Palmarin, 29-30 janvier

Nouvelle escapade à Palmarin, cette fois pour y rejoindre les copains ornithos suisses venus visiter le Sénégal et faire un bout de route ensemble. Je retrouve Boris et Jérôme donc le jeudi soir à l’écolodge de Palmarin situé entre les villages de Diakhanor et Djiffer. Ils ont bien sûr plein de choses à me raconter et des observations mémorables à partager après un périple de deux semaines à la poursuite d’hivernants venus d’Europe. Après leur bref passage à Dakar, ils viennent de passer une dizaine de jours en brousse, d’abord du côté de Sindiara pour le dortoir impressionnant de Tourterelles des bois (quelques dizaines milliers d’oiseaux!), ensuite du côté de Khelcom pour les dortoirs à Busards cendrés, avant de partir sur l’île de Kousmar (dortoir énorme de Crécerellettes et Élanions nauclers). Comme ça fait envie ! Au moins j’ai donc la chance de pouvoir les rejoindre ici à Palmarin pour explorer cette partie du delta du Saloum ensemble.

Le lendemain matin on est debout avant l’aube pour attaquer une journée d’ornitho bien chargée : un tour à pied dans les alentours du lodge, une balade en pirogue dans la mangrove, une tournée dans les lagunes au nord de Ngalou, et enfin une virée en charrette dans la réserve communautaire de Palmarin en fin de journée. Une bonne douzaine d’heures d’observation plus ou moins non-stop, dans des supers coins que j’avais bien envie d’explorer encore suite à notre premier passage il y a deux mois : quel régal !

Où commencer ? Peut-être par l’impressionant Héron goliath dont on aperçoit deux individus dans la mangrove, les quantités impressionnantes de laridés et de sternes dans les lagunes, ou encore le spectacle des bécasseaux dans les lagunes. De ces derniers, il y en a  probablement plus de 2000 individus, essentiellement des sanderlings mais également pas mal de minutes, des cocorlis et quelques variables. Pendant qu’on les observe, un Faucon pèlerin (un calidus?) tente sa chance… et pour cette fois rate sa piquée mais l’envol des limicoles est spectaculaire. Les rapaces sont d’ailleurs bien représentés dans le coin : si les Busards cendrés et des roseaux parcourent méthodiquement les plaines, un Circaète Jean-le-Blanc ne fait que passer brièvement ; on croise deux fois le Gymnogène, un Vautour africain tourne au loin, les Balbuzards sont bien sûr au rendez-vous, et des Faucons crécerellettes sont vus çà et là.

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Bécasseau minute / Little Stint

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Bécasseau cocorli / Curlew Sandpiper

Motivé par nos lectures de bagues sur les Barges à queue noire au Technopole et sachant que la région de Palmarin constitue un site d’escale important pour cette espèce, j’espérais retrouver encore des individus bagués. Ce n’est pas le cas : aucune queue noire à l’horizon ! Sans doute passent-elles plus de temps dans la région en automne avant de continuer dans les sites d’hivernage de la Casamance et de Guinée-Bissau, et à cette date de nombreux individus ont déjà entamé leur migration prénuptiale, réputée bien plus rapide et avec moins d’escales que celle d’automne. Par contre, la Barge rousse est en ce moment assez commune dans les lagunes autour de Diakhanor, avec plusieurs dizaines d’oiseaux vus répartis en quelques groupes. Surprise : un individu est bagué en couleurs, visiblement issu d’un programme de baguage hollandais. Mais d’où vient-elle ? Du Grand Nord en tout cas, au-delà du Cercle polaire en Scandinavie voire en Russie. J’espère en avoir la réponse bientôt [malheureusement cet individu a perdu une bague, donc impossible de connaître son origine]. Les Goélands bruns, Goélands railleursMouettes à tête grise et Sternes caspiennes sont pour la plupart soit trop loin, soit posés dans l’eau, donc peu d’opportunités pour rechercher encore des individus bagués (la seule lecture faite est celle d’un railleur très probablement local).

En plus des nombreux limicoles, sternes et autres laridés venus du Nord, le coin est bien riche en migrateurs paléarctiques: Coucou-geai, Huppe fasciée (dont une senegalensis), Bergeronnettes printanières (essentiellement des flavissima et iberiae sembe-t-il) et grises, Hypolaïs polyglotte et obscure, Pouillot de Bonelli, Rougequeue à front blanc, Rossignol philomèle, Fauvettes passerinette et grisette, Pie-grièche à tête rousse. Notamment cette dernière espèce est particulièrement nombreuse. Pour compléter ce tableau, mentionnons encore les Martinets pâles vus en migration active dans la matinée, déjà en route pour leurs sites de nidification.

Chez les locaux, on note entre autres le Martin-chasseur strié, deux fois deux Martinets d’Ussher, les Astrild-cailles, les Piquebœufs à bec jaune, le Rollier varié et autres Gravelots pâtres.

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Gravelot pâtre / Kittlitz’s Plover

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Astrild-caille à face noire juv. / African (Black-faced) Quailfinch

 

Le moment le plus mémorable de ce séjour est sans aucun doute la visite crépusculaire de la réserve de Palmarin. Rejoints par Pierre Baumgart, une autre vieille connaissance en visite depuis la Suisse, on part en charrette jusqu’au point d’observation des hyènes, où l’on se pose pour attendre la sortie de cet animal énigmatique. C’est là que commence un défilé d’oiseaux de toutes sortes pendant plus d’une heure, un mélange bien sympa d’hivernants et de résidents : Élanion blanc, Bergeronnette printanière, Hypolaïs polyglotte, Rollier d’Abyssinie, Calaos à bec rouge et à bec noir, Guêpier de Perse, Hirondelles de fenêtre, de Guinée et rustique, Martinets des palmiers, Coucal du Sénégal, Tchagra à tête noire, et ainsi de suite. Les Perroquets youyou se font de plus en plus bruyants et ont visiblement un dortoir dans le coin, car on dénombrera plus de 30 individus. Mais surtout, quel plaisir de voir nos deux artistes à l’œuvre, le carnet de dessin dans une main, le crayon dans l’autre, le regard attentif sur les oiseaux qui se posent devant nous.

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Pierre, Boris et Jérôme à l’oeuvre

 

Le retour de ce coin bien sympathique se fait de nuit, et avant de déposer Pierre aux Collines de Niassam on a la chance de voir une Mangouste à queue blanche. Belle observation aux phares de la voiture d’une bête qui nous était inconnue et dont la taille est vraiment impressionnante pour une mangouste. Et les hyènes ? Pas vues, mais ce n’est pas grave, ce sera pour une prochaine fois… peut-être. Par contre les Chacals dorés – ou plutôt devrais-je dire les Loups d’Afrique comme il a été récemment démontré par analyse génétique – sont au rendez-vous : on les entend à la tombée de la nuit, et on en voit un de jour passant tranquillement au bord d’une des lagunes.

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Piqueboeuf à bec jaune / Yellow-billed Oxpecker

 

On en remet une couche le samedi matin lorsqu’on part explorer une autre partie de la réserve, mais bientôt il est déjà temps de repartir sur Dakar… En partant on fait quelques arrêts-minute au gré des oiseaux aperçus en bord de route, ce qui nous permet d’ajouter quelques espèces à la liste, notamment autour d’une mare juste au sud-ouest du village de Samba Dia : Jacana d’Afrique, 3 ou 4 Ombrettes et quelques Vanneaux du Sénégal.

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La mare près de Samba Dia

 

Une dernière escale au Technopole permet à Jérôme de boucler la boucle entamée ensemble deux semaines plus tôt, avant de repartir en Gruyère le soir même. Boris, je le retrouverai dans 10 jours lors de son retour du Niokolo-Koba et de Kédougou !

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  1. Delta du Saloum: Palmarin, 19-21 août | Senegal Wildlife - August 26, 2016

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