Les fous des Iles de la Madeleine, 27/11

Motivé par la visite au “PNIM” (Parc National des Iles de la Madeleine) par mes amis genevois une semaine auparavant, je suis enfin retourné sur ce site unique, situé un peu au large de la corniche de Dakar… et que je n’avais pas visité depuis juin 2015!

ilesdelamadeleine_panneauArrivés au bureau du parc  vers 15h, on a juste le temps de découvrir les nouvelles installations pédagogiques – par ailleurs très bien faits – puis toute la famille embarque sans délais sur le bateau au depart de la plage de Soumbedioune, par une mer remarquablement tranquille malgré le vent soutenu soufflant du nord (le retour en fin d’après-midi par contre se fera avec un gros retard, à l’indifference totale des écogardes et des plagistes dakarois – mais je ne vous embêterai pas avec cette histoire…).

Avant même d’arriver sur l’île principale, on aperçoit déjà quelques Phaétons à bec rouge, espèce emblématique du parc et objet de convoitise des ornithos de passage au Senegal. Puis en passant à côté du navire espagnol naufragé en août 2013 (on raconte que le capitaine du Almadraba Uno était ivre…), je répère un premier Fou brun, un bel adulte. C’est l’oiseau que j’espérais retrouver aujourd’hui, car il y a eu plusieurs observations récentes d’au moins 4 oiseaux ici (une semaine auparavant, les copains suisses avaient vu 2 adultes et 2 immatures).

Posé parmi plusieurs Cormorans à poitrine blanche, il sera vu seulement brièvement car le bateau ne s’arretera pas… on espère donc en retrouver plus tard lorsqu’on fait le tour de l’île à pied. Ce sera fait rapidement, lorsqu’on voit un immature en mer à deux reprises, probablement à chaque fois le même. Chose étonnante, celui-ci se prendra pendant un moment pour un labbe lorsqu’il poursuit un Balbuzard pêcheur portant un poisson dans les serres, mais il abandonnera au bout de quelques virevoltages sans trop inquiéter le balbu semble-t-il.

Un peu plus tard, on arrive sur la petite plage au sud de l’île d’où l’on a une bonne vue sur le fameux bateau qui sert maintenant de site de repos (et de nidification? J’ai cru entrevoir un nid…) aux oiseaux du PNIM. Il y a comme toujours quelques cormorans sur les mas, cheminées et autres perchoirs, mais point de sulidé en vue. Deux fous adultes sont posés sur la balise rouge et blanche bien loin derrière le navire, donc je me dis que les photos ce sera pour une prochaine fois. Mais à peine quelques minutes plus tard, un adulte passe tout près puis vient se poser de nouveau sur le bateau, d’abord sur un mat, puis il change de reposoir… permettant de belles observations et quelques clichés pas trop floues.

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Le nombre d’observations de Fous bruns est visiblement en augmentation ici à Dakar, et je doute que ce soit uniquement le résultat d’une plus forte pression d’observation. Si auparavant la plupart des observations provenaient des séances de seawatch en automne à Ngor ou aux Almadies, il y a maintenant des données de presque tous les mois, surtout en avril-juin et octobre-janvier, et les Iles de la Madeleine semblent particulièrement fréquentées depuis un ou deux ans au moins – et surtout, le fait d’avoir plusieurs oiseaux ensemble dont en tout cas 2 adultes est tout à fait nouveau. C’est à se demander si ces fous ne pourraient pas un jour tenter de nicher dans le parc, ce qui somme toute ne serait pas trop étonnant: l’habitat est favorable, la protection assurée, la nourriture abondante. D’ailleurs, d’ou viennent les deux jeunes oiseaux? Si ça se trouve ils ont reussi à nicher discrètement cette année déjà (les deux adultes en tout cas étaient déjà présents le 2 janvier, voir ce compte-rendu, avec photo des deux fous). Les nicheurs les plus proches se trouvent au large de la Guinée et aux Iles du Cap-Vert, donc pas bien loin de Dakar à vol de fou. A surveiller!

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Brown Booby / Fou brun ad.

On remonte la côte rocheuse, le sentier passe tout près d’une des zones de nidification des phaétons, le fameux “Paille-en- queue” dont les Iles de la Madeleine hébergent l’une des rares colonies de l’Ouest Atlantique (et de loin la plus proche de la terra firma du continent africain).

Faits réjouissants, la population locale est de nouveau bien suivie et les effectifs semblent plutôt à la hausse ici. Pour en savoir plus, voici un poster très instructif de la doctorante Ngoné Diop et ses collègues sur l’abondance, la phénologie et le succès de reproduction des phaétons de la Madeleine (format PDF, taille 1,6 MB). Enfin, ce poster sur l’avifaune de l’île a été présenté par l’équipe du PNIM lors de la conférence PAOC en octobre dernier. A noter toutefois que quelques imprécisions se sont glissées dans le texte de ce deuxieme document, en particulier la mention de Balbuzards nicheurs sur l’île, et que contrairement à ce qui est affirmé en conclusion, ce parc n’abrite pas une “grande diversité spécifique au niveau des oiseaux” – bien au contraire, le nombre d’espèces d’oiseaux est très faible, comme on peut logiquement s’y attendre pour une île de superficie restreinte et depourvue d’un mélange de biotopes variés. Le document contient toutefois des information intéressantes sur la place de cet îlot rocheux au sein de la culture léboue, expliquant du coup comment cette petite île a pu rester à l’écart du développement frénétique – et sans freins ni considérations environnementales – d’une grande métropole comme Dakar.

La photo ci-dessous est d’un adulte sur le nid en train de couver; il ne devrait pas encore y avoir de jeunes à cette date. [A noter que ce n’est pas dans mes habitudes de prendre des photos d’oiseaux au nid, donc je tiens à souligner que comme beaucoup d’autres espèces d’oiseaux marins, le phaéton ne semble pas trop perturbé tant qu’on ne reste que brièvement à proximité.]

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Red-billed Tropicbird / Phaeton à bec rouge

On avance donc pour boucler notre tour de l’île volcanique, et c’est là qu’on passe entre les baobabs remplis de nids de Cormorans à poitrine blanche. En effet, la colonie du PNIM est visiblement en pleine expansion, au point ou tous les baobabs (dont l’arbre sacre des Lebous!) sur cette partie de l’ile sont maintenant remplis de nids. Lors de mes précédentes visites en 2015 et 2013, elle ne debordait pas encore du secteur oriental de l’ile principale (et a propos de baobabs: en raison des vents et peut-etre le sol pauvre – et le degré de salinité? – ceux des iles de la Madeleine poussent plutot en largeur qu’en hauteur, leur donnant un aspect tout applati!)

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Ci-dessous d’abord un cormoran adulte en plumage nuptial: notez la poche (ou sac) gulaire verte et la tache jaune en-dessous de l’oeil, qu’on ne trouve pas en dehors de la saison de nidification. Ensuite, l’un des tout jeunes cormorans au nid et dont j’ai pu enregistrer les cris de quémande incessants, à écouter ici.

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Pour le reste, comme toujours il y a peu d’oiseaux sur l’île: deux faucons sont vus brièvement et trop loin pour en faire quelque chose donc il resteront des grands faucons indéterminés (d’autant plus qu’aussi bien le F. de Barbarie, le Pelerin et le Lanier ont tous les trois ont déjà été signalés sur ce site), quelques Courlis corlieux, un Tournepierre à collier, quelques Goélands bruns, 2-3 petits vols de Travailleurs à bec rouge, et 3 Moineaux dorés.

Egalement un Trachylepis (=Mabuya) perrotetii (le Mabouya, un lézard) et ces étonnants coléoptères trouvés en nombre vers l’un des baobabs “nains”: Analeptes trifasciata, considérés comme une peste car s’attaquant aux baobabs et autres arbres de la sous-région. Cet article nous apprend que le cycle de vie de ce gros coléoptère est assez classique: l’écorce de l’arbre hôte est sectionnée de manière à empecher la sève de couler, assèchant ainsi cette partie du bois ce qui permet à la femelle de déposer oeufs. Une fois éclos, les larves se nourrissent du bois, causant dégâts plus ou moins sérieux, apparemment surtout en saison des pluies lorsque les baobabs de l’île fleurissent. A espérer qu’ils ne finiront pas par avoir raison des seuls arbres poussant sur l’île, d’autant plus qu’une bonne partie vient d’être colonisé par les cormorans nicheurs… ce qui ne laisse pas bonne augure pour la survie des fameux baobabs nains de la Madeleine.

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