Dindéfélo!

Dindéfélo, enfin!

Le mois dernier, j’ai rejoint la bande de copains genevois pour la 2e moitié de leur virée dans le Grand Sud-Est sénégalais. Suite à un voyage ornitho mémorable en novembre 2016, de Dakar au Djoudj et à Richard Toll et de Kousmar à Palmarin en passant par Toubacouta, tout le monde avait envie de découvrir cette autre partie du Sénégal, celle des régions de Tambacounda et Kédougou.

Après une mise en forme dans les environs de la Somone et de Popenguine où l’on a passé le weekend ensemble (Turnix mugissant! Bécasseau de Temminck! Loup africain!), l’équipe est partie en direction du sud-est, avec l’escale obligatoire à Kousmar. Suivent cinq jours dans le Niokolo-Koba et au campement de Wassadou – on y reviendra dans un futur article, si on arrive à boucler un rapport de voyage rapidement (on vous doit encore un rapport de 2016!!).

Dindéfélo donc. Après avoir rejoint le groupe et notre excellent guide Carlos à Wassadou, on prend la route pour ce petit haut-lieu de l’ornithologie sénégalaise. Situé dans les contreforts du Fouta-Djalon – le toit de l’Afrique de l’Ouest, où prennent source tous les grands fleuves de cette partie du continent – la réserve naturelle communautaire de Dindéfélo n’est qu’à deux pas de la frontière avec la Guinée. Les forêts de galerie, falaises abruptes et plateaux de latérite, le tout entouré d’une savane arborée relativement bien préservée, recèlent toute une série d’oiseaux qu’on ne trouve pas ailleurs dans le pays. C’est loin de Dakar (14h de route!), mais ça en vaut plus que la peine. Les attentes étaient donc nombreuses et ambitieuses: allait-on voir le Trogon, les Traquets à ventre roux, Rufipenne de Neumann et autres Anaplectes? Aura-t-on la chance de tomber sur l’Amarante de Kulikoro (= A. du Mali), de trouver la Cisticole de Dorst? Et surtout, les Chimpanzés seront-ils au rendez-vous?

On a donc débarqué le samedi soir au campement villageois de Dindéfélo (il y en a plusieurs, celui-ci se trouve en bordure du village au départ du sentier pour les cascades), juste à temps pour faire un petit tour dans les environs du campement avant la tombée de la nuit: Tchitrec bleu, Gobemouche drongo, Pririt à collier, Petit-duc africain étaient là pour nous accueillir (African Blue Flycatcher, Northern Black Flycatcher, Common Wattle-eye, African Scops Owl).

Le lendemain, c’est l’excitation collective générale: on part à la découverte de la réserve. On est nombreux (11!) donc on s’éparpille forcément, chacun y a va à son rythme et selon ses envies. Avant même d’arriver dans la forêt proprement dite, d’aucuns auront vu le Coucou de Klaas, l’Echenilleur à épaulettes rouges, d’autres une Hyliote à ventre jaune, Souimanga violet, Apalis à gorge jaune, ou encore Gladiateurs souffré et de Blanchot, Choucador à queue violette et j’en passe (Klaas’s Cuckoo, Red-shouldered Cuckoo-Shrike, Yellow-bellied Hyliota, Violet-backed Sunbird, Yellow-breasted Apalis, Grey-headed & Orange-breasted Bush-Shrike, Bronze-tailed Starling). Dans la forêt, au niveau du dernier groupe de laveurs de linge (comme l’écrivait l’ami Simon, avec une ambiance sonore agitée! et surtout, pas trop top pour faire des enregistrements), Cyril et moi apercevons un Trogon narina: on prévient le reste du groupe et tout le monde aura la chance de voir cette espèce si convoitée par les ornithos, trouvée seulement en 2010 pour la première fois dans le pays, ici même à Dindéfélo (Aransay et al. 2012). Au moins quatre individus seront vus lors de notre séjour, tous dans le vallon des chutes de Dindéfélo.

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Narina’s Trogon / Trogon narina

 

Dans le même registre, deux autres espèces nouvelles pour le Sénégal ont été observées pour la première fois à Dindéfélo ces dernières années: l’Engoulevent pointillé en mars 2016 par J.-F. Blanc et cie. (avec enregistrement de Marc Thibault ici), et la Bergeronnette à longue queue en avril 2015 (Pacheco et al. 2017). Il en est de même pour d’autres groupes faunistiques, avec p.ex. la première donnée de la Genette de Johnston ou encore ce serpent et ces amphibiens nouveaux trouvés par Monasterio et al. (2016).

Une escale à la chute d’eau permet de très bien voir un Autour de Toussenel adulte longuement posé près des cascades, et dans les falaises tout près on voit une dizaine d’Hirondelles isabellines (qui je vois ont été splittées par HBW, sous le nom d’Hirondelle de Fischer Ptyonoprogne rufigula). Parmi les autres spécialités locales, on verra le Traquet familier, le Barbion à croupion jaune, le Touraco vert, et le Souimanga à tête verte (Red-chested Goshawk, Rock Martin, Familiar Chat, Yellow-rumped Tinkerbird, Guinea Turaco, Green-headed Sunbird).

Sur le plateau de Dande, où on passera la nuit dans le sympathique campement local du petit village peulh, on verra notre première Mésange gallonnée et le premier Mahali à calotte marron de la semaine (White-shouldered Black Tit, Chestnut-backed Sparrow-Weaver). Un Petit-duc à face blanche (Northern White-faced Owl) se fait brièvement entendre le soir, et on aura la chance d’apercevoir un Gallago lors d’une excursion nocturne dans les environs du village.

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On passe la matinée sur ce curieux plateau parsemé de termitières “champignons” créant un paysage assez unique, avec de belles observations de Cochevis modeste, particulièrement nombreux ici, le Bruant d’Alexander, encore des Traquets familiers, et ainsi de suite. (Sun Lark, Gosling’s Bunting, Familiar Chat).

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Sun Lark / Cochevis modeste

 

La surprise du jour viendra d’une Gorgebleue peu farouche, se nourrissant entre les termitières dans un coin on ne peut plus sec… vraiment inattendu vu la localité et le milieu: sans doute un migrateur en escale, déjà en route pour rejoindre ses quartiers d’été en Europe de l’Ouest. (L’autre surprise sera un peu moins agréable: une attaque d’abeilles sauvages, à l’aube près de la grotte de Dande. Disons que la course qui s’en suit nous a bien réveillés!).

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Bluethroat / Gorgebleue à miroir

 

Il est déjà temps de quitter le plateau, car les deux prochaines nuits on les passe de nouveau à Dindéfélo. Et surtout, on a rendez-vous avec des cousins dans l’après-midi: on part à la rencontre des Chimpanzés! Les trois sorties – les groupes sont limitées à trois personnes par sortie – sont organisées à travers le charmant centre d’accueil de la réserve, où l’on s’occupe des formalités pour payer la visite avec un écoguide de Ségou.

La descente de Dande à Dindéfélo permettra à une partie du groupe d’ajouter le Rufipenne de Neumann et l’Étourneau amethyste (Neumann’s & Violet-backed Starling) à la liste. Un ou deux Laniers évoluent à la limte des falaises et du plateau, tandis que quelques Vautours charognards, africains et de Ruppell nous passent par-dessus (Hooded, White-backed & Ruppell’s Vultures). Dans la même zone, quelques-uns d’entre nous aurons la chance d’observer le Crécerelle renard (Fox Kestrel), cette autre spécialité locale étroitement liée aux milieux rupestres.

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Pendant que le premier groupe part dans la vallée de Ségou, le reste de l’équipe s’en va explorer la brousse entre Dindéfélo et Ségou, à la recherche d’Amarantes masqués et de la Cisticole de Dorst notamment. On verra très bien ces deux espèces, avec en bonus une série prestigieuse d’espèces localisées ou très clairsemées et souvent difficiles à trouver au Sénégal: une ou deux Rémiz à ventre jaune, quelques Prinia à ailes rousses, un Bruant a ventre jaune, un couple de Traquets à front blanc et un de Pics à dos brun, et plusieurs Gobemouches pâles (Yellow Penduline-Tit, Red-winged Warbler, Brown-rumped Bunting, White-fronted Black Chat, Brown-backed Woodpecker, Pale Flycatcher). Deux autres visites dans le même secteur les jours suivants permettent d’ajouter entre autres l’Hirondelle à taches blanches, l’Amarante du Kulikoro et le Torcol fourmillier (Pied-winged Swallow, Mali Firefinch, Wryneck). Plusieurs de ces oiseaux fort sympathiques ont pu être enregistrées et surtout photographiées par mes amis mieux équipés (et surtout meilleurs photographes!) que moi, donc des photos devraient suivre encore pour la plupart. Pour les prises de sons, rendez-vous habituel sur xeno-canto (lien direct vers mes enregistrements de Kédougou ici).

 

Le soir au campement, j’entends un engoulevent chanter au loin, au pied des falaises: une écoute plus rapprochée le lendemain soir confirmera qu’il s’agit de l’Engouvelent pointillé, avec au moins deux chanteurs au loin mais encore bien audibles, au milieu du concert d’au moins six Petits-ducs africains qui se répondent (Freckled Nightjar, African Scops Owl).

Le vallon de Ségou est assez différent de celui de Dindéfélo, avec un milieu plus ouvert dans la première moitié du vallon, parsemé de rôniers, puis une alternance de forêt sèche et de bambous denses. Nos trois visites dans le secteur sont plutôt fructueuses: Beaumarquet aurore, (enfin! l’une de mes coches du séjour :-), Amarantes du Kulikoro et à ventre noir, Capucin pie, Tourterelle de l’Adamaoua (un chanteur), Buse d’Afrique, Mélocichle à moustaches pour ne citer que les plus marquants (Red-winged Pytillia, Mali & Black-bellied Firefinch, Magpie Mannikin, Adamawa Turtle-Dove, Red-necked Buzzard, Moustached Grass-Warbler). La diversité d’amarantes – et donc logiquement aussi de combassous, même si on n’a vu que le Combassou du Sénégal) – est impressionnante, avec pas moins de quatre espèces, sans compter l’Amarante pointé vue à plusieurs reprises par mes camarades à Wassadou. Et à propos d’amarantes: j’apprends que HBW a aussi splitté l’Amarante masqué en trois espèces distinctes, dont l’Amarante vineux pour Lagonosticta vinacea (Vinaceous Firefinch) qui du coup deviendrait donc un nouvel endémique régional, étant restreint à la Sénégambie, la Guinee-Bissau, la Guinée et le Mali.

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Red-necked Buzzard / Buse d’Afrique

 

C’est déjà mercredi, il est temps de quitter la zone car on a encore prévu une nuit à Kédougou afin de pouvoir visiter le secteur de Fombolimbi, situé à une vingtaine de kilomètres au sud-est du chef-lieu régional. Dans les falaises, sur le plateau et autour des affleurements rocheux on espère trouver encore quelques oiseaux typiques de ces milieux. Mais avant de rejoindre Kédougou, on fait d’abord escale près du fleuve Gambie, où l’on observera entre autres un couple de Mahalis nourrissant un jeune, BateleurCircaètes cendré et de Beaudouin, Busard des roseauxFaucon ardoiséMartin-chasseur strié, une famille de Poulettes de roches, etc. (Chestnut-backed Sparrow-Weaver, Bateleur, Western Banded & Beaudouin’s Snake-Eagle, Grey Kestrel, Striped Kingfisher, Stone Partridge). Au bord du fleuve juste sous le hameau se trouve une colonie de Guêpiers à gorge rouge, accompagnés d’un Guêpier écarlate (Red-throated & Northern Carmine Bee-eaters). On n’a pas le temps de partir plus vers l’amont mais la zone semble très prometteuse et pourrait bien réserver quelques surprises encore.

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La sortie dans le secteur de Fongolimbi sera fructueuse: tout le monde aura la chance de voir le Traquet à ventre roux, un distant Aigle martial, un couple d’Anaplectes à ailes rouges (dans une petite ronde, comprenant aussi Bagadais casqués et Zosterops jaunes), et quelques Rufipennes de Neumann – ces derniers en toute fin de journée près du hameau de Thiéwoune, vraisemblablement en rassemblement avant de partir sur un dortoir dans les environs (Mocking Cliff Chat, Martial Eagle, Red-headed Weaver, White-crested Helmetshrike, Yellow White-eye, Neumann’s Starling). Sympa de voir ces derniers dans leur milieu naturel et non sur des immeubles au centre-ville de Bamako! Deux Pigeons bisets dans la falaise pourraient bien être des “vrais” bisets, mais on ne les verra que brièvement (Rock Dove).

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Northern Red-headed Weaver / Anaplecte à ailes rouges (selon HBW, qui distingue maintenant deux especes d’Analplectes au lieu d’une seule)

 

Et les Chimpanzés alors? Ce sera pour un prochain article!

Tout comme, peut-être, le compte-rendu de notre escale à Wassadou et la longue route de retour sur Dakar en passant par Kaffrine à la recherche du Turnix à ailes blanches dans les environs de Mbar (spoiler alert: on fera chou blanc!). Faut juste que je trouve le temps pour écrire, pas facile en ce moment!

On essaiera aussi de revenir avec une mise à jour de la liste des oiseaux de la réserve et des environs de Dindéfélo, après intégration des diverses espèces nouvellement trouvées depuis l’inventaire de Fernández-García et al. en 2011. On notera ainsi une dizaine d’autres espèces qui n’avaient pas été trouvées à l’époque; quelques autres observateurs – dont Gabriel Caucal encore en décembre dernier – ont également pu compléter la liste qui s’établissait à 220 espèces à l’époque (ou peut-être 199, selon la liste détaillée). Actuellement elle compte au moins 237 espèces (dont 173 vues lors de notre séjour) et il y en a certainement d’autres encore à ajouter.

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Pour en savoir plus sur la réserve de Dindéfélo, rendez-vous sur dindefelo.net.

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2 responses to “Dindéfélo!”

  1. José María Fernández says :

    Excellent post!

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  1. Year in review: 2018 | Senegal Wildlife - January 4, 2019

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