Guereo & La Somone, 18-19 mars

Voici un désormais presque classique compte-rendu des obs les plus marquantes faites pendant le weekend dernier, en l’occurrence aux alentours du lodge des Manguiers de Guereo. On y était déjà passés le mois dernier lorsque Boris et moi avons pu explorer la lagune de Somone et la réserve de Popenguine. Cette fois j’ai plutôt parcouru la brousse directement derrière le lodge, le long du rivage nord de la lagune.

Un petit tour en fin de journée après notre arrivée permet de retrouver une partie des mêmes espèces déjà vues le mois dernier: Barbican de Vieillot et Barbion à front jauneGuêpier nainPintade de Numidie, les deux espèces de calaosChoucadors à longue queue, à oreillons bleus et à ventre rouxPie-grièche à tête rousseCorvinelle à bec jaune etc. Egalement une bande d’une cinquantaine d’Astrilds cendrés se nourrissant dans les hautes herbes, une petite troupe de Moineaux dorés, un Traquet motteux, deux Autours sombres, puis surtout une belle surprise tout à fait inattendue: en longeant le périmètre extérieur du lodge alors qu’il commence déjà à faire nuit, je lève deux Courvites à ailes bronzées! Une coche pour moi d’un oiseau réputé difficile à trouver, non seulement du fait de ses discrètes habitudes crépusculaires et nocturnes, mais également en raison de son nomadisme. L’espèce affectionne particulièrement les terrains récemment brûlés (c’était le cas ici!), se reposant à l’ombre d’un buisson pendant la journée et restant alors la plupart du temps invisible.

L’un d’eux se pose à faible distance tandis que l’autre atterrit hors de vue dans les broussailles du jardin. J’ai alors tout loisir d’observer cet oiseau dans le détail et je tente quelques photos qui malgré la faible lumière ne ressortent pas trop mal. Le lendemain à l’aube, je les retrouve au même endroit. Cette fois la luminosité est encore pire donc je n’ai que quelques photos floues, mais on y voit une nette différence de coloration entre les deux oiseaux, peut-être aussi une différence de taille: seraient-ce un adulte et un jeune? Difficile de l’affirmer à coup sûr car je n’ai pas de photos montrant le dos et les ailes (qui chez un jeune auraient encore des lisérés sombres aux couvertures). Je n’ai pas trouvé de références à un éventuel dimorphisme sexuel, et il n’y a que peu d’images de juvéniles disponibles sur le web donc aucune certitude sur l’âge de ce 2e oiseau.

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Bronze-winged Courser / Courvite à ailes bronzées

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Bronze-winged Coursers / Courvites à ailes bronzées

Consultant le Birds of West Africa (Borrow & Demey), je constate que ce courvite, contrairement au Temminck, serait absent du quart occidental du pays – il n’y a qu’une petite croix rouge indiquant une observation isolée, sur la Petite Côte. Selon Morel & Morel, dans le nord du pays ce courvite est un “visiteur de saison des pluies assez commun en saison des pluies ; peut-être tout le territoire, selon les saisons […]”; Rodwell & Sauvage rapportent une observation d’un couple en mars 1990 à Mbour, donc non loin et à la même époque de l’année que l’observation relatée ici. Wim Mullié l’a vu une fois près de Toubab Dialaw, soit une dizaine de kilometres plus au nord, et bien sûr ailleurs au Sénégal (dont le Saloum), mais je n’ai pas retrouvé d’autres observations de la côte¹. En Gambie, Clive Barlow mentionne la présence de l’espèce sur au sud de l’embouchure du fleuve, et me dit qu’il y a des indices de mouvements saisonniers (observations dans des jardins d’hôtel ou d’oiseaux ayant percuté des fenêtres à Banjul). C’est d’ailleurs Clive qui a pu documenter le premier cas de nidification en Sénégambie, relaté dans une note brève dans le Bulletin de l’ABC 9.2 (2002). Le nid, trouvé en février 2002 en Gambie, était situé sur un terrain ravagé par un feu de brousse un mois auparavant: les similitudes en termes de saison et de biotope avec la donnée de Guereo sont frappantes. On peut donc supposer que le Courvite à ailes bronzées soit regulier, peut-être même en tant que nicheur, sur la Petite Côte et probablement jusqu’au Saloum.

Pour clore ce petit chapitre des courvites, ajoutons encore une photo du biotope, justement: les oiseaux se tenaient le long de la haie au centre de la photo. Le terrain a été brûlé il y a 6 semaines environ “pour protéger les plantations de manguiers des feux de brousse.”

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Je continue donc ma balade matinale en direction de l’amont de la lagune. Deux Spatules blanches passent en vol, quittant la lagune peu après l’aube: sont-elles en route vers l’Europe? S’ajoutent encore à la liste une bande d’Irrisors moqueurs agaçant un Autour sombre, un Faucon pèlerin adulte transportant une proie que j’identifie comme Tourterelle mailléeVanneaux à tête noire et bien sûr éperonnés, etc. Surtout, j’arrive enfin à faire quelques enregistrements corrects car il n’y a que peu de vent ce matin, à écouter sur xeno-canto.

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Yellow-billed Shrike / Corvinelle à bec jaune

 

La deuxième surprise du séjour proviendra d’un petit passereau terne et discret, que je prends d’abord pour une Hypolaïs obscure, mais en l’observant je vois rapidement que l’oiseau ne cesse de hocher la queue: il doit donc s’agir d’une Hypolaïs pâle, espèce beaucoup moins fréquente en Afrique occidentale. Je tente de prendre des photos et des sons, qui me permettent plus tard de confirmer mon identification. Rien que le mouvement de la queue, très régulier, est tout à fait caractéristique et le distingue des Hypolaïs obscures dont la structure et le plumage sont très proches. J’ai eu la chance de pouvoir saisir deux clichés montrant ce hochement, permettant de simuler le mouvement (image du bas). D’autres caractères moins évidents sont également visibles: bec plus fin, lisérés clairs au secondaires formant une plage alaire pâle, plus ou moins bien visible selon la position de l’oiseau, queue relativement courte, petite tache noire devant l’oeil (visible sur certaines photos uniquement). Si le chant diffère entre les deux espèces, le cri – un tchac ou tchec assez doux mais insistant, régulièrement émis pendant que l’oiseau se nourrit dans les buissons – est très similaire sinon identique à celui de l’obscure.

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Eastern Olivaceous Warbler / Hypolaïs pâle

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Eastern Olivaceous Warbler showing tail-wagging movements / Hypolaïs pâle montrant le mouvement de la queue

Qu’en est-il au juste de la répartition de ce taxon au Sénégal? Peu d’observations sont connues, si bien que beaucoup de cartes de répartition n’incluent pas le pays ni même la partie occidentale de l’Afrique de l’Ouest. Les Morel font état de deux captures de la sous-espèce reiseri (celle qui niche en Afrique du Nord-Est et dont certains hivernent en Sénégambie), mais Borrow & Demey n’incluent pas la Sénégambie dans l’aire d’hivernage alors qu’il existe plusieurs observations documentées, notamment des captures en Gambie. Il n’y a à ma connaissance que l’excellent Reed and Bush Warblers (Kennerley & Pearson 2010) dont la carte de répartition – avec délimitation des sous-espèces de surcroît – paraît correcte pour la région.

Les buissons où se tenait l’hypolaïs étaient fréquentés par plusieurs autres passereaux en hivernage ou en escale ici: un Pouillot véloce, 2-3 Rougequeues à front blanc, une ou deux Fauvettes grisettes. Mais il est temps d’avancer…

Côté lagune, une brève visite prés de l’embouchure permet d’estimer (à la louche!) 350-400 Sternes royales, au moins 20 caugeks, 70 Goélands railleurs, 150 bruns, 20 Mouettes à tête grise, et au moins 2 Mouettes rieuses et 2 Sternes hansel – tous aussi bruyants les uns que les autres. Les Sternes royales, bien qu’elles ne soient pas nicheurs ici, paradent à volonté. Dans la vasière, quelques Pluviers argentés, Barges rousses,  Chevaliers aboyeurs et gambettesCourlis corlieux et un Courlis cendre sont les seuls limicoles à se montrer. Ici, la surprise provient de 5 Grues couronnées vues brièvement survoler la lagune au milieu de laquelle elles semblent se poser. Cette espèce emblématique, au statut de conservation Vulnérable selon la Liste Rouge de l’IUCN, n’est sans doute que de passage en très petit nombre sur la Petite Côte et dans les régions de Dakar et Thiès, à en croire la poignée d’observations dont nous avons connaissance.

 

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Western Red-billed Hornbill / Calao occidental

 

¹ Entre-temps (le 4/5/16) j’ai tout de même trouvé cette observation faite par Etienne Henry qui a photographié un Courvite à ailes bronzées le 17/10/13, aussi à la Somone (“du côté “sec” de la lagune, à l’est, pas très loin de la piste qui mène au Dalaal Diam”).

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