mare de Simenti adjacente est révélateur d’une saison 2017/18 particulièrement aride. Ce plan d’eau peu profond, qui accueille normalement un cortège d’échassiers et de limicoles pataugeant entre les crocodiles, était réduit à quelques pièces d’eau et bains de boue pour phacochères. Nous terminerons la journée au Campement du Lion géré par le GIE, où les murmures de la faune nocturne berceront notre sommeil.

Dès l’aube de notre deuxième jour dans le parc, installés sur un rocher en bord du fleuve Gambie, nous accompagnerons l’éveil de la savane. A quelques mètres de nous les couleurs encore ternes d’une Rhynchée peinte (Greater Painted-Snipe) s’illuminent doucement sous les premières lueurs de la journée. Il est l’heure de poursuivre nos inventaires, et confortablement installés dans la benne du 4×4, nous traversons le Gambie au Gué de Damantan pour atteindre pour la première fois la moitié sud du PNNK. Notre méthode d’inventaire est de rouler à moins de 15 km/h en nous arrêtant le temps nécessaire d’identifier chaque oiseau rencontré. Nous saisissons ainsi les données géolocalisées sur le terrain, au moyen des applis smartphone eBird pour toutes les espèces et celle de l’observatoire participatif African Raptor DataBank pour les rapaces.

Notre premier inventaire matinal de 32 km, sur la piste entre le Gué de Damantan et Barka Bandiel, était ponctué par un arrêt au mausolée d’un imam vénéré à Damantan, ce village évacué lors d’un agrandissement du parc qui reste toujours un important site de pèlerinage. Pour l’inventaire suivant, nous suivions sur 30 km la piste jusqu’à Oubadji, avant que nous soyons obligés d’atteindre en hâte au crépuscule ce dernier village à la frontière extérieure du Parc. Le campement communautaire, où nous avons passé la nuit, est aussi rudimentaire dans son confort que son cadre est merveilleux. Le petit déjeuner en plein air du lendemain nous offrira un spectacle matinal de nombreux oiseaux dont le Coucou de Klaas, le Cubla de Gambie, et le Touraco violet (Klaas’s Cuckoo, Northern Puffback, Violet Turaco).

Violet Turaco Touraco violet (Dimitri Dagorne)

Violet Turaco / Touraco violet (© D. Dagorne)

Peu après avoir quitté Oubadji, nous observons notre première nouvelle espèce d’oiseau pour le PNNK (par rapport aux inventaires précédents), un choucador (“merle métallique”) perché au sommet d’un petit arbre : un Choucador de Swainson.

Lesser Blue-eared Starling Choucador de Swainson (Dimitri Dagorne)

Lesser Blue-eared Glossy Starling / Choucador de Swainson (© D. Dagorne)

Nous poursuivons en traversant de nouveau le Gambie au Gué de Malapa, qui n’est en vérité qu’une traversée non balisée du très large lit desséché et rocailleux du fleuve. Puis nous suivons vers l’est la rive droite du fleuve qui forme la frontière sud du parc. C’est alors que nous ferons une observation très rare de trois Amarantes de Kulikoro, oiseau réputé jusqu’à très récemment d’être absent du PNNK. La peine pour la traversée et la distance nous séparant de notre prochain campement nous contraignent à arrêter notre inventaire après 66 km de piste très difficiles et à finir le trajet de nuit ; nous bivouaquerons au plateau du Mont Assirik à la station de recherche sur les chimpanzés, grâce à une autorisation spéciale des autorités du parc.

Mali Firefinch Amarante de Kulikoro (Dimitri Dagorne)

Mali Firefinch / Amarante de Kulikoro (© D. Dagorne)

Nous consacrons notre quatrième jour dans le PNNK à explorer à pied les abords du Mont Assirik, la seule zone où les visiteurs sont autorisés à se déplacer à pied. Nous partirons à l’ascension du sommet, point culminant du parc à 311 mètres. Perdus dans nos comptes par les nombreuses nuées de passereaux multi-spécifiques s’enchaînant aux sommets des arbres, nous observons 11 Loriots dorés (African Golden Oriole) dont un groupe de sept en vol bas. Autre observation notable : quatre Pluviers de Forbes déambulant autour d’une petite pièce d’eau. Sur le chemin du retour, juste avant d’arriver au campement, un tourbillon de vent est soudain tombé sur nous, apportant à seulement quelques mètres un jeune Bateleur des savannes.

Forbes' Plover Pluvier de Forbes(Dimitri Dagorne)

Forbes’s Plover / Pluvier de Forbes (© D. Dagorne)

Bateleur (Dimitri Dagorne)

Bateleur (© D. Dagorne)

Après le déjeuner nous descendrons dans la Vallée de Stella légèrement en contrebas du campement pour poursuivre dans un étroit lit de rivière. La forêt galerie est dense, nos observations seront furtives et fragmentaires. Un œil sublimement maquillé, une crête verte et des ailes violettes, Dimitri reconnaît là le Touraco vert (Green Turaco). Une petite gorge d’un jaune éclatant sur un oiseau sombre, il s’agit d’une paire de Bulbuls à gorge claire (Yellow-throated Leaflove). Tous les deux sont des nouvelles espèces pour nous, l’observation du touraco loin de ses territoires de base à l’extérieur du parc est particulièrement significative. Dans les feuilles d’un palmier, un Noircap loriot occupé à la construction de son nid se laisse observer en toute indiscrétion. Posée dans une fourche cachée par un amas de branches, nous apercevons une Tourterelle d’Adamaoua (Adamawa Turtle-Dove).

Oriole Warbler Noircap loriot (Dimitri Dagorne)

Oriole Warbler / Noircap loriot (© D. Dagorne)

Le lendemain matin, Dimitri a pu observer près du campement un Traquet familier, notre cinquième nouvelle espèce qui, bien qu’assez commune dans l’extrême sud-est du pays, n’a été observée auparavant qu’une seule fois dans le parc (par Geoffrey Monchaux en janvier 2018 dans la même zone). Il fallut quitter à regret le Mont Assirik pour retourner au Campement du Lion par une longue route en trois étapes d’inventaire dans le sud du PNNK, très, très sec, et décevante du côté ornitho.

Lors de notre dernière matinée au parc, nous observons aux abords du fleuve Gambie un Martin-pêcheur azuré, assez rare et surtout très discret, et un couple de Grues couronnées (Shining-blue Kingfisher & Black Crowned Crane). Nous prenons la route vers la sortie du PNNK pour nous retrouver au confort à l’hôtel de Wassadou, l’objet d’un récent rapportage dans ce blog. L’hôtel se trouve sur la rive droite du fleuve Gambie, la rive d’en face faisant partie du PNNK. Embarqués sur le fleuve le lendemain matin dans la petite pirogue à moteur de l’hôtel, nous observons de nouveau la Tourterelle d’Adamaoua et le Martin-pêcheur azuré, puis nous voyons perchée côté PNNK une magnifique Chouette-pêcheuse de Pel, notre sixième nouvelle espèce. Revenus à terre, nous observons une seconde chouette cachée sur la rive de la rivière Niériko qui se jette dans le Gambie au niveau de l’hôtel.

Chouette-pêcheuse de Pel (Dimitri Dagorne)

Pel’s Fishing Owl / Chouette-pêcheuse de Pel (© D. Dagorne)

Dans le PNNK et ses proches alentours, nous avons observé 148 espèces d’oiseaux dont six nouvelles pour notre projet, soit un total de 265 espèces sur les quelques 360 signalées dans la littérature scientifique et archives d’observations (y compris les visiteurs passagers ou égarés). Une publication scientifique présentant les résultats du projet est en cours de préparation.

Nous partons en fin de matinée du 9 juin pour la Réserve Naturelle Communautaire de Boundou, située à environ 115 km au nord-est de Wassadou, que nous explorons pendant deux jours avant de reprendre la route pour l’aéroport via la Réserve Naturelle de Somone. Au total, nous aurons admiré lors de ce riche et intense voyage 193 espèces d’oiseaux, 21 de mammifères et plusieurs reptiles et invertébrés intéressants (voir les listes présentées dans le rapport complet disponible ici). Vos questions ou commentaires peuvent être postés ci-dessous ou adressés à John Rose.

 

Shining-blue Kingfisher Martin-pêcheur azuré (Dimitri Dagorne)

Shining-blue Kingfisher / Martin-pêcheur azuré, Camp du Lion (© D. Dagorne)

 

 

Les oiseaux de Wassadou

Ah, Wassadou!! On a déjà parlé à quelques reprises du campement de Wassadou, site maintenant bien établi sur le circuit ornitho sénégalais, notamment ici et . Après avoir découvert trop brièvement ce coin fabuleux en février dernier, un long weekend en juin a été l’occasion d’y retourner en compagnie de Miguel puis de Gabriel qui nous a rejoint sur place. Que du bonheur! J’avais donc envie de vous présenter un peu plus ce petit coin de paradis et de partager quelques photos prises sur place.

Voici en vrac quelques espèces, à commencer par les rapaces. Il y a ici une incroyable diversité de rapaces diurnes, tous visibles depuis la terrasse naturelle du campement surplombant le fleuve Gambie. Dès le milieu de la matinée, vers 10-11h, il suffit de s’installer sur le promontoire, et le défilé commence: Aigles de Wahlberg, ravisseur et huppardPygargue vocifère, Buse d’AfriqueBusautour des sauterelles, Circaète brun, Autour unibandeEpervier shikra, Balbuzard pêcheur, Bateleur, bien sur les Gymnogènes et aussi cet autre rapace unique en son genre, le Vautour palmiste.

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Palm-nut Vulture / Vautour palmiste

Ainsi en juin nous avons pu observer pas moins de 14 rapaces différents. Sur les quelques 227 espèces contactées ces dernières années à Wassadou et dans les environs immédiats du campement, il y a pas moins de 28 rapaces, plus 4 faucons – impressionnant! Il y a d’ailleurs toujours de quoi voir lorsqu’on scrute le ciel: avec un peu de chance, on verra la Cigogne épiscopale ou un Jabiru, et parmi les nombreux martinets se cachent peut-etre quelques Martinets marbrés, espèce connue dans le pays uniquement du PNNK et dont nous avons pu voir plusieurs individus en juin.

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Wahlberg’s Eagle / Aigle de Wahlberg

Le Pluvian fluviatile est sans doute l’une des stars du site, et de plus il est généralement facile à voir ici, en train de parcourir les bancs de sable des abords du fleuve. J’imagine qu’au plus fort de la saison des pluies (août/septembre-octobre), lorsque la Gambie déborde parfois largement de ses berges pour inonder le campement même, ces oiseaux sont alors absents mais sinon le reste de l’année ils semblent bien fidèles au poste. Idem d’ailleurs pour le Grébifoulque, cet autre oiseau spectaculaire qu’on aura le plaisir de voir à Wassadou.

Pluvian fluviatile - A Barbalat Feb 2018

Egyptian Plover / Pluvian fluviatile (A. Barbalat)

Autre spécialité locale, le Vanneau à tête blanche est plus difficile à voir et il faut parfois attendre un peu avant de le voir surgir de nulle part, lui aussi fréquentant les berges et zones exondés du fleuve. Comme le Pluvian, ce limicole s’observera le plus facilement lors d’une sortie en pirogue.

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White-crowned Lapwing / Vanneau à tête blanche

Les martin-pêcheurs sont particulièrement bien représentés à Wassadou, toutes les espèces régulières du Sénégal peuvent être vues ici. Le Martin-chasseur à poitrine bleue est commun, lançant son chant étonnant à longueur de journée. Toujours discret et imprévisible, le Martin-pêcheur azuré a été observé à plusieurs reprises ces dernières années et est à rechercher dans l’ombrage des buissons surpblombant la rivière aux alentours du campement, ou s’observera furtivement lors d’un déplacement d’une rive à une autre. Les Guêpiers à gorge rouge nichent dans les berges, et en saison sèche il est possible de voir des Guêpiers écarlates survolant la zone, parfois en effectifs impressionnants.

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Blue-breasted Kingfisher / Martin-chasseur à poitrine bleue

On continue avec une espèce phare d’un tout autre registre, la Tourterelle de l’Adamoua. Découverte en Gambie et au Sénégal il y a une trentaine d’années seulement (Baillon 1992), cette tourterelle est relativement facile à trouver lors des sorties en pirogue sur la Gambie, de préférence tôt le matin ou le soir lorsque les oiseaux viennent s’abreuver. Et avec un peu de chance on la croisera dans la ripisylve aux alentours du campement, comme l’oiseau ci-dessous:

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Adamawa Turtle-Dove / Tourterelle de l’Adamoua

Parmi les passereaux les plus remarquables, citons entre autres le Noircap loriot, l’Apalis à gorge jaune, Prinia à ailes rousses, Gobemouche des marais, Gobemouche drongo, Tchitrec bleuHyliote à ventre jauneSouimanga violet, Amarantes pointé et masqué (même celui de Kulikoro a été signalé non loin d’ici). Le Combassou de Wilson et la Veuve togolaise ont tous les deux été rapportés sur eBird. Du côté des hivernants, en février dernier on a eu entre autres le Rossignol philomèle, l’Hypolais obscure, le Phragmite des joncs, et de manière bien moins attendu un Pouillot ibérique chanteur – tous le long du fleuve. C’est là également qu’il faut rechercher la Bergeronnette pie, espèce très répandue en Afrique subsaharienne mais plutôt localisée au Sénégal, qui comme plusieurs autres espèces atteint ici sa limite septentrionale dans le pays.

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African Pied Wagtail / Bergeronnette pie

Des choucadors de toutes sortes font des va-et-vient continus en quête d’eau et de nourriture autour du campement, comme ce Choucador à queue violette photographié en juin dernier.

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Bronze-tailed Starling / Choucador a queue violette

On termine notre tour d’horizon trop rapide avec la fabuleuse Chouette-pêcheuse de Pel, phantome du fleuve qu’on pourra tenter de voir au crépuscule lors d’une sortie en pirogue, parfois à quelques centaines de mètres seulement du campement. En juin dernier, nous entendons un jeune crier chaque soir, et on a la chance de d’abord voir ce qu’on suppose être un adulte (photo d’en-tête), puis plus en aval le jeune vient se poser non loin de nous (photo ci-dessous): ces oiseaux sont présents depuis la fin de l’an dernier au moins et il donc probable qu’ils aient niché dans les environs immédiats du campement. Notons encore que parmi les nocturnes, on pourra entendre le Petit-duc africain, et à la tombée de la nuit il est parfois possible de voir des engoulevents chasser au-dessus de la rivière (à longue queue et à balanciers).

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Pel’s Fishing-Owl / Chouette-pêcheuse de Pel

Difficile de s’arrêter en fait… car comme si tout cela ne suffisait pas encore, il y a encore un autre oiseau tout aussi unique et au statut quasi-mythique au sein de l’avifaune africaine: le Bihoreau à dos blanc! Déja vu furtivement par mes amis genevois en février, il nous a fallu un peu de temps lors de notre visite la plus récente pour comprendre que les grognements et roucoulements parvenant de la végétation dense juste en bas du promontoire, là où se jette un ruisseau dans le fleuve, n’étaient rien d’autre que le cri (ou chant?) de ce héron nocturne si discret et si peu connu au Sénégal. Et dont ce cri n’est pas mentionné dans les guides de terrain (et on l’apprendra plus tard, cette vocalisation n’était pas encore disponible dans les principales banques de données de sons d’oiseaux). Je vous invite donc à découvrir deux enregistrements faits avec mon modeste Olympus LS-12, ici avec les Babouins en arrière-plan. On les attendra à la tombée de la nuit, et effectivement: trois bihoreaux quittent leur cachette en criant pour aller se nourrir au bord de la rivière – on en verra un dans la pénombre juste en face du campement, visiblement en train de pêcher à l’affût depuis une branche au bord de l’eau. Le lendemain au petit matin, les oiseaux ont déjà regagné leur “dortoir”, mais un dérangement (sans doute par des singes) fait décoller un adulte qui part alors vers l’amont. Jean-Francois Blanc et collègues ont d’ailleurs rapporté la présence du Bihoreau à dos blanc plus en aval de l’autre côté du PNNK, à Mako en mars 2016, suggérant – avec raison – que “cette espece discrète pourrait etre sous-détectée le long de la Gambie au Sénégal”. Et tout récemment, Gabriel l’a trouvé au bord de la Falémé dans la réserve du Boundou!

Et puisqu’on parle de nocturnes, voici les Mégadermes à ailes orangées vus en février dernier à deux pas du resto du campement.

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Yellow-winged Bat / Mégaderme à ailes orangées

Wassadou c’est donc bien plus que les oiseaux! Deux Hippopotames ont élu domicile devant le campement, tout comme quelques Crocodiles du Nil. A l’aube et au crépuscule, avec un peu de chance on verra le Guib harnaché, le Céphalophe à flancs roux voire d’autres ongulés venir boire. Les Singes verts sont omniprésents, deux troupes de bruyants Babouins de Guinée rôdent dans la ripisylve et passent la nuit dans les fromagers au bord de l’eau. Le Colobe de Temminck (Piliocolobus (badius) temminckii), taxon classé En Danger par l’UICN, endémique à la sous-région puisqu’il est restreint à la partie occidentale des forêts de la Haute-Guinée: le sud du Sénégal, la Gambie, la Guinée-Bissau et le nord de la Guinée. Au Sénégal, il y aurait “probablement moins de 400-500 individus dans le PN du Delta du Saloum, et probablement moins de 100 dans la population du PNNK et du nord-ouest de Guinée” (IUCN).

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Western Red Colobus / Colobe de Temminck

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Western Red Colobus / Colobe de Temminck

Où observer?

C’est simple: en vous posant sur la terrasse, une bière ou un jus dans la main, les jumelles dans l’autre, le téléscope posé devant la chaise longue. Ou à côté du hamac, c’est selon les envies. On peut donc facilement passer quelques heures ici, mais une ballade dans la brousse environnante permettra de pleinement apprécier la richesse du coin: en suivant le sentier longeant le fleuve en partant vers l’amont du campement, on pourra trouver toute une série d’oiseaux, notamment divers passereaux, et il est possible d’accéder au bord de l’eau à quelques endroits. Et bien sûr, ne pas oublier de prévoir au moins une sortie en pirogue!

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Il faut prévoir un minimum de deux nuits sur place, plus si possible – d’autant plus si on a envie de faire une excursion dans le parc du Niokolo-Koba (où l’on pourra également passer une ou deux nuits, au campement du Lion ou à Simenti).

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Green Monkey / Singe vert

 

Comment rejoindre Wassadou?

Le campement se situe juste en face du Niokolo-Koba (la Gambie fait office de frontière du parc ici), à 2-3 kilomètres du goudron Tambacounda – Kédougou, plus précisément ici. Et contrairement au PNNK, pas besoin de 4×4 pour rejoindre le site! Par contre, il faut bien compter 8 heures de route depuis Dakar. L’établissement dispose d’une dizaine de cases simples mais corrects (ne vous fiez pas à l’apparence du site internet du campement, qui a besoin d’un serieux relooking).

 

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Unseasonal visitors…

During our most recent excursions, we obviously looked out for those colourful Afro-tropical migrants that typically arrive in June-July, moving north with the rains – think cuckoos, rollers, kingfishers, etc. We saw some of course, especially at Wassadou but even in the bone-dry landscapes of Gossas and Diourbel, where we had migrants such as Diederik Cuckoo and Grey Hornbills.

Less expected were a number of breeders from the Western Palearctic that are now supposed to be in full breeding mode, so I thought it would be interesting to review these here. Of course, numerous “WP” species that winter in Senegal can be seen here year-round, but these are mostly waterbirds such as Eurasian Spoonbill, Black-tailed Godwit, Audouin’s Gull and other waders, gulls and terns. Many young birds of these species will actually remain in West Africa during their first summer, and from the end of June it’s quite normal to see early returnees, particularly for waders that failed their breeding season and left Europe early.

A Western Marsh Harrier (Busard des roseaux), probably a young female, flew over the flock of Greater Flamingos and other waterbirds that we’d just been counting at Lac Mbeubeusse, one of the niayes wetlands on the Cap-Vert peninsula, then landed in a reedbed. Some summer observations are known from both Senegal (“a few birds summer”, Morel & Morel) and Mauritania (June-August; Isenmann et al.), and Barlow & Wacher mention that occasional non-breeders are seen “during the rains” (a rather vague way to refer to summer, which doesn’t really tell us whether the records were actually during summer or whether they refer to regular migrants in September & October!).

Also here on the same day (23.6) was at least one immature Purple Heron (Héron pourpré) which may be either an oversummering bird of European origin, or a wandering African bird – I’m yet to figure out whether the species breeds anywhere nearby, though it’s clear that in potential breeding areas such as Technopole the species is absent during ~March to early August (further south, I have records from May-June, in Kolda and Toubacouta).

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Purple Heron / Héron pourpré imm., Mbeubeusse, June 2018

 

Still at Mbeubeusse – a decent birding site I’d never visited before despite being not far from Dakar! Never too late… – we also saw a winter-plumaged Knot (Bécasseau maubèche), feeding together with a group of Grey Plovers and a handful of Greenshanks and Redshanks. (Pluvier argenté, Chevaliers aboyeur et gambette). While the latter three species are more or less to be expected at this time in Senegal, the summer record of Calidris canutus may be noteworthy.

Two subadult Yellow-legged Gulls (prob. 3rd c.y.; Goéland leucophée) were at Lac Rose on 23.6, resting together with a group of some 500 Lesser Black-backed and 200 Audouin’s Gulls (Goélands bruns et d’Audouin), several of which were ringed including a Portuguese bird that I’d already seen back in April at Technopole. Also in the group were two or three Kelp Gulls (Goéland dominicain). Yellow-legged Gull is rather scarce here at any time of the year so it was a nice surprise to see these; apparently the species has been “recorded in all seasons” in Senegambia (Barlow & Wacher). Both birds seemed to be typical nominate birds (i.e. from southern Europe) rather than atlantis birds from the Macaronesian islands.

A week earlier at Wassadou and along the road from Tambacounda to the Niokolo-Koba, we noted a good presence of Common & Pallid Swifts (Martinets noir et pâle), which appears to be not unusual at this time of the year since non-breeding birds are said to move north with the rains from their “wintering” grounds over the forest zone of West Africa. There are however few June records (e.g. Barlow & Wacher give a presence of Pallid Swift from July-September and November-January). Even more exciting was the presence of several Mottled Swifts (Martinet marbré) at Wassadou, the first June record of a “difficult” bird in the region – there appear to be less than 10 records for Senegal in total, all of which are from the Niokolo-Koba area. The one below was seen by my Swiss friends in the PNNK earlier this year.

Mottled Swift, P.N. N. K., Sénégal-6277 - Patrick Albrecht - small

Mottled Swift / Martinet marbré, Niokolo-Koba NP, 20.2.18 (P. Albrecht)

 

Perhaps more surprisingly than the preceding species, two European Bee-eaters (Guêpier d’Europe) were feeding and flying around pretty much all afternoon on 23.6 in Almadies, Ngor, regularly calling in the process and as such giving away their presence above and near my house. I’d never seen the species before in Dakar (though I have seen them not far, along the Petite Côte in autumn), so this was a highly unexpected record. Paul Isenmann and colleagues mention that the species is present in Mauritania from July/August to October, and March to May/June, but I didn’t find any references to summer records in Senegal or Gambia. Probably just a coincidence, but earlier the same day we saw our first Blue-cheeked Bee-eaters in the Dakar region, at Lac Rose (Guêpier de Perse). Perhaps these were birds en route to their breeding grounds in northern Senegal?

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European Bee-eater / Guêpier d’Europe (seen here on wintering grounds in coastal Casamance, March 2017)

 

A single House Martin (Hirondelle de fenêtre) at Wassadou on 15 & 16.6 was also remarkable: a very late migrant, an oversummering bird, or a wanderer that decided not to bother going all the way to Europe? The species has been recorded Oct. – June and I’ve seen birds as late as 28/5 at Technopole, but it’s clear that there are very few records from late June and July.

A Melodious Warbler (Hypolaïs polyglotte) photographed by Gabriel in the Niokolo-Koba park, at campement du Lion, on 17.6 is another rare mid-summer record of a species that typically arrives from mid-August and depart by May at the latest. Gabriel recently saw the species in the Boundou community nature reserve as well, so it seems that quite a few are staying around during summer. More generally, one can only wonder how many of these Palearctic passerines are here at the moment. Putting things in perspective, the observations in this post are all by just 3 active resident birders in the country…

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Melodious Warbler / Hypolaïs polyglotte, Niokolo-Koba, June 2018 (G. Caucanas)

 

A few kilometres further north, Miguel and I observed a Western Olivaceous Warbler (Hypolaïs obscure) at Wassadou, feeding in bushes on the edge of the Gambia river, on 16.6. This is of course a common to very common winter visitor throughout the country, and there are records from all month, so maybe not as surprising as the previous species. Now often called Isabelline Warbler, it is also known to be summering at Nouakchott (June-July) with no noticeable break between pre- and postnuptial passages (spring: March – May/early June, autumn: July-October; Isenmann et al. 2010).

A couple of days later near Diourbel, we had a Woodchat Shrike (Pie-grièche à tête rousse), apparently a first-summer male: the forehead is extensively black and mantle seems mostly jet-black (both features indicative of males), while the moult limit between the adult-type dark wing feathers and juvenile brownish unmoulted primary coverts and flight feathers are typical of 2nd calendar year birds (more on ageing & sexing the species here, from Blasco-Zumeta & Heinze’s excellent series on the topic). The presence of this species in Senegal is fairly similar to Western Olivaceous Warbler. An adult Great Spotted Cuckoo (Coucou-geai) earlier that day near Gossas was assumed to be an African rather than a northern migrant, though we can’t be sure of course; the date is consistent with the arrival of this cuckoo on its Sahelian breeding grounds (a couple of weeks later I had another adult, actively calling, though a bit further east: along the Niger river near Niamey).

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Woodchat Shrike / Pie-grièche à tête rousse, near Diourbel, June 2018

 

Voilà for now; for me it’s time to migrate north for a couple of weeks (though no breeding for me this summer); I’ll be back towards the end of the month. And maybe find some time to finish a few blog posts that have been dormant in my draft folder for a while now… Thanks for reading!