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Petite revue de la bibliographie ornithologique sénégalaise, 2016-2019 (Troisième partie)

Cette troisième et dernière partie de notre petite série sur la littérature ornithologique sénégalaise concerne la documentation des divers ajouts à l’avifaune du pays. Les publications qui suivent décrivent donc les « premières » pour le pays, par ordre chronologique de publication.

Ces articles ont été publiés dans l’un ou l’autre des deux revues de prédilection pour ce type de notes, soit le Bulletin de l’African Bird Club et Malimbus de la Socété d’ornithologie de l’Ouest africain (à laquelle, en passant, chaque ornitho qui s’interésse à l’avifaune du Sénégal ou de manière plus large de l’Afrique de l’Ouest devrait adhérer!).

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Pour une liste complète des nouvelles espèces de ces douze dernières années, voir ce billet; voir aussi les parties I et II de notre revue bibliographique.

 

  • Première mention du Merle obscur pour le Sénégal: Benjumea & Pérez 2016. First record of Eyebrowed Thrush Turdus obscurus for Senegal and sub-Saharan Africa. Bull. ABC 23: 215-216.

Découverte fortuite incroyable, le 10/12/15 dans un jardin d’hôtel, par deux ornithos espagnols en marge d’une de leurs missions d’étude dans le PN de la Langue de Barbarie. Il s’agit de la deuxième mention de cette espèce sibérienne sur le continent africain, alors qu’elle hiverne normalement en Asie du sud-est, la première provenant de Merzouga au Maroc en décembre 2008. Comme quoi presque n’importe quel migrateur à longue distance d’origine paléarctique peut se retrouver égaré dans nos contrées… et comme quoi, ça sert de toujours avoir un appareil photo à portée de main!

 

  • Delannoy 2016. Les premières observations de l’Alouette à queue rousse Pinarocorys erythropygia au Sénégal. Malimbus 38: 80-82.

La première observation documentée de cette alouette peu connue a été faite dans le Boundou du 10 au 12 novembre 2015, suivant deux observations antérieures non encore publiées formellement, toutes deux du Niokolo-Koba: la première en février 1985, la deuxième en novembre 1992.

C’est donc une alouette à rechercher en hiver dans le sud-est du pays, mais son apparition est probablement très aléatoire, étant une espèce à caractère erratique qui se trouve ici tout à fait en limite de son aire “hivernale” régulière. Elle fréquente les savanes arborées ouvertes tout comme des zones cultivées, affectionnant particulièrement des zones récemment brûlées.

 

  • Première observation de la Bergeronnette à longue queue au Sénégal: Pacheco, Ruiz de Azua & Fernández-García 2017. First record of Mountain Wagtail Motacilla clara for Senegal. Bull. ABC 24: 88-89.

Cette mention de Dindéfélo en mars 2015 reste pour le moment la seule pour le pays, bien qu’il soit possible que cette bergeronnette soit un visiteur non-nicheur plus ou moins régulier dans l’extrême sud-est du pays, dans les contreforts du Fouta-Djallon. A rechercher aux abords du fleuve Gambie et des ruisseaux de vallons autour de Kédougou.

 

  • Observations remarquables du Sénégal, dont la première de l’Engoulevent pointillé: Blanc et al. 2018. Noteworthy records from Senegal, including the first Freckled Nightjar Caprimulgus tristigma. Bull. ABC 25: 58-61.

En plus de la description des observations de l’engoulevent, espèce maintenant considérée comme résidente à Dindéfélo et sans doute dans des milieux similaires dans les environs, les auteurs rapportent des données nouvelles concernant l’Engoulevent doré (dans le Khelkom), à Dindéfélo le Drongo occidental (encore le Drongo de Ludwig à l’époque, auparavant connu uniquement de la Casamance), le Traquet de Heuglin (nicheur sur le plateau de Dande) ainsi que le très discret Sénégali à ventre noir, et enfin le Bihoreau à dos blanc et le Martin-pêcheur azuré au bord du fleuve Gambie à Mako. Ces deux derniers sont depuis plusieurs années assez régulièrement observés dans cette région, notamment autour de Wassadou.

Avec l’espèce précédente, le Trogon narina et deux indicateurs différents, Dindefelo détient clairement la palme en tant que hotspot pour la découverte de nouvelles espèces pour le pays.

 

  • Première donnée du Fou à pieds rouges au Sénégal: Moran et al. First record of Red-footed Booby Sula sula for Senegal. Bull. ABC 25: 213-215.

Le 19/10/16, un Fou à pieds rouges immature a été photographié à environ 10 milles marins au nord de Dakar, lors d’une sortie en mer en marge du PAOC, observation que nous avions déjà rapportée ici. Depuis, pas moins de quatre mentions supplémentaires sont connues, toutes autour de la presqu’île du Cap-Vert: un oiseau en janvier 2018 au PNIM, puis trois fois à Ngor en 2018-2019 dont quelques oiseaux ayant stationné pendant plusieurs semaines ou même mois (deux ind. en mai-juin 2018, un en novembre 2018, et un vu régulièrement en juin-août 2019 dont encore ce 12/8 comme les quatres jours précédents!).

Avec l’augmentation des effectifs aux Iles du Cap Vert on peut s’attendre à d’autres observations dans le futur.

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Red-footed Booby / Fou à pieds rouges, au large de Dakar, Oct. 2016 (B. van Gemerden)

 

  • Première observation d’une Frégate superbe pour le Sénégal: Piot & Lecoq 2018. First record of Magnificent Frigatebird Fregata magnificens for Senegal. Bull. ABC 25: 216-218.

Notre observation de fin avril 2017 reste pour le moment la seule confirmée pour le pays. Bien qu’il puisse s’agir d’une des deux dernières femelles des Îles du Cap-Vert (où l’espèce ne niche plus depuis 1999), une origine néotropicale semble plus probable. Le site de reproduction le plus proche de l’Afrique de l’Ouest est l’île de Fernando de Noronha, situé au nord-est du Brésil à environ 2’650 km de Dakar. D’autres données de frégates dans la sous-région concernent des observations en Gambie (Frégates superbes en 1965 et 1980, puis une frégate sp. en 2005) et au Ghana (Frégate aigle-de-mer F. aquila en 2010, espèce aussi notée aux iles du Cap-Vert en 2017 et donc également d’apparition possible dans les eaux sénégalaises). A quand la prochaine mention dans le pays?

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Magnificent Frigatebird / Frégate superbe f., PNIM, April 2016 (BP)

 

  • Première donnée du Pipit farlouse au Sénégal: Piot 2018. First record of Meadow Pipit Anthus pratensis for Senegal. Malimbus 40: 67-69.

Le 1er janvier 2018, j’ai la chance de trouver un Pipit farlouse aux abords de la lagune de Yène sur la Petite Côte non loin de Dakar. Bien que l’identification ait été confirmée par les cris caractéristiques de l’espèce, plusieurs personnes semblent toujours douter de l’identité de cet oiseau, me disant qu’il s’agit plutôt d’un Pipit à gorge rousse… Le plumage assez contrasté de cet oiseau de permier hiver peut effectivement faire penser à cette espèce, mais d’autres critères et notamment l’absence de stries sur le croupion (visibles sur photo, comme celle-ci) permettent d’éliminer le Pipit à gorge rousse, tout comme le cri d’ailleurs qui est très différent. L’espèce étant connue du sud de la Mauritanie, l’apparition d’un Pipit farlouse égaré au Sénégal n’est pas bien étonnante.

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Meadow Pipit / Pipit farlouse, Yene, Jan. 2018 (BP)

 

En plus de ces sept publications, plusieurs autres sont sous presse ou sont sur le point d’être soumis et seront publiés dans les mois à venir : l’Indicateur de Wahlberg vu plusieurs fois en 2018 (Caucanas et al.), le Gonolek de Turati en 2018 (Bargain & Piot) et l’Anomalospize parasite en février 2019 (Bargain, Caucal & de Montaudouin) tous les deux découverts en Casamance, et enfin la Tourterelle turque en 2016 (BP).

Il y a aussi quelques premières obs encore non encore publiées formellement, notamment nos Martinets horus (rédaction prévue!) de l’an dernier et l’Indicateur de Willcocks de février dernier. Tout comme des mentions un peu moins récentes d’oiseaux qui pour le moment ont été observés une seule fois dans le pays (Epervier d’Europe, Milan royal, Grue cendréeBécasseau d’Alaska) mais dont je doute qu’une publication verra un jour le jour, bien malheureusement…

Quoiqu’il en soit, je vous tiens bien entendu au courant de la suite!

 

Je me permets de terminer en faisant un peu de pub pour une autre publication sur les oiseaux du Sénégal, dans un tout autre registre de celles qui précèdent mais toute aussi intéressante : un recit de voyage naturaliste sous forme de magazine auto-édité par mes amis Frédéric et Jérémy. Truffée de superbes photos, des textes riches en informations pertinentes et anecdotes diverses, c’est bien plus qu’un simple rapport de voyage, où chacun trouvera quelque chose à son goût. De Dakar au Djoudj en passant par les Trois-Marigots, le Gandiolais, et bien d’autres encore!

A decouvrir (et à commander) ici

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Petite revue de la bibliographie ornithologique sénégalaise, 2016-2019 (Deuxième partie)

Si les publications passées en revue dans la première partie étaient en grande partie issues d’études scientifiques menées par des chercheurs académiques, les articles présentés ici sont pour la plupart rédigés par des ornithologues de terrain et de passionnés d’oiseaux fréquentant régulièrement le pays ou qui, comme moi, ont la chance d’y résider et de pouvoir apporter des contributions, certes modestes, à nos connaissances de l’avifaune. Finalement il y aura encore une troisième partie, sinon cet article serait un peu trop long et risquerait de devenir un peu trop ennuyeux!

On s’intéresse ici donc essentiellement au statut et à la répartition des oiseaux du Sénégal, avec dans l’ordre taxonomique les publications suivantes, toujours pour la période 2016-2019:

  • Mortalité massive de Puffins majeurs le long de la côte de la Gambie en juin 2011, et observations récentes au Sénégal: Barlow, Piot & Fox 2018. Great Shearwater Ardenna gravis mass mortality in The Gambia in June 2011, recent observations from Senegal, and evidence for migration patterns. Malimbus 40: 10-20.

Au moins 103 Puffins majeurs sont trouvés rejetés sur 7 km de plages en Gambie en juin 2011, constituant les premières données de l’espèce pour ce pays. Les mesures biométriques à partir de 18 crânes sont présentées et nous résumons les observations publiées pour le Sénégal, la Mauritanie et les îles du Cap-Vert, tout en rapportant de nouvelles informations pour le Sénégal (issues de mes suivis de la migration devant Ngor!). Les mouvements de Puffins majeurs suivis par satellite depuis les sites de reproduction de l’Hémisphère Sud vers l’Atlantique Nord ainsi que leurs stratégies de nourrissage au cours de leur migration sont discutés. La faim est proposée comme cause probable de la mort des oiseaux échoués.

Nous avons également pu contribuer des données récentes obtenues à Ngor à deux autres articles récents traitant d’observations d’oiseaux de mer en Gambie, rédigés par nos collègues gambiens Clive Barlow et Geoff Dobbs :

  • Barlow 2017. First proof of Sooty Shearwater Puffinus griseus in The Gambia, May 2012. Malimbus 39: 56-58 [Première preuve pour le Puffin fuligineux en Gambie, en mai 2012]
  • Barlow & Dobbs 2019. New observations of five species of pelagic seabirds in The Gambia in early 2018, with information from previous years. Malimbus 41: 32-40 [Nouvelles observations de cinq espèces d’oiseaux de mer en janvier-février 2018 en Gambie].
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Great Shearwater / Puffin majeur, Ngor, Nov. 2017 (BP)

 

  • Le Grèbe castagneux, aujourd’hui une espèce reproductrice résidente en Gambie, avec une aire de reproduction au Sénégal étendue: Barlow, Piot & Bargain 2018. Little Grebe Tachybaptus ruficollis now a breeding resident in The Gambia, with an expanded breeding range in Senegal. Malimbus 40: 47-54.

Nous rapportons ici l’historique du Grèbe castagneux en Gambie et au Sénégal, en fournissant des données nouvelles sur la reproduction et de nouveaux sites de nidification depuis 2001. L’utilisation de plans d’eau artificiels en tant que sites de nidification contribue à l’extension de la saison de reproduction ainsi que de l’aire de répartition dans cette région.

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Sites de nidification du Grèbe castagneux au Sénégal et en Gambie

 

  • Taille de la population et phénologie de reproduction du Phaéton à bec rouge aux Iles de la Madeleine: Diop et al. 2019. Population Size and Breeding Phenology of Red-Billed Tropicbirds (Phaethon aethereus) on Iles de la Madeleine, Senegal. Waterbirds 42: 100-106.

La phénologie de reproduction et la répartition dans les sites de nidification des phaétons ont fait l’objet d’un suivi du 6 juin 2014 au 18 mai 2016 dans le PN des Îles de la Madeleine, avec des visites tous les 15 jours pour enregistrer les nids actifs et leur contenu. Ngoné et ses collegues trouvé jusqu’à 76 sites de nidification mais seulement 49 étaient actifs en 2014-2015 et 45 en 2015-2016. Les phaétons se reproduisent tout au long de l’année, mais le nombre de nids actifs a culminé d’octobre à janvier, ce qui peut être lié au caractère saisonnier de l’upwelling océanique. Les nids ont été regroupés dans quatre zones et leur répartition et leur occupation peuvent être liées à la direction du vent pendant le pic de reproduction saisonnier d’octobre à mai. Le succès de reproduction était généralement élevé (62,9% en 2014-2015 et 47,3% en 2015-2016) par rapport aux autres colonies se reproduisant dans des eaux moins productives. Étant donné la singularité et la petite taille de cette population, une surveillance, une gestion et une protection stricte sont nécessaires pour garantir sa viabilité.

  • Effectif exceptionnel de Vautours percnoptères observé au Sénégal en novembre 2017, avec historique et actualisation de son statut au Sénégal et en Gambie: Caucanas, Piot, Barlow & Phipps 2018. A major count of the Egyptian Vulture Neophron percnopterus in Senegal in November 2017, with notes on its history and current status in Senegal and The Gambia. Malimbus 40: 55-66.

Nous rapportons l’observation d’un groupe de 30 Percnoptères d’Egypte le 26/11/17 dans la RNC du Boundou, soit le groupe le plus important jamais documenté au Sénégal et en Gambie et l’un des plus importants pour le Sahel. En déclin rapide dans la plus grande partie de son aire de répartition, nous dressons un état des lieux des observations et données obtenues par suivi GPS depuis la première mention en 1913, et nous proposons qu’elle soit considérée comme migratrice peu fréquente ne nichant pas dans ces deux pays, étant régulière seulement dans l’extrême est du Sénégal.

  • Déclin d’une population urbaine de Vautours charognards sur 50 ans à Dakar: Mullié et al. 2017. The decline of an urban Hooded Vulture Necrosyrtes monachus population in Dakar, Senegal, over 50 years. Ostrich 88: 131-138.

A Dakar, comme dans de nombreux centres urbains de l’Afrique de l’Ouest, les Vautours charognards ont toujours été des charognards urbains caractéristiques. Le récent déclin dans d’autres parties de l’Afrique a motivé, en 2015, son inscription sur la Liste rouge de l’UICN comme espèce menacée « En danger critique d’extinction ». Comme nous l’avons déjà rapporté, nous avons mené une enquête sur son statut actuel à Dakar afin d’effectuer une comparaison avec les données disponibles depuis un demi-siècle. Une forte baisse (>85%) a été notée, la population estimée passant de 3’000 individus en 1969 à seulement 400 en 2016. Ce déclin correspond aux chutes constatées ailleurs en Afrique mais contraste avec les populations apparemment stables de la Gambie à la Guinée. Les causes probables sont 1) une urbanisation galopante entraînant une perte de sites d’alimentation et une réduction de la disponibilité de nourriture, 2) un empoisonnement accru de chiens sauvages due à une recrudescence de la rage et 3) une disparition accrue des arbres appropriés pour la nidification et le repos.

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Hooded Vulture / Vautour charognard, Technopole, June 2019 (BP)

 

  • Voies de migration de la population méditerranéenne de la Sterne voyageuse: Hamza et al. 2017. Migration flyway of the Mediterranean breeding Lesser Crested Tern Thalasseus bengalensis emigrates. Ostrich 88: 53-58.

Un programme de baguage a été mis en place de 2006 à 2012 dans les colonies de Libye, soit les seules sites en Méditerrannée. A partir d’un total de 1354 couvées baguées à l’aide de bagues métalliques et/ou couleurs, 64 ont été retrouvées le long de leur voie migratoire ou sur leur aire d’hivernage.

Cependant, les auteurs écrivent que « le Sénégal et la Gambie sont au cœur de l’aire d’hivernage, » affirmation erronée rectifiée par Dowsett & Isenmann 2018 (Wintering area of the Libyan breeding population of Lesser Crested Tern. Alauda 86: 65-68) qui démontrent que la principale zone d’hivernage se trouve en Guinée-Bissau et en Sierra Leone. Bien que quelques dizaines à quelques centaines d’oiseaux hivernent bel et bien en Sénégambie, l’essentiel des nicheurs libyens hiverne donc un peu plus au sud. Cela n’enleve cependant en rien la conclusion de Hamza et collègues, comme quoi « la conservation de cette population particulièrement localisée et menacée ne réclame pas seulement une protection des sites de reproduction mais également celle des escales migratoires et des sanctuaires d’hivernage»

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Lesser Crested Tern / Sterne voyageuse portant une bague posée en Libye, Ngor, May 2013 (P. Robinson)

 

  • Un afflux de Hiboux des marais en Afrique de l’Ouest pendant l’hiver 2017/18: Piot 2019. An influx of Short-eared Owls Asio flammeus in West Africa in winter 2017/18.  Bull. ABC 26: 206-212 [publication prévue dans le prochain numéro, en septembre].

Pendant l’automne 2017 et l’hiver 2017/18, un afflux sans précédent a eu lieu en Afrique de l’Ouest et particulièrement au Sénégal ; des observations ont également été réalisées en Gambie, en Guinée-Bissau et en Mauritanie. Entre début novembre 2017 et mi-avril 2018, 22 observations concernant au moins 24 oiseaux ont été rapportées: ceux-ci ont peut-être hiverné plus au sud que d’habitude en raison des rudes conditions hivernales en Europe de l’Ouest. Les effectifs fluctuent probablement aussi en fonction des densités d’acridiens au Sahel, où une part importante du régime alimentaire peut être constituée d’insectes. L’espèce devrait y être considérée comme un migrateur régulier et un hivernant localement peu commun en petit nombre, avec des variations interannuelles importantes. La rareté des observations dans la région est probablement due aux habitudes crépusculaires et nocturnes de l’espèce, et aussi à une présence très limitée d’observateurs.

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Short-eared Owl / Hibou des marais, Technopole, Dec. 2017 (BP)

 

  • L’étude par géolocalisateurs révèle que le Martinet unicolore des Canaries hiverne en Afrique de l’Ouest équatoriale: Norton et al. Geolocator study reveals that Canarian Plain Swifts Apus unicolor winter in equatorial West Africa. Publié sur le site de l’African Bird Club (je suppose qu’un article formel suivra; cliquez le lien pour obtenir le PDF).

Même s’il ne s’agit pas d’une étude sénégalaise, elle a toute son importance pour nous: en effet, le suivi par géolocalisateurs a montré que le Martinet unicolore hiverne dans la zone forestière de l’Afrique de l’Ouest, et que l’espèce fait partie de l’avifaune du Sénégal. C’était sans doute l’une des grandes découvertes de ces dernières années – tout comme nos Martinets horus, dont un article portant sur notre étonnante trouvaille de janvier 2018 est en cours de préparation.

En juillet 2013, 16 Martinets unicolores, espèce endémique des Canaries qu’on pensait lagement sedentaire (ailleurs, vu seulement dans les régions cotières du nord-ouest de l’Afrique), ont été équipés de géolocalisateurs dans deux colonies de reproduction sur Tenerife. (Un géolocalisateur, minuscule appareil électronique pesant moins d’un gramme, mesure l’intensité du rayonnement solaire et l’heure, et enregistre ces données pendant une année; au retour de l’oiseau, celles-ci permettent de reconstituer son itinéraire). Parmi ces 16 individus, deux ont par la suite été retrouvés dans la colonie. Les deux oiseaux ont passé la majeure partie de l’hiver dans les forêts de l’est du Libéria. Ils ont quitté la colonie en octobre et novembre respectivement, et ont parcouru au moins 2’600 km pour hiverner, passant toute la période d’hivernage jusqu’en mars-avril 2014 dans les forêts de la Haute-Guinée au Libéria, en Guinée et en Côte d’Ivoire. La route migratoire prénuptiale comprenait le passage dans plusieurs pays où l’espèce n’avait là non plus jamais encore été signalée, dont le Sénégal, la Gambie, la Guinée-Bissau et la Sierra Leone. L’étude souligne l’importance de l’écosystème forestier de la Haute-Guinée pour au moins certains Martinets unicolores, les oiseaux passant plus de la moitié de l’année dans ce hotspot de biodiversité. Elle montre également qu’il devrait donc être possible d’observer cette espèce in natura au Sénégal, notamment en automne et au printemps, même si l’identification sera forcément délicate.

  • La Fauvette de Moltoni au Sénégal et en Afrique de l’Ouest: Piot & Blanc 2017. Moltoni’s Warbler Sylvia subalpina in Senegal and West Africa. Malimbus 39: 37-43.

Récemment élevée au rang d’espèce après la révision taxonomique du complexe des Fauvettes passerinettes, l’aire d’hivernage de la Fauvette de Moltoni était en grande partie inconnue. A la suite d’observations récentes au Sénégal, où sa présence a été enregistrée annuellement depuis 2013, nous avons passé en revue les observations faites en Afrique de l’Ouest : celles-ci suggèrent que l’espèce est largement répartie dans le Sahel, du Sénégal au Nigéria. Il semble que l’espèce soit plus abondante à l’est de cette zone, cependant l’aire de répartition précise et son abondance nécessitent plus de recherches, tout comme ses stratégies de mue et de migration.

  • Rose et al. 2016. Observations ornithologiques au Sénégal. Malimbus 38: 15-22.

Cinq observations d’espèces rares ou peu communes sont décrites, toutes de janvier 2015, dont on peut cependant se poser la question si une publication était réellement nécessaire, car leur simple inclusion dans la rubrique des observations récentes de l’ABC aurait sans doute suffi. Quoiqu’il en soit, les auteurs relatent les observations d’un Onoré à huppe blanche dans le delta du Saloum (où l’espèce est maintenant assez régulièrement vue, à Toubacouta), d’un Hibou des marais aux Îles de la Madeleine, d’un Engoulevent du désert au Djoudj, d’un Martin-pêcheur azuré au Niokolo-Koba, et d’un Sirli du désert dans le Ndiael. La prédation d’un Héron garde-bœufs par un Aigle martial, ainsi que l’histoire de vie d’une Barge à queue noire baguée, sont également rapportées.

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Dutch and English colour-rigned Black-tailed Godwits / Barges à queue noire baguées aux Pays-Bas et en Angleterre, Technopole Jan. 2016 (BP)

 

Deux autres notes courtes sont également à mentionner ici, la première traitant de notre observation d’une pie-grièche hybride du lac Tanma en 2017 (Piot & Caucanas 2019. A hybrid shrike Lanius in Senegal; publication prévue dans le prochain bulletin de l’ABC), l’autre d’une observation de plusieurs Travailleurs à bec rouge à env. 100 km au large de la côte sénégalaise, soit la donnée la plus éloignée du continent jusqu’à présent (Quantrill, R. 2017. Red-billed Queleas Quelea quelea at sea off Senegal. Bull. ABC 24: 216).

Puis au moins deux articles supplémentaires traitant du statut et de la distribution d’oiseaux au Sénégal sont prévues pour publication ces prochains mois, dans la revue Alauda : le premier sur les quartiers d’hiver et les voies de migration du Pouillot ibérique (Isenmann & Piot), le second sur les résultats de nos suivis 2017 et 2018 de la migration des oiseaux de mer à Ngor (première partie prévue en décembre, 2e partie en début d’année prochaine).

La troisième et dernière partie de notre petite série sur la literature ornithologique sénégalaise concernera la documentation des divers ajouts à l’avifaune du pays.