La lagune de Yenne-Tode

Comme je le disais déjà dans l’article sur le Chevalier à pattes jaunes de la semaine dernière, la lagune de Yenne est en ce moment un site incroyablement riche en oiseaux. Au point où l’on y trouve actuellement plus d’oiseaux qu’au Technopole¹ – autant dire que ça cartonne!

Lorsque le site est rempli d’eau comme c’est le cas cette année, on trouve là une impressionnante diversité d’oiseaux. Rien qu’en quatre visites en l’espace d’autant de semaines, nous avons pu détecter la présence de pas moins de 144 espèces… Il ne doit pas y avoir beaucoup de sites dans la région de Dakar où il est possible de voir plus de 100 espèces en une matinée! Autant dire que c’est notre site favori du moment.

Il semblerait cependant que la situation soit très variable d’une année à une autre, comme en témoignent les deux articles de Paul dans lesquels il est question de cette zone: lire ici (octobre 2011) et là (octobre 2013), deux visites lorsque le site était largement en assec. Quoiqu’il en soit, cette lagune mérite bien d’être protégée et préservée, alors qu’actuellement elle ne bénéficie d’aucun statut de protection… ce qui vaut bien malheureusement pour la plupart des zones humides autour de la capitale: Technopole, les lacs de Malika et Mbeubeusse, les niayes du secteur Lac Rose – Kayar – Tanma, etc. A Yenne, les travaux routiers ont visiblement changé la dynamique hydraulique, et les premiers signes annonciateurs d’extension de la zone d’habitation à venir sont déjà là, y compris DANS une ancienne partie de la lagune.

Pour s’y rendre, voir Google Maps. A noter que le nom du site peut aussi s’écrire comme Yène Tode, Yene-Todé, et autres variantes. La visite pourrait se faire en combinaison avec une virée du côté de Popenguine ou de Toubab Dialaw, voire avec le Lac Rose qui n’est pas très loin, mais il faut prévoir 2-3 heures au minimum.

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Dans cette vaste zone humide on trouve en ce moment des canards en nombre, avec plus d’un millier d’individus de six espèces en tout lors de nos quatre visites ces dernières semaines: Dendrocygne veuf (plus de 500 le 18/11!! Et deux canetons âgés de deux semaines le 21/10, ML), +90 Canards souchets, +420 Sarcelles d’été, même des Canards pilets (env. 20 le 13/11). Le 29/10, Miguel a eu la chance de trouver une famille (locale?) de Canards à bosse et, surtout, une Oie-armée de Gambie, palmipède visiblement rare dans la région dakaroise. Mais ce sont donc surtout les canards européens dont les effectifs sont impressionants: à mettre en relation avec le manque d’eau sur d’autres zones humides, comme le lac Tanma mais surtout le Bas-Delta du Sénégal, qui connaîtrait un déficit pluviométrique important cette année?

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Les limicoles aussi profitent de cette grosse mare temporaire: plus d’une douzaine de Jacanas à poitrine dorée se nourrissant sur les nénuphars (y compris deux jeunes probablement nés localement), bien entendu les éternels Vanneaux éperonnés mais aussi à tete noire, ces derniers dans les parties plus sèches de la zone. Samedi dernier il y avait aussi cinq Avocettes, et de nombreuses Echasses blanches bien sûr, tout comme les Grands Gravelots mais aussi pour une fois des Petits Gravelots ainsi que quelques dizaines de pâtres, tout comme un Gravelot à collier interrompu vu samedi dernier. Les vasières abritent aussi pas mal de Pluviers argentés, quelques Barges à queue noire et une rousse, 5 Courlis corlieux le 29/10, des Becasseaux sanderlings, minutes, variables, cocorlis, et même maubèches… Cette dernière espèce semble d’ailleurs plus fréquente que d’habitude cet automne. Les sympathiques Tournepierres à collier se baladent entre tout ce beau monde, cherchant un caillou ou un coquillage à retourner… tandis que Chevaliers stagnatiles, aboyeurs, gambettes, sylvains, culblancs, et guignettes fréquentent les secteurs légèrement plus profonds du plan d’eau principal, tout comme plus d’une centaine de Combattants variés. Quelques Bécassines des marais se cachent dans la vegetation, tout comme au moins trois Rhynchées peintes.

Soit pas moins de 29 (!) espèces de limicoles pour l’instant, et je suis sûr qu’il nous en manque encore des réguliers, comme l’Huîtrier pie ou le Vanneau caronculé.

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African Jacana / Jacana a poitrine doree

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Avocet(te)

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Marsh Sandpiper / Chevalier stagnatile

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Ruff / Combattant varié

Du côté des laridés et des sternes, on trouve un peu de tout: quelques Mouettes à tête grise et surtout des rieuses et des Goélands raillers, parmi lesquels samedi dernier se trouvaient au moins quatre Mouettes mélanocéphales; le Goéland d’Audouin tout comme quelques Goélands bruns doivent être réguliers ici. Plusieurs centaines de Sternes caugeks semblent régulièrement utiliser le site comme reposoir, accompagnées par quelques royales, voyageusescaspienneshansels, naines et pierregarins en petit nombre. Les Guifettes noires étaient assez nombreuses fin octobre surtout, lorsque Miguel a aussi pu identifier une leucoptère.

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Caspian & Sandwich Tern, Slender-billed & Mediterranean Gull / Sterne caspienne & caugek, Goélands railleurs, Mouette mélanocéphale

 

Les grands échassiers ne sont pas en reste: hérons et aigrettes de toutes sortes bien sûr, dont les Herons pourpré et mélanocéphale et le Crabier chevelu, et même un Blongios de Stürm (Least Bittern!), à ma connaissance la première obs dakaroise. C’est Miguel qui a eu la chance de se retrouver nez à nez (à bec?) avec ce minuscule héron, un jeune individu, juste le temps de faire une photo témoin. Samedi dernier il y avait également au moins trois Ibis falcinelles – mes premiers de l’automne – et 1-2 Spatules blanches sont observées lors de nos deux dernières visites.

Parmi les autres oiseaux d’eau, citons les deux espèces de pélican, la Talève d’Afrique (une le 29/10), même la Foulque macroule (deux les 21 et 29/10, ML) et le Grèbe castagneux qui est nicheur ici. Et il doit bien de temps à autre se cacher une marouette dans la végétation palustre!

Il y a aussi les Balbuzards bien sûr, mais aussi plusieurs Busards des roseaux, un Circaète Jean-le-Blanc (13 & 18/11), Shikra (29/10), et samedi dernier aussi ce que nous avons identifié comme un jeune Circaète de Beaudouin, un Faucon lanier, et un Faucon chicquera.

Les passereaux migrateurs paléarctiques abondent en ce moment, que ce soit dans les acacias et tamaris (Rougequeue à front blanc, Fauvettes passerinette et grisette, Hypolaïs polyglottePouillots véloce et fitis) ou dans les scirpes et les abords du plan d’eau (Phragmite des joncs, Bergeronnettes grise et printanière, Pipit des arbres, Traquet motteux). Des visites régulières lors de l’hiver nordique révèleront sans doute d’autres passereaux encore.

Parmi les locaux, citons entre autres l’Alouette chanteuse, le Moinellette à oreillons blancs, la Veuve à collier d’or ou encore l’Astrild cendré. Le Cou-coupé semble relativement commun, y compris dans le village même. Deux Pipits à dos uni sont identifiés par Miguel le 29/10. Et aussi, bien curieusement, le Bruant d’Alexander! Le 18/11 nous avons eu la surprise de voir un jeune oiseau posé au bord de la lagune, bien loin de ses milieux de prédilection rocailleux. Sans doute un individu en dispersion depuis les collines de Toubab Dialaw (où il pourrait nicher) ou les falaises de Popenguine.

Enfin, une mention speciale pour le Coucou-geai et le Martinet pâle vus le 29/10, et cette Tourterelle pleureuse le 18/11.

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Chestnut-backed Sparrow-Lark / Moinelette à oreillons blancs

 

 

¹ Et justement au Technopole, quoi de neuf me demanderez-vous? Rien de bien exceptionnel lors de mes trois dernières visites! Tout de même un ajout à la liste: le Souimanga pygmée vu le 8/11 près du Club House. Des ornithos de passage y ont récemment noté la Rhynchée peinte que je n’ai pas vue depuis un bon moment ici, et aussi et surtout le Faucon de Cuvier qui ne figurait pas encore sur la liste. Le niveau d’eau est déjà assez bas, ce qui fait que les conditions sont bonnes pour bon nombre de limicoles (dont 10 Maubèches le 19/11) et de laridés (première Mouette mélanocéphale de la saison le 19/11) mais aussi pour les canards qui sont présents en nombres plus importants que ces trois dernières années: jusqu’à 45 Sarcelles d’été, 90 Canards souchets (premiers le 8/10), et même cinq Pilets dimanche dernier. Par contre, ça risque de s’assécher rapidement au cours des prochains mois, donc je doute qu’il restera beaucoup d’eau au printemps prochain… à suivre.

 

 

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  1. Yène 17/12: a rare duck, more waders & migrants | Senegal Wildlife - December 20, 2017

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