La migration en mer devant Dakar: l’automne 2017 (2ème partie)

Comme promis, ci-dessous la suite de notre petite synthèse du suivi de la migration à Ngor. Au cas où vous l’auriez loupée, la première partie se trouve ici.

PomarineSkua_Pelagic_20171115_IMG_6003

Pomarine Skua moulting / Labbe pomarin en mue (2nd c.y.?), Nov. 2017

Je reprends ici le tableau des espèces, même si cette deuxième partie traite uniquement des limicoles, labbes, laridés, sternes et de quelques autres migrateurs (cliquez/tapez pour agrandir).

Seawatch_2017_Summary

Limicoles (Waders)

  • Huîtrier pie (Eurasian Oystercatcher): vu lors d’une séance sur quatre, c’est avec l’espèce suivante le limicole le plus régulier. Généralement des oiseaux isolés ou par 2-3 ensemble, rarement plus (max. de 7 le 12/10).
  • Courlis corlieu (Whimbrel): de loin le limicole le plus nombreux, avec plus de 500 oiseaux dénombrés. Le passage s’effectue – sans surprise – tôt en saison, les premiers oiseaux étant observés le 28/7 (certainement que d’autres les avaient déjà précédés courant juillet, le Corlieu étant l’un des migrateurs paléarctiques les plus précoces). Le matin du 9/8, ce ne sont pas moins de 293 Courlis corlieux qui passent devant le Calao, en 3h30 de suivi… impressionnant! Les effectifs deviennent plus modestes dès le début du mois de septembre, avec un dernier migrateur supposé le 27/10.
  • Barge rousse (Bar-tailed Godwit): ce limicole venu du Grand Nord est bien moins fréquent que l’espèce précédente, qu’il accompagne d’ailleurs volontiers. Plus de la moitié des 67 barges sont vues le 24/8, après quoi le passage est occasionnel avec des petits effectifs à chaque fois.
  • Phalarope à bec large (Grey Phalarope): le seul limicole “pélagique”, cette espèce ne s’observe pas très souvent depuis le Calao; seuls une centaine d’oiseaux sont vus dont 70 qui passent en trois groupes le 28/10, suivis par 24 le 6/11. Quelques observations lointaines de limicoles indéterminés qui pourraient bien se rapporter à cette espèce.
  • D’autres limicoles vus en migration active sont le Courlis cendré (deux le 5/9), le Grand Gravelot, les Chevaliers gambette, aboyeur, guignette et même culblanc, le Combattant varié; aussi Bécasseaux sanderling, cocorli, variable, minute, et le Tournepierre. La plupart de ces limis sont vus lors des matinées pluvieuses, ou après des averses nocturnes, comme ce fut le cas le 24/8 lorsque pas moins de neuf espèces sont vues en migration active.
Oystercatcher_Ngor_20170930_IMG_4931

Oystercatcher / Huîtrier en escale devant le Calao

Labbes (Skuas/Jaegers)

Avec un total de 5’882 labbes dénombrés, il s’agit là du 3e groupe le plus nombreux à passer devant Ngor, après les puffins (36’335 ind.) et le sternes (22’307 ind.).

  • Labbe de McCormick / Grand Labbe (South Polar / Great Skua): la présence des deux espèces a été confirmée dans les eaux dakaroises, mais leur identification reste toujours délicate voire impossible sur le terrain, du moins en l’absence de bonnes photos. Ceci vaut encore plus pour les oiseaux vus en migration active, typiquement vus de loin et pendant quelques secondes ou 1-2 minutes tout au plus, leur séparation est généralement impossible. J’ai donc noté seulement quelques individus typiques comme étant des McCormick sûrs, soit les oiseaux de forme claire ou intermédiaire vus suffisamment bien. Le premier “grand labbe” est vu le 23/8 déjà – date hâtive pour un Grand, donc plutôt McCormick? – puis des isolés passent les 18 et 20/9. Le 8/10 je note un McCormick, le lendemain deux “sp.”, trois le 14/10, puis ce n’est que du 18/10 au 31/10 que ces oiseaux sont vus quasi quotidiennement, avec un max. horaire de 8 le soir du 24/10 – un peu moins donc que l’an dernier à la même période. Encore deux observations fin novembre et une le 3/12, portant le total à 75 oiseaux pour la saison.
  • Labbe pomarin (Pomarine Skua): avec un minimum de 3’368 oiseaux comptes, c’est l’une des espèces les plus nombreuses à passer devant Ngor. Le passage est régulier dès le 31/8, culminant dans la dernière semaine d’octobre et la première décade de novembre. Le maximum est noté le 7/11: pas moins de 957 individus en deux heures de suivi a peine! La fin du passage n’est pas incluse dans ce suivi 2017, car des oiseaux continuent de migrer encore, en nombres variables selon les jours, jusqu’à la 2e décade de décembre en tout cas (p.ex. 47 inds. en 75 min. le 15/12), avec certainement encore quelques oiseaux encore tout à la fin du mois. A noter qu’une bonne partie des 1’731 labbes non identifiés étaient sans doute des Pomarins – probablement au moins les deux tiers, car en plus d’être de loin le labbe le plus fréquent, la plupart des labbes non identifiés sont ceux qui passent loin au large, et on a l’impression – partagée par les équipes des années 2000 – que le Pomarin passe généralement plus au large que le Parasite, qui lui migre volontiers plus près des côtes. Sur l’ensemble de la saison, le rapport Pomarin/Parasite s’établit à environ 6:1.
  • Labbe parasite (Arctic Skua): espèce très régulière bien qu’en petits effectifs, de la dernière décade d’août jusqu’à la fin de la saison. Comme indiqué sur le graphique ci-dessous, il n’y a pas eu de pic bien net, contrairement au labbe précédent qui passe en force pendant une période bien concentrée. On constate également des différences dans le comportement de ces deux labbes: lors des jours de forte migration, les Pomarins passent souvent en groupes lâches comprenant jusqu’à plusieurs dizaines d’individus (max. env. 70 ensemble!), alors que le Parasite migre typiquement seul ou en paires, rarement plus de 3-4 oiseaux ensemble. Autre différence, le Pomarin migre régulièrement assez haut dans le ciel.
  • Labbe à longue queue (Long-tailed Skua): sur les 125 individus dénombrés, 123 sont passés vers le SW – effectif probablement légèrement sous-estimé, car quelques labbes indéterminés sont notés comme “Longue queue ou Parasite”. Ce labbe peut être vu de la mi-août jusqu’à mi-novembre, bien que les deux derniers individus (16 et 21/11) n’étaient pas en migration active: sans doute des oiseaux en escale. Les adultes passent surtout en août et septembre, alors qu’en octobre on voit essentiellement des immatures. Malheureusement je n’ai pas eu le luxe de noter les classes d’âge pour les labbes – là j’aurais besoin de renforts! – donc difficile d’en dire plus sur la répartition précise des immatures et des adultes au fil de la saison chez les trois “petites” espèces.

Skuas_2017_chart

Mouettes & Goélands (Gulls)

  • Mouette de Sabine (Sabine’s Gull): cette belle mouette est sans aucun doute l’une des espèces phares du site, et cette saison on n’a pas été déçus: après un avant-coureur vu le 9/8 déjà, le passage s’amorce timidement dès la fin août, pour devenir régulier à partir du 18/9 au moins. Un premier petit pic est noté le 21/9 (66 inds. en 1h15), puis le 10/10 (84 en 1h30), le 16/10 (182 en 2h)… effectifs qui nous semblaient déjà tout à fait corrects. C’était sans compter (pour ainsi dire!) sur la suite de la saison: Après cinq jours avec à peine quelques individus (sans doute lié aux vents dominants du N/NNE), j’en vois 484 en 2h30 de suivi le 24/10, puis le matin du 25/10, Miguel et moi en comptent pas moins de 1’415 (!) en 3h30, avec encore 77 individus supplémentaires comptés le soir en 1h20. Cela porte donc le total à 1’492 Mouettes de Sabine: à notre connaissance il s’agit là d’un nouveau record journalier pour le Sénégal et sans doute pour l’ensemble de l’Afrique de l’Ouest. En extrapolant, on peut estimer l’effectif total à quelques 4’850 oiseaux pour cette seule journée du 25/10! Quel spectacle que de voir des groupes de 20, 30 Mouettes de Sabines défiler à la queue-leu-leu… Il y a encore eu quelques bons jours début novembre, puis la migration s’arrête assez brusquement après le 13/11, lorsque les vents tournent vers le N/NE. Deux retardataires le 21/11 et un seul le 1/12 portent finalement le total de la saison à 3’326 oiseaux. Plus encore que pour les autres espèces pélagiques, le passage de cet oiseau devant les côtes est fortement influencé par la direction des vents: quasiment toutes les observations sont faites par vent modéré d’ouest à nord-ouest. Les autres jours, elle doit passer bien plus au large. Là non plus, il n’a pas été possible de tenir des statistiques sur les âges, mais c’est sûr qu’il y avait en tout cas cette année une forte proportion d’adultes; les juvéniles sont plutôt vus en fin de saison.

SabinesGull_2017_chart

  • Pour ce qui est des autres laridés, il y a surtout le Goéland d’Audouin: (voir cet article pour en savoir plus sur son statut au Sénégal) et le Goéland brun (Audouin’s & Lesser Black-backed Gulls). Une centaine pour le premier (env. 85 vers le SW) et 24 oiseaux (dont 14 vers le SW) pour le deuxième, auxquels il faut ajouter 16 “grands goélands indéterminés”, soit des Leucophées, bruns ou dominicains. Un très probable Goéland dominicain (Kelp Gull) passe le 11/8. Le Goéland railleur est vu à cinq reprises seulement, entre le 9/8 et le 8/11, la Mouette à tête grise seulement deux fois (isolés les 18 et 24/9) (Slender-billed & Grey-headed Gulls).

 

Sternes (Terns)

  • Sterne arctique / pierregarin (Arctic / Common Tern): cette paire regroupe 50% (49,8% pour être précis!) de toutes les sternes notées en migration, mais vu la difficulté de distinguer entre les deux taxons lorsque les groupes défilent rapidement devant le site de suivi, j’avais fait le choix de toujours les grouper – ce qui une fois de plus montre les limites de faire un tel suivi tout seul! De plus, j’ai dû estimer le passage certains jours de fort passage, et lorsque les oiseaux passaient très proches du rivage voire haut dans le ciel (surtout le cas avec l’Arctique) j’ai dû en louper pas mal. Du coup, difficile d’interpréter la phénologie telle que suggérée par la courbe ci-dessous. On y note toutefois un net pic à fin septembre, avec une moyenne horaire de près de 300 individus. Le pic de la Sterne arctique se situe apparemment plus tôt en saison (fin août/début septembre); celui de la Pierregarin environ un mois plus tard.

Common-ArcticTern_2017_chart

  • Sterne de Dougall (Roseate Tern): le total de 98 individus est à considérer comme un stricte minimum, car plusieurs individus sont sans doute passés inaperçus dans le flot de Pierregarins et Arctiques sans se faire détecter. Quoiqu’il en soit, la phénologie est assez nette, le passage étant régulier du 24/8 au 20/10, avec un dernier individu le 24/10. Le pic doit se situer à la mi-septembre, mais en l’absence de suivi du 7 au 17/9, difficile d’en dire plus. Un groupe inhabituellement grand (19 inds.) passe encore le 13/10.
  • Sterne naine (Little Tern): avec 186 individus, cette espèce peut être considérée comme migratrice régulière, en faibles effectifs, de fin juillet à fin octobre ou début novembre (un dernier oiseau est vu le 29/11, mais celui-ci n’était pas en migration active).
  • Sterne caugek (Sandwich Tern): près de 4’000 individus dénombrés, surtout de la mi-août à la mi-octobre, bien que le passage s’étale sur toute la saison: déjà fin juillet, des petits groupes sont notés, mais à partir de novembre il devient de plus en plus difficile de faire la part entre migrateurs actifs et oiseaux partant vers les reposoirs ou les sites de nourrissage situés plus au SW du Calao.

SandwichTern_2017_chart

  • Sterne voyageuse (Lesser Crested Tern): les premiers oiseaux sont vus dans la première décade d’août qui marque le début du passage régulier, qui s’étale jusqu’à la mi-novembre. Comme pour l’espèce précédente, il est parfois difficile de distinguer entre oiseaux en migration active et hivernants locaux. En effet, entre deux et cinq oiseaux fréquentent régulièrement la baie de Ngor dès le mois de septembre. Le très modeste pic du passage semble se situer dans la dernière décade de septembre.
  • Sterne royale “africaine” (African Royal Tern): très régulière mais rarement vue en nombres importants, cette sterne est vue tout au long de la saison, mais dès début octobre le passage ralentit fortement pour ne concerner plus que quelques individus (là aussi, il a souvent été difficile de faire le tri entre locaux et migrateurs). Au nord de Dakar, cette espèce ne se reproduit que dans deux grandes colonies, soit celles de la Langue de Barbarie et du Banc d’Arguin.
  • Sterne caspienne (Caspian Tern): vue irrégulièrement: seulement douze données sur l’ensemble de la saison, pour un total de 31 oiseaux présumés migrateurs actifs (max. 12 le 18/9; les trois derniers individus n’étaient probablement pas des migrateurs). L’origine de ces oiseaux peut être européenne ou africaine.
  • Guifette noire (Black Tern): l’une des espèces les plus régulières, avec un “taux de présence” de 87%: elle a donc manqué à l’appel seulement lors de quelques sessions. Effectif maximal de 740 individus le 22/9, lorsque plusieurs milliers ont dû passer devant Dakar. A noter que j’ai entendu des migrateurs nocturnes à plusieurs reprises migrer au-dessus de la maison aux Almadies lors du pic de fin septembre. Une Guifette moustac (Whiskered Tern) est vue le 14/10, mais d’autres sont certainement passées inaperçues, tout comme quelques Guifettes leucoptères ont pu passer au milieu des noires.

BlackTern_2017_chart

Autres taxons

J’en ai déjà mentionné plusieurs ici, donc juste pour résumer voici les autres espèces vues en migration active devant Ngor:

Trois Hérons cendrés et deux pourprés passent le 24/9, alors que des Grandes Aigrettes (1 le 12/10, 5 le 31/10) étaient probablement des migratrices en escale (une Aigrette intermédiaire était également présente le 31/10). Un Balbuzard est noté en migration active le 5/10, tout comme un Busard des roseaux le 12/10, un Faucon crécerellette le 15, et des crécerelles le 27/10 (2 ind.) et le 20/11 (1 ind.). Une Tourterelle des bois passe devant le Calao le 5/9, puis il y a eu ce fameux Hibou des marais le 2/12. Peut-être l’espèce la plus insolite a été la Huppe fasciée, avec deux observations d’individus ayant le même comportement les 18 et 24/9: à chaque fois, je repère l’oiseau arrivant du N ou du NNE volant au-dessus de l’océan et se dirigeant vers Ngor. Seuls quelques Martinets noirs sont vus en tout début de saison (les 5 et 12/8), avec un probable Martinet pâle, vu la date, le 22/10. Quelques Bergeronnettes printanières sont vues ou entendues entre le 14 et le 28/10, alors qu’une Bergeronnette grise survole le site le 30/11. Et enfin deux passereaux en escale sur les rochers ou la petite plage du Calao: quatre Traquets motteux (16/10-29/11) et deux Rougequeues à front blanc (14 & 24/10).

 

Je doute fort que j’aurai le temps de refaire un tel suivi l’automne prochain… bien qu’avec un peu de renforts lors des périodes “stratégiques” il doit être possible de faire encore mieux que cette année. Pour l’instant, on va essayer de renforcer le suivi au printemps (fin février / fin mai) mais là non plus ce ne sera pas possible tout seul… avis aux amateurs!

 

Tags: , , ,

2 responses to “La migration en mer devant Dakar: l’automne 2017 (2ème partie)”

  1. budpumba says :

    c’est un boulot de dingue ton recensement, un grand bravo !

Leave a Reply

Fill in your details below or click an icon to log in:

WordPress.com Logo

You are commenting using your WordPress.com account. Log Out /  Change )

Google photo

You are commenting using your Google account. Log Out /  Change )

Twitter picture

You are commenting using your Twitter account. Log Out /  Change )

Facebook photo

You are commenting using your Facebook account. Log Out /  Change )

Connecting to %s