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Suivi de la migration d’automne à Ngor: août et septembre 2018

Depuis un peu plus de deux mois on a repris nos habitudes au Calao de Ngor cet automne (ai-je vraiment arrêté depuis l’an dernier?), pour voir ce que donne le cru 2018 pour ce qui est de la migration d’automne des oiseaux de mer. Le printemps avait déjà été pas mal, avec entre autres de beaux passages de Sternes voyageuses et de Dougall, de Mouettes de Sabine, et quelques espèces plus rares comme le Fou à pieds rouges, le Puffin de Macaronésie / de Barolo ou encore le Puffin majeur. Ayant eu un peu plus de temps libre et moins de voyages que d’habitude, j’ai donc repris le suivi régulier depuis fin juillet. J’étais curieux notamment de mieux suivre les mouvements en août et septembre, et finalement j’ai un peu mieux pu suivre ces deux mois que l’an dernier: entre le 30/7 et le 30/9, j’ai pu assurer une présence lors de 41 jours, pour environ 55 heures de suivi (2017: 40.5 heures sur 31 jours). A propos de notre suivi de l’an dernier, un article sur le suivi de la migration en 2017 est en cours de rédaction et sera partagé ici en temps voulu!

Les années se suivent mais se ne ressemblent pas: certaines espèces sont visiblement plus communes certaines années, et les conditions météo varient pas mal également. Ainsi, le mois d’août 2018 a été marqué par plusieurs jours de vent favorable (= vent soutenu de l’ouest a nord-ouest), et notamment le Labbe à longue queue a été bien plus nombreux a passer devant les cotes dakaroises qu’en 2017 et 2016. Idem pour les Phalaropes à bec large qui comme le labbe voient eux aussi s’établir un nouveau record journalier.

Comme d’hab’, voici donc une liste comme toujours un peu longue et ennuyeuse, agrémentée de quelques photos d’archives.

  • Océanites

Océanite de Wilson (Wilson’s Storm Petrel): au moins 159 oiseaux sont vus entre le 31/7 et le 23/8, avec un max. de 105 en 30′ de suivi le 13/8.

  • Puffins

Puffin du Cap-Vert (Cape Verde Shearwater): 97 ind. passent le 11/8 en 2h40′, suivi d’un isolé sur place le lendemain et deux oiseaux le 20/8.

Puffin fuligineux (Sooty Shearwater): comme en 2017, les premiers oiseaux apparaissent des les premiers jours de septembre, mais cette année les effectifs restent très modestes jusqu’à fin septembre: seulement 87 oiseaux du 2/9 au 30/9 alors que dans la même période l’an dernier il en passent 393 pour un effort comparable.

 

Sooty Shearwater / Puffin fuligineux
Puffin fuligineux / Sooty Shearwater  (Ngor, avril 2015)

Puffin des Anglais (Manx Shearwater): seuls six oiseaux sont détectés pour le moment, sans doute en raison de l’absence de bonnes conditions météo pour les puffins courant septembre, mois qui devrait marquer le pic du passage de cette espèce.

Puffin “d’Audubon” (Audubon’s Shearwater): à l’inverse, ce puffin généralement très pélagique a été vu bien plus que ces dernières années, avec 19 oiseaux pour le moment. Le premier oiseau passe le 11/8, puis le lendemain c’est un Puffin de Barolo qui est observé en migration active, assez près du rivage permettant son identification. Encore un Barolo ou Macaronésie le 28/8, et le 17/9 il y en a pas moins de 14 qui défilent en deux heures dont quelques groupes de 3-4 oiseaux migrant ensemble. Encore deux le 28/9, et peut-être qu’il en suivra encore quelques-uns dans les semaines à venir.

  • Fous

Fou de Bassan (Northern Gannet): un oiseau de 1ère année passe le 23/9 déjà (2017: premier le 18/9, puis un seul en octobre avant le véritable debut du passage début novembre).

Fou brun (Brown Booby): deux le 26 (un adulte et un imm.) et un imm. les 28 et 29/9 étaient probablement des oiseaux locaux en excursion de pêche depuis les îles de la Madeleine.

  • Limicoles

Comme je le disais dans l’intro, l’une des surprises de cette saison a été le passage important de Phalaropes à bec large (Red Phalarope) en août: alors que je n’avais noté aucun oiseau avant le 11/8, ce jour-la j’en dénombre pas moins de 825 en 2h40′ de suivi le matin, plus encore 35 en 40′ le soir – apparemment un nouveau record journalier pour le Sénégal, à en croire les chiffres a notre disposition. Plus rien les jours suivants, jusqu’au 18/8 lorsque quelques 65 oiseaux passent en deux groupes – toujours aussi difficiles à estimer! – 37 le 20/8, etc. jusqu’au 2/9. Encore 55 le 17/9, pour un total tout à fait honnête de 1256 oiseaux. Sans doute que plusieurs milliers sont passes au total, loin au large ou invisible entre les vagues. Parmi les autres limicoles, retenons le Courlis corlieu (Whimbrel) avec 415 ind., deux Barges rousses (Bar-tailed Godwit), 28 Huîtriers pies (Oystercatcher) dont 13 ce matin, deux groupes de Bécasseaux maubèches (Red Knot), quelques Tournepierres (Turnstone), un Combattant varié (Ruff), deux Grands Gravelots (Common Ringed Plover) et quelques Chevaliers gambettes et guignettes (Common Redshank & Common Sandpiper).

  • Laridés

Mouette de Sabine (Sabine’s Gull): un avant-coureur passe le 30/7 déjà, constituant peut-être bien la premiere observation de juillet pour le site. Passage plus ou moins régulier bien qu’en effectifs très faibles – comme il se doit en août et septembre – du 11 au 22/8 lors d’une période de vents favorables, puis sept le 1/9 et en tout 31 en 2h45 de suivi les 17-18/9. Encore cinq le 24/9 puis plus rien depuis! On attendra donc le gros passage de la deuxième moitie d’octobre pour cette espèce. Peu d’autres laridés pour le moment, mais tout de même à signaler un Goéland leucophée adulte (ou presque) le 23/8.

  • Sternes & Guifettes

Sterne naine (Little Tern): 129 individus pour le moment, soit le même ordre de grandeur que l’an dernier à la même periode (idem pour la Sterne caspienne (Caspian Tern), avec 27 oiseaux au compteur).

Guifette noire (Black Tern): avec 4402 oiseaux, c’est pour l’instant la deuxième espèce la plus nombreuse: pas mal d’oiseaux vers la mi-août, puis petit max. horaire de 460 le 18/9. Au moins une Guifette leucoptère (White-winged Tern) est identifiée le 11/8.

Une Sterne bridée (Bridled Tern) est vue en vol vers le NE le 9/8, suivi d’un individu vers le SW deux jours plus tard, et deux oiseaux (adulte et juv.) sur place le 22/8 – probablement des oiseaux ayant niche aux iles de la Madeleine ou au moins 3-4 couples ont été vus en juillet dernier. Plus surprenante, une jeune Sterne fuligineuse (Sooty Tern) passe vers le SW le matin du 17/9, ma première obs de l’espèce ici et en fait première obs tout court – coche √ 🙂

 

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Sterne bridée / Bridled Tern (Iles de la Madeleine, June 2017)

Sterne de Dougall (Roseate Tern): avec 133 Dougall dénombrés, on dépasse déjà d’un tiers l’effectif total de l’an dernier, avec un maximum de 41 oiseaux en 2h de suivi le 17/9. Toujours sympa de voir cette belle espèce, dont le statut de conservation en Europe est plutôt précaire avec des effectifs ne dépassant pas les 1900 couples au début des années 2000, essentiellement aux Açores et en Irlande.

Sternes pierregarin et Sterne arctique (Common & Arctic Terns): 8760 ind., en flot plus ou moins continu depuis le démarrage du suivi. La Sterne arctique était visiblement l’espèce dominante en août et début septembre, mais actuellement la tendance est en train de s’inverser, et la Pierregarin devrait logiquement être la plus commune courant octobre et novembre.

Sterne voyageuse (Lesser Crested Tern): au moins 187, généralement en groupes de 2-3 oiseaux suivant les Sternes caugeks, rarement plus d’une dizaine par heure.

Sterne caugek (Sandwich Tern): Troisième espèce la plus nombreuse, avec 2429 migrateurs pour le moment, dont 2000 passent dans la 2e moitié de septembre.

Sterne royale africaine (African Royal Tern): déjà 897 oiseaux, soit un peu plus du double de l’an dernier. Environ 45% de cet effectif défile pendant la dernière décade d’août, avec des maxima de 136/heure le 25.

  • Labbes

Labbe à longue queue (Long-tailed Skua): au moins 478 individus! Le passage débute soudainement le 10/8 – jour d’observation des premiers labbes – avec au moins neuf en 1h30, suivis le lendemain par un bel effectif de 70 oiseaux en 2h40 de suivi et quasiment tous les jours par quelques-uns ou quelques dizaines de migrateurs jusqu’au 22/8. Ensuite rien pendant quatre jours, puis reprise modeste tout à la fin du mois pour culminer le 2/9 avec un effectif impressionant de 217 individus en 1h15 de suivi. Sauf erreur c’est un nouveau record journalier pour le Sénégal, établi en à peine une heure d’observation: combien sont passés en tout ce jour-la? Sans doute plus d’un millier… Cette espèce est bien connue pour ses fluctuations d’effectifs d’année en année: sur les sites de nidification en fonction de l’abondance de nourriture, et visiblement sur les sites d’observation côtiers comme Ngor en fonction des vents pouvant pousser les migrateurs plus près des rivages. En 2017, je n’avais eu que 126 individus; même en prenant en compte l’absence de suivi à la mi-août et pendant plusieurs jours en septembre, il est clair que c’était une “petite” année à Labbes à longue queue, contrairement à 2018.

 

 
Labbe parasite (Arctic Skua): 266 individus au compteur, auxquels il convient d’ajouter sans doute une bonne partie des 82 labbes “sp.”; Seuls six Labbes pomarins (Pomarine Skua) pour le moment, avec le premier certain le 30/8.

Labbe de McCormick (South Polar Skua): un oiseau typique passe assez près du bord le 20/9.

 

Pendant les trois mois qui restent pour cette saison 2018 j’aurai un peu moins de temps que l’an dernier pour suivre ce spectacle de la migration: avis aux amateurs qui souhaiteraient venir en renforts!

Puis il faudrait que je trouve le temps de vous parler de nos sorties récentes au lac Tanma, à la lagune de Yène, et le lac Rose… Mais avant toute chose, demain matin on a prévu une sortie en mer au large de Ngor! Compte-rendu et photos à suivre, si tout va bien.

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Un nouveau fou aux Iles de la Madeleine…

Les fous des Iles de la Madeleine, j’en avais déjà parlé ici, en décembre 2016, pour faire le point sur le statut du Fou brun dans la région. Ce superbe oiseau marin est, depuis, signalé quasiment lors de chaque sortie au “PNIM” et plus particulièrement entre octobre et mai, et on le voit de temps en temps passer ou pêcher devant Ngor. Pas encore d’indices probants de sa nidification, mais ce n’est peut-être qu’une question de temps… voir plus bas.

Cette fois, c’est d’un autre fou dont il s’agit, et pas de celui que vous pensez – des Fous de Bassan, il y en a plein qui passent l’hiver dans les eaux dakaroises, et en ce moment même on les voit facilement de part et d’autre de la péninsule, que ce soit à Ngor ou devant les Mamelles.

En effet, il s’avère qu’un fou photographié le 26 janvier dernier par un groupe d’ornithos canadiennes (équipe 100% féminine, c’est assez rare chez les ornithos pour le souligner!), était en fait un Fou à pieds rouges (Red-footed Booby), et non un Fou brun (Brown Booby) comme initialement identifié. C’est grâce à une remarque laissée par un utilisateur d’eBird ayant mis en doute l’identité (« semble avoir les pieds étonnamment rouges pour un Fou brun! »), que la donnée est passée dans la liste à valider sur eBird, liste que je scrute de temps en temps en tant que vérificateur pour le Sénégal.

Et effectivement, l’oiseau pris en photo montre bien un Fou à pieds rouges, un individu de forme sombre – et qui du coup ressemble pas mal au Fou brun (et dont un oiseau était présent le même jour). Il se tenait sur la fameuse balise rouge et blanche qui sert très souvent de reposoir au Fous bruns, situé un peu au nord-est des îles.

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Red-footed Booby / Fou à pieds rouges (D. Thériault)

 

L’identification est relativement facile ici, d’une part parce qu’on voit encore tout juste les pattes roses, d’autre part parce que le plumage est brun uniforme y compris sur le ventre, sans contraste (même flou) comme chez les Fous bruns immatures. De plus, le bec relativement court et peu épais pour un sulidé, avec une base rosée et un cercle orbital bleu, est typique pour l’espèce. Notre oiseau montre également un front légèrement bombé, alors que chez le Fou brun il n’y a quasiment pas de front: la base du bec épais est dans la prolongation directe de la calotte, rendant la tête moins rondouillarde que chez le brun.

L’âge par contre est moins facile à déterminer: très probablement un immature, car le bec n’est pas bleu mais plutôt gris sur fond rose et peut-être que la couleur des pattes (rose et non rouge vif) est également un signe d’immaturité.

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Red-footed Booby / Fou à pieds rouges (M. O’Neill)

 

A comparer maintenant avec le Fou brun immature : ci-dessous, un oiseau d’un voire deux ans, ici en avril 2017 en compagnie de deux adultes. Les critères le distinguant du Fou à pieds rouges de forme sombre sont notamment la couleur des pattes et du bec, le contraste entre d’une part le ventre plus clair et d’autre part la poitrine et le dessus sombres, ainsi que la coloration générale plus sombre et moins pâle que son cousin à pieds rouges.

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Brown Booby / Fou brun imm. (gauche) et adultes (avril 2017)

 

C’est seulement la deuxième donnée de l’espèce au Sénégal, donc c’est loin d’être anodin comme observation! La précédente date d’octobre 2016, lorsqu’un oiseau est observé au cours d’une sortie en mer en marge du PAOC, à une vingtaine de kilomètres au large de Yoff – les détails de cette première observation pour le pays seront publiés dans le prochain bulletin de l’African Bird Club, à paraitre en septembre et que l’on partagera en temps voulu (Moran N. et al., First record of Red-footed Booby Sula sula for Senegal, voir photo ci-dessous).

 

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Red-footed Booby / Fou à pieds rouges, oct. 2016 (B. van Gemerden)

 

Le Fou à pieds rouges est une espèce marine tropicale plutôt répandue, et est classée non menacée par l’UICN bien que la population globale soit considérée comme étant en déclin. Les colonies les plus proches se trouvent sur l’île d’Ascension dans l’Atlantique Sud et sur l’archipel Fernando de Noronha (NE du Brésil). Il hiverne sur des îles tropicales sur tous les océans, en gros entre les deux tropiques.

Jusqu’à récemment l’espèce était un visiteur rare aux Îles du Cap-Vert, mais en octobre 2016, au moins 17 individus étaient présents à Raso, puis en octobre 2017 apparemment une centaine!! Autant dire que c’est l’explosion des effectifs, même si aucune nidification certaine n’a été rapportée pour le moment – du moins pas à notre connaissance. On peut donc s’attendre à d’autres observations dans les eaux sénégalaises à l’avenir, et j’espère bien sûr le voir un jour passer devant le Calao ou encore au PNIM. [addendum du 17/5/18: ce matin j’ai eu la chance d’en voir deux en train de pêcher longuement devant Ngor, non loin du rivage! Je ne pensais pas que je verrais l’espèce aussi rapidement…]

Ailleurs dans la région, Sula sula a été vu devant les côtes mauritaniennes (au moins un en oct.-nov. 2012), et des individus ont été signalés aux iles Canaries, aux Açores, et à Madeire. L’espèce est très rare plus au nord, avec p.ex. tout juste deux observations en France (un sur le lac de Sainte-Croix dans les Alpes-de-Haute-Provence en juillet 2011, puis un en juin 2017 en Bretagne dans la colonie des Fous de Bassan des Sept-Iles – voir l’article sur Ornithomedia). Ou encore cet oiseau trouvé épuisé sur une plage de l’East Sussex en septembre 2016, le premier pour la Grande-Bretagne.

Je reviens encore brièvement sur les Fous bruns, car samedi dernier (14/4) lors d’une visite aux Iles de la Madeleine nous avons pu observer de nouveau au moins sept individus : cinq posés dans leur falaise habituelle des îles Lougnes¹ (trois adultes, un subadulte, et un jeune au plumage similaire à celui de la photo d’avril 2017), puis encore deux adultes sur la fameuse balise marine, en train de parader lorsque nous passons à côté en bateau… Situation très similaire voire identique donc à celle d’avril-mai 2017, et toujours aussi intriguante: à quand la première nidification de l’espèce? Ci-dessous encore une photo médiocre de quatre de ces oiseaux dans leur falaise, prise lors de notre visite la plus récente, pour vous donner une idée.

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Brown Booby / Fou brun (avril 2018)

 

Samedi dernier il restait encore quelques Fous de Bassan, deux Courlis corlieux et deux Balbuzards, mais sinon peu d’oiseaux sur l’île. Lors de la traversée depuis Soumbedioune on a pu voir un Océanite de Wilson passer tout près, un Labbe pomarin, et plusieurs sternes (Dougall, arctique, pierregarn, caugek, voyageuse et royale) ainsi que quelques Guifettes noires en migration active (Northern Gannet, Whimbrel, Osprey, Wilson’s Storm-Petrel, Pomarine Skua, Roseate, Arctic, Common, Sandwich, Lesser Crested, Royal & Black Terns). Et bien sûr les Phaétons à bec rouge, emblème du parc, dont la nidification bat encore son plein; on a d’ailleurs eu la chance de renconter l’experte Ngoné Diop en train de faire le suivi de la colonie, qui abriterait cette saison au moins 40-50 couples nicheurs (Red-billed-Tropicbird).

 

Merci aux observateurs tout d’abord: Hélène Gauthier, Marie O’Neill, Lorraine Plante, Diane Thériault. Et à Nick Moran et Barend van Gemerden pour avoir fourni les photos et la version finale de l’article sur la première observation sénégalaise. Et enfin, à tout seigneur tout honneur: c’est Brennan Mulrooney qui à signalé la donnée sur eBird, sans quoi elle aurait bien pu passer à travers les mailles du filet!

 

¹ Les îles Lougnes sont cees îlots rocheux inaccessibles faisant partie du parc national, photo ici.

 

 

L’année ornithologique sénégalaise 2017 / Year in review

Comme cela semble une tradition chez les bloggeurs, je me suis pris au jeu de faire une petite revue de l’année 2017, ornithologiquement parlant bien sûr. On parlera évidemment des vraies raretés, mais aussi de l’exploration de quelques coins peu connus, des données de nidification et d’extension d’aire, et j’en passe. Pas facile en tout cas de résumer les points forts de ces douze derniers mois, non seulement parce qu’il y en a pas mal, mais aussi du fait que pour beaucoup d’espèces le statut réel au Sénégal reste encore à préciser: répartition, phénologie, statut et tendances. Difficile aussi de couvrir un pays entier quand on n’est que 3-4 ornithologues réellement actifs à y résider!! Il manque certainement des obs importantes dans ma synthèse – qui sera forcément incomplète – donc si vous avez des compléments ou des corrections je les ajoute volontiers.

D’abord les grosses raretés:

Ensuite, quelques autres migrateurs rares – Rare migrants:

  • Le Puffin majeur est vu à Ngor le 25/5 (2 inds.), une rare donnée “printanière”, alors qu’un passage important – et étonnant par la date – a lieu début décembre. Great Shearwater: two at Ngor on 25/5 were apparently the first May record, while a strong passage was noted early December. 
  • Un Grand Cormoran de la ssp. maroccanus était lui aussi à Ngor, sur les enrochements, les 2 et 15/12. Great Cormorant at Ngor in December. 
  • Plusieurs Bondrées apivores sont notées entre le 9/10 et le 5/11, avec un autre même à fin décembre, alors que c’est une espèce apparemment rarement vue, en tout cas dans l’ouest du pays: Dakar, Toubacouta, Guéréo/Somone et Popenguine. Several Honey Buzzards in October and early November between Dakar and the Saloum, with another bird at Somone in late December. 
  • Deux Aigles de Bonelli sont vus dans la région des Trois-Marigots en novembre-décembre, où un imm. était déjà présent en fevrier, confirmant ainsi la présence régulière en très petit nombre dans le nord-ouest du pays. Ornithondar continue avec les rapaces, sous la forme d’un Vautour percnoptère noté le 25/12, espèce qui a aussi vu des effectifs importants dans le Boundou en fin d’année. Two Bonelli’s Eagles and an Egyptian Vulture near Saint-Louis.
  • Deux petits rallidés peu vus au Senegal ensuite: la Marouette poussin surtout, trouvée à Boundou les 4-5/11, mais aussi celle de Baillon au Djoudj (7/2) à la STEP de Saint-Louis (25/12), qui pourraient bien concerner un hivernant ou un oiseau de passage et non un local. Two little marsh skulkers that are rarely reported from Senegal, though they are probably quite frequent on migration, are Little Crake at Boundou, and Baillon’s Crake near Saint-Louis.
  • Plusieurs espèces peu fréquentes dans la région de Dakar sont vues pour la première fois au Technopole: Goéland dominicain, Flamant nain, Phalarope à bec large, Bengali zebré, Souimanga pygmée, Rolle violet, Hibou des marais, Pouillot ibérique. Egalement un Bec-en-ciseaux le 4/6 et une Sarcelle d’hiver le 9/11, avec d’autres migrateurs peu fréquents comme le Goéland leucophée et la Bécassine sourde à l’appui. A number of scarce species in the Dakar region were reported for the first time from Technopole: Kelp Gull, Lesser Flamingo, Grey Phalarope, Zebra Waxbill, Pygmy Sunbird, Broad-billed Roller, Short-eared Owl, Iberian Chiffchaff. Also African Skimmer and a Eurasian Teal, while other uncommon migrants seen at the site include Jack Snipe, Yellow-legged Gull.
  • Le 29/10, un Blongios de Sturm est à la lagune de Yène, endroit par ailleurs très fréquenté cet automne par les canards et limicoles. A Dwarf Bittern, along with good numbers of ducks and waders, was seen at Yene lagoon.
  • Un Martinet à ventre blanc est vu le 13/10 à Boundou, et le 13/11 il y en avait deux à Popenguine, où jusqu’à neuf Hirondelles de rochers étaient présentes en novembre-décembre. Alpine Swift at Boundou and at Popenguine, where up to nine Crag Martins were seen in Nov.-Dec.
  • L’Hypolais pâle, un hivernant probablement régulier mais rarement détecté au Sénégal, était à Palmarin le 19/2, alors que deux oiseaux sont identifiés le 28/12 près de Guéréo (dans la même zone qu’en mars 2016 – une coïncidence?). Eastern Olivaceous Warbler – probably regular, but very rarely detected. One was at Palmarin on 19/2, while two birds were at Guereo (Somone) on 28/12 (where one was seen in the same area in March 2016 – a coincidence?)
  • Une Pie-grièche isabelle est signalée près de Gossas (vers Ouadiour) le 28/11. Isabelline Shrike near Gossas on 28/11. 
  • Un hybride Pie-grièche à tête rousse x écorcheur le 26/8 au Lac Tanma était une première non seulement pour le pays mais apparemment aussi pour le continent africain. Hybrid Woodchat x Red-backed Shrike at Lac Tanma, apparently a first such record for Africa.
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Baillon’s Crake / Marouette de Baillon

Woodchat x Red-backed Shrike / Pie-grieche a tete rousse x ecorcheur

Woodchat x Red-backed Shrike / Pie-grieche à tête rousse x ecorcheur

Quelques autres observations intéressantes: effectifs records, nouvelles donnes sur la répartition – Other sightings: record numbers and new range data

  • Parmi les autres “premières” pour la réserve naturelle communautaire du Boundou se trouvent bon nombre de migrateurs paléarctiques comme la Spatule blanche (Eur. Spoonbill) ou le Becasseau cocorli (Curlew Sandpiper) et même un Fuligule nyroca (4-5/11; Ferruginous Duck), mais aussi quelques africains, migrateurs (Blongios de Sturm, Least Bittern), erratiques (Courvite à ailes bronzées, Bronze-winged Courser) et résidents (Gladiateur de Blanchot, Grey-headed Bush-shrikeBruant à ventre jaune, Brown-rumped Bunting).
  • Le Puffin du Cap-Vert est présent en fin d’hiver au large de Dakar, comme d’habitude, mais un effectif important est noté le 18/4 lorsque pas moins de 5’500 oiseaux se nourrissent devant Ngor. Cape Verde Shearwater: a max. of ca. 5,500 birds were feeding off Ngor on 18/4.
  • L’observation d’un Phaéton à bec rouge adulte sur l’Ile aux Oiseaux de la Langue de Barbarie les 7-12/4 était pour le moins insolite. Red-billed Tropicbird on the Langue de Barbarie’s “Bird Island” on 7-12/4.
  • Un Ibis hagedash survole la maison aux Almadies, Dakar, le 23/8, alors que l’espèce semble toujours présente sur la Petite Côte avec plusieurs observations en octobre. Hadada Ibis: one on 23/8 flying over Almadies, Dakar, and several observations at Somone and Saly. 
  • Le Marabout d’Afrique est vu aux Trois-Marigots (14/4), soit dans une région du pays où l’espèce est maintenant très rare semble-t-il. Marabou Stork at Trois-Marigots. 
  • Un Aigle huppard adulte a survolé le Lac Tanma tout en criant, le 1/10, donc hors de son aire regulière dans le pays. A Long-crested Eagle flew over Lac Tanma while calling, away from its regular range in Senegal
  • L’effectif d’environ 300 Foulques macroules le 16/5 à Ross-Bethio (près du Djoudj) est surprenant à cette période de l’année. A Dakar, il y en a eu deux au Lac Mbeubeusse le 7/10 et autant à Yène-Todé les 21-29/10. Around 300 Eurasian Coots were at Ross-Bethio on 16/5, a high count especially at this time of the year; in the Dakar region, two records of two birds. 
  • Un Trogon narina est de nouveau observé dans la réserve naturelle de Dindéfello (16/2), soit le seul site d’où l’espèce est actuellement connue, suite à sa découverte en 2010. J’allais aussi ajouter deux Bulbuls à queue rousse signalés dans la forêt de galerie au même endroit (3/2) et publiés dans le Bulletin de l’ABC, mais à en lire le rapport de voyage des observateurs on constate que l’identification est loin d’être certaine. Narina’s Trogon was seen again at Dindéfello, the only site in Senegal where the species, which was first recorded here in 2010, occurs. Two Leafloves were reported from the gallery forest here, but it seems that identification is far from certain despite being published in the ABC Bulletin.
  • Le Moineau domestique est maintenant bien implanté à Tambacounda semble-t-il, et l’espèce est vue pour la première fois au Boundou: l’expansion continue! House Sparrow now well established in Tambacounda and reported for the first time at Boundou. 
  • A Lompoul, le Petit Moineau est vu début janvier puis de nouveau confirmé à la fin de l’année, avec plusieurs oiseaux dont des chanteurs, bouchant ainsi un trou dans l’aire de répartition connue. Bush Petronia was found early January and confirmed again at the end of the year, thus filling a gap in the known distribution range.
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Cape Verde Shearwater / Puffin du Cap-Vert

Quelques donnees de nidification intéressantes – Interesting breeding records:

  • Le Canard à bosse a de nouveau niché au Lac Tanma (f. avec 12 canetons le 1/10); le Dendrocygne veuf a niché au même endroit et à la lagune de Yène. Knob-billed Duck noted breeding again at Lac Tanma, where also White-faced Whistling Duck, which also bred at Yene. 
  • Pas encore de nidification, mais des observations intriguantes de plusieurs Fous bruns dont des couples visiblement formés et montrant un comportement territorial, aux Iles de la Madeleine en avril-mai surtout – à suivre! Au même endroit, 5-6 couples de Sternes bridées étaient présents en juinBrown Boobies showing signs of breeding behaviour (but no confirmed breeding) at Iles de la Madeleine, where 5-6 pairs of Bridled Tern were present in June.
  • La nidification de la Gallinule poule-d’eau est confirmée au Technopole, tout comme celle – déjà constatée dans le passé – de la Talève d’Afrique. Moorhen confirmed breeding at Technopole, where African Swamphen was also seen breeding once again. 
  • Les Echasses blanches ont eu une très bonne année au Technopole, alors que la nidification a été attestée de nouveau dans le Djoudj. Black-winged Stilts had a bumper year at Technopole, while breeding was noted in the Djoudj. 
  • Toujours pas de preuve de nidification (faute d’avoir investi le temps qu’il faudrait!), mais les Tourterelles turques du parc de Hann sont toujours présentes – avis aux amateurs! Still no proof of breeding, but the small population of Eurasian Collared Doves in Dakar is still around. 
  • Un jeune Coucou jacobin vu en octobre près de la Somone constitue une rare donnée de nidification certaine (voire la première?) pour le pays. Un autre juvenile est vu à Patako début novembre Jacobin Cuckoo fledgling near Somone. 
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Bridled Tern / Sterne bridee

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Jacobin Cuckoo / Coucou jacobin

Et enfin, parlons un peu des coins peu connus ou peu explorés – Little explored areas:

  • L’un de ces sites est la forêt de Pout près de Thiès, que nous avons visitée en juin (Circaète brun, Pintade de Numidie, Oedicnème tachard, etc.), et plus encore la forêt de Patako près de Toubacouta, explorée par Miguel en novembre.
  • En Casamance, nous avons pu faire des observations à Kolda en mai, avec observations entre autres du Grébifoulque et du Rale perlé, deux especes rarement notées en Casamance même si elles doivent y être régulières. Egalement en Casamance, on a pu voir des Faucons crécerellettes et un Busard pâle en migration active près de Cap-Skirring, alors qu’à Diembering on a pu confirmer p.ex. la présence de l’Apalis à gorge jaune (+ Phyllanthe capucin et quelques autres spécialités forestières à l’écoparc). Gabriel de son côté a pu visiter la région de Vélingara, avec notamment l’observation d’un Bihoreau à dos blanc. African Finfoot & White-spotted Flufftail at Kolda in Casamance. There appear to be very few, if any, recent records from Casamance even though the species is likely to be widespread. Also in Casamance: Cap Skirring – Lesser Kestrel and Pallid Harrier; ecoparc near Diembering: Yellow-throated Apalis, Capuchin Babbler, etc. Also a White-backed Night-Heron near Velingara. 
  • Quelques visites dans la steppe, les dunes et les niayes près du Lac Rose, trop peu visitées par les ornithos, ont produit des observations d’hivernants peu courants à cette latitude, comme l’Alouette calandrelle, le Traquet isabelle, ou encore le Traquet oreillard A few visits to the steppe, dunes and niayes near Lac Rose, rarely visited by birders, yielded several interesting records of winter visitors that are reputed to be mostly restricted to northern Senegal: Greater Short-toed Lark, Isabelline Wheatear, Black-eared Wheatear.
  • Enfin, en 2017 nous avons pu mener ce qui doit être le premier suivi systématique sur l’ensemble de la saison de migration d’automne des oiseaux de mer, devant Dakar. Les faits marquants comprennent notamment un effectif record de Mouettes de Sabine, un passage impressionnant de Puffins cendrés et de Scopoli, un Puffin de Boyd et un Puffin des Baléares, et bien plus encore – résumé complet iciLast but not least, in 2017 we conducted what was the first extensive seabird migration monitoring effort in Senegal (and more generally in West Africa it seems), with regular observations made from the mainland at Ngor between the end of July and the end of December. Highlights included a record number of Sabine’s Gulls, strong passage of Cory’s and Scopoli’s Shearwater, a Boyd’s Shearwater, a Balearic Shearwater, and much more. 
African Finfoot / Grebifoulque

African Finfoot / Grebifoulque

Que nous apportera 2018? Dans tous les cas, avec un nouvel ajout à la liste nationale des le 1er janvier, l’année a bien commencé!

 

 

 

Les fous des Iles de la Madeleine, 27/11

Motivé par la visite au “PNIM” (Parc National des Iles de la Madeleine) par mes amis genevois une semaine auparavant, je suis enfin retourné sur ce site unique, situé un peu au large de la corniche de Dakar… et que je n’avais pas visité depuis juin 2015!

ilesdelamadeleine_panneauArrivés au bureau du parc  vers 15h, on a juste le temps de découvrir les nouvelles installations pédagogiques – par ailleurs très bien faits – puis toute la famille embarque sans délais sur le bateau au depart de la plage de Soumbedioune, par une mer remarquablement tranquille malgré le vent soutenu soufflant du nord (le retour en fin d’après-midi par contre se fera avec un gros retard, à l’indifference totale des écogardes et des plagistes dakarois – mais je ne vous embêterai pas avec cette histoire…).

Avant même d’arriver sur l’île principale, on aperçoit déjà quelques Phaétons à bec rouge, espèce emblématique du parc et objet de convoitise des ornithos de passage au Senegal. Puis en passant à côté du navire espagnol naufragé en août 2013 (on raconte que le capitaine du Almadraba Uno était ivre…), je répère un premier Fou brun, un bel adulte. C’est l’oiseau que j’espérais retrouver aujourd’hui, car il y a eu plusieurs observations récentes d’au moins 4 oiseaux ici (une semaine auparavant, les copains suisses avaient vu 2 adultes et 2 immatures).

Posé parmi plusieurs Cormorans à poitrine blanche, il sera vu seulement brièvement car le bateau ne s’arretera pas… on espère donc en retrouver plus tard lorsqu’on fait le tour de l’île à pied. Ce sera fait rapidement, lorsqu’on voit un immature en mer à deux reprises, probablement à chaque fois le même. Chose étonnante, celui-ci se prendra pendant un moment pour un labbe lorsqu’il poursuit un Balbuzard pêcheur portant un poisson dans les serres, mais il abandonnera au bout de quelques virevoltages sans trop inquiéter le balbu semble-t-il.

Un peu plus tard, on arrive sur la petite plage au sud de l’île d’où l’on a une bonne vue sur le fameux bateau qui sert maintenant de site de repos (et de nidification? J’ai cru entrevoir un nid…) aux oiseaux du PNIM. Il y a comme toujours quelques cormorans sur les mas, cheminées et autres perchoirs, mais point de sulidé en vue. Deux fous adultes sont posés sur la balise rouge et blanche bien loin derrière le navire, donc je me dis que les photos ce sera pour une prochaine fois. Mais à peine quelques minutes plus tard, un adulte passe tout près puis vient se poser de nouveau sur le bateau, d’abord sur un mat, puis il change de reposoir… permettant de belles observations et quelques clichés pas trop floues.

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Le nombre d’observations de Fous bruns est visiblement en augmentation ici à Dakar, et je doute que ce soit uniquement le résultat d’une plus forte pression d’observation. Si auparavant la plupart des observations provenaient des séances de seawatch en automne à Ngor ou aux Almadies, il y a maintenant des données de presque tous les mois, surtout en avril-juin et octobre-janvier, et les Iles de la Madeleine semblent particulièrement fréquentées depuis un ou deux ans au moins – et surtout, le fait d’avoir plusieurs oiseaux ensemble dont en tout cas 2 adultes est tout à fait nouveau. C’est à se demander si ces fous ne pourraient pas un jour tenter de nicher dans le parc, ce qui somme toute ne serait pas trop étonnant: l’habitat est favorable, la protection assurée, la nourriture abondante. D’ailleurs, d’ou viennent les deux jeunes oiseaux? Si ça se trouve ils ont reussi à nicher discrètement cette année déjà (les deux adultes en tout cas étaient déjà présents le 2 janvier, voir ce compte-rendu, avec photo des deux fous). Les nicheurs les plus proches se trouvent au large de la Guinée et aux Iles du Cap-Vert, donc pas bien loin de Dakar à vol de fou. A surveiller!

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Brown Booby / Fou brun ad.

On remonte la côte rocheuse, le sentier passe tout près d’une des zones de nidification des phaétons, le fameux “Paille-en- queue” dont les Iles de la Madeleine hébergent l’une des rares colonies de l’Ouest Atlantique (et de loin la plus proche de la terra firma du continent africain).

Faits réjouissants, la population locale est de nouveau bien suivie et les effectifs semblent plutôt à la hausse ici. Pour en savoir plus, voici un poster très instructif de la doctorante Ngoné Diop et ses collègues sur l’abondance, la phénologie et le succès de reproduction des phaétons de la Madeleine (format PDF, taille 1,6 MB). Enfin, ce poster sur l’avifaune de l’île a été présenté par l’équipe du PNIM lors de la conférence PAOC en octobre dernier. A noter toutefois que quelques imprécisions se sont glissées dans le texte de ce deuxieme document, en particulier la mention de Balbuzards nicheurs sur l’île, et que contrairement à ce qui est affirmé en conclusion, ce parc n’abrite pas une “grande diversité spécifique au niveau des oiseaux” – bien au contraire, le nombre d’espèces d’oiseaux est très faible, comme on peut logiquement s’y attendre pour une île de superficie restreinte et depourvue d’un mélange de biotopes variés. Le document contient toutefois des information intéressantes sur la place de cet îlot rocheux au sein de la culture léboue, expliquant du coup comment cette petite île a pu rester à l’écart du développement frénétique – et sans freins ni considérations environnementales – d’une grande métropole comme Dakar.

La photo ci-dessous est d’un adulte sur le nid en train de couver; il ne devrait pas encore y avoir de jeunes à cette date. [A noter que ce n’est pas dans mes habitudes de prendre des photos d’oiseaux au nid, donc je tiens à souligner que comme beaucoup d’autres espèces d’oiseaux marins, le phaéton ne semble pas trop perturbé tant qu’on ne reste que brièvement à proximité.]

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Red-billed Tropicbird / Phaeton à bec rouge

On avance donc pour boucler notre tour de l’île volcanique, et c’est là qu’on passe entre les baobabs remplis de nids de Cormorans à poitrine blanche. En effet, la colonie du PNIM est visiblement en pleine expansion, au point ou tous les baobabs (dont l’arbre sacre des Lebous!) sur cette partie de l’ile sont maintenant remplis de nids. Lors de mes précédentes visites en 2015 et 2013, elle ne debordait pas encore du secteur oriental de l’ile principale (et a propos de baobabs: en raison des vents et peut-etre le sol pauvre – et le degré de salinité? – ceux des iles de la Madeleine poussent plutot en largeur qu’en hauteur, leur donnant un aspect tout applati!)

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Ci-dessous d’abord un cormoran adulte en plumage nuptial: notez la poche (ou sac) gulaire verte et la tache jaune en-dessous de l’oeil, qu’on ne trouve pas en dehors de la saison de nidification. Ensuite, l’un des tout jeunes cormorans au nid et dont j’ai pu enregistrer les cris de quémande incessants, à écouter ici.

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Pour le reste, comme toujours il y a peu d’oiseaux sur l’île: deux faucons sont vus brièvement et trop loin pour en faire quelque chose donc il resteront des grands faucons indéterminés (d’autant plus qu’aussi bien le F. de Barbarie, le Pelerin et le Lanier ont tous les trois ont déjà été signalés sur ce site), quelques Courlis corlieux, un Tournepierre à collier, quelques Goélands bruns, 2-3 petits vols de Travailleurs à bec rouge, et 3 Moineaux dorés.

Egalement un Trachylepis (=Mabuya) perrotetii (le Mabouya, un lézard) et ces étonnants coléoptères trouvés en nombre vers l’un des baobabs “nains”: Analeptes trifasciata, considérés comme une peste car s’attaquant aux baobabs et autres arbres de la sous-région. Cet article nous apprend que le cycle de vie de ce gros coléoptère est assez classique: l’écorce de l’arbre hôte est sectionnée de manière à empecher la sève de couler, assèchant ainsi cette partie du bois ce qui permet à la femelle de déposer oeufs. Une fois éclos, les larves se nourrissent du bois, causant dégâts plus ou moins sérieux, apparemment surtout en saison des pluies lorsque les baobabs de l’île fleurissent. A espérer qu’ils ne finiront pas par avoir raison des seuls arbres poussant sur l’île, d’autant plus qu’une bonne partie vient d’être colonisé par les cormorans nicheurs… ce qui ne laisse pas bonne augure pour la survie des fameux baobabs nains de la Madeleine.

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