La réserve naturelle de Somone : une perle de la Petite Côte

Le village côtier de Somone, situé à une 60aine de kilomètres au sud-est de Dakar, est bien apprécié des dakarois et des touristes pour sa plage, ses hôtels et ses activités nautiques. Somone se trouve en limite nord du développement incontrôlé de la Petite Côte, qui se voit ici brusquement stoppé par la lagune faisant office d’obstacle naturel (mais pour combien de temps ?). Beaucoup de ses visiteurs passent à côté de ce petit bijou naturel qu’est la lagune de Somone et sa mangrove protégée depuis 1999. La réserve naturelle d’intérêt communautaire a pour objectifs tout autant la protection d’un espace naturel sensible que la préservation des ressources halieutiques et naturelles exploitées de manière « douce » par les communautés voisines. Sa création et la restauration de la mangrove par la population locale – en particulier par les femmes – sont une véritable success story qu’il importe de souligner ici (par contre son site web, www.reservedesomone.com, semble encore en cours de construction). D’ailleurs, le reboisement des palétuviers continue encore à l’heure actuelle.

J’avais déjà fait une visite éclair de la lagune en juillet 2012 au retour d’une excursion à Popenguine, et ce long weekend de la Tabaski était l’occasion d’y retourner en famille afin de voir comment le site avait évolué entre-temps et surtout pour redécouvrir l’avifaune locale à l’heure de l’arrivée des premiers migrateurs paléarctiques. Une première sortie en fin de journée m’a permis de trouver le sentier de découverte de la mangrove, remarquablement bien entretenu et facilement accessible depuis le village. Long d’à peine un kilomètre, ponctué de panneaux didactiques, il permet d’apprécier pleinement la vie de la mangrove et d’observer les oiseaux de la lagune depuis une tour observatoire.

Départ du sentier didactique de la réserve

Départ du sentier didactique de la réserve

Arrivé aux abords de la mangrove à marée basse, j’ai l’occasion de voir les premiers limicoles : Chevaliers gambettes, guignettes, aboyeurs, Grands Gravelots, Courlis corlieux, un Pluvier argenté et même quelques Tournepierres, tous occupés à se nourrir dans la vasière. Les Œdicnèmes du Sénégal, eux, somnolent à l’ombre des tamaris, alors que quelques Hérons striés, les Aigrettes des récifs, Hérons cendrés et garde-bœufs (dont une colonie est active dans la mangrove) sont bien en évidence. Un furtif Martin-pêcheur huppé, des Tisserins à tête noire, quelques Souimangas à longue queue et un petit groupe de Cratéropes à tête noire se laissent observer depuis le sentier. Ces derniers préfèrent nettement les zones plus humides que les Cratéropes bruns, également présents aux abords de la réserve, mais sinon leur comportement sociable et bruyant est bien similaire. C’est généralement les cris répétés qui permettent de les repérér dans la végétation dense; ceux-ci sont nettement plus lents et plus “métalliques” que ceux des Cratéropes bruns [cliquez ici pour écouter un enregistrement].

La tour d’observation permet de voir les Pélicans aussi bien gris que blancs, les Grands Cormorans, et encore des Corlieux qui constituent sans doute l’espèce de limicole la plus nombreuse en cette saison. Au retour, deux Coucous jacobins – espèce uniquement présente en saison des pluies au Sénégal – se laissent admirer. La surprise du jour ne sera qu’entendue : un chant bien caractéristique de la Rousserolle des cannes, dont une petite population existe à Dakar, notamment au Technopôle, ainsi que plus au nord dans le delta du Sénégal (lire l’article sur ce blog où il est question de ce taxon). La présence de l’espèce dans la région dakaroise serait donc assez récente et la carte de répartition du guide des oiseaux de l’Afrique de l’Ouest (Demey & Borrow 2014) ne mentionne pas l’espèce sur la Petite Côte (ni à Dakar d’ailleurs), mais j’ai retrouvé une photo datant de 2013 d’un individu au golf de Saly, à peine 10km au sud-est de la Somone. Il semblerait donc que l’espèce se soit désormais aussi installée ici et qu’elle fréquente les mangroves aussi bien que les roselières.

Plan

Le lendemain matin, je pars à l’aube en direction de l’intérieur des terres en suivant les abords de la lagune sur sa frange méridionale. Plus de deux heures de marche me permettent de pleinement apprécier l’étendue de la réserve qui s’étend sur quelques 700 ha. Les mêmes limicoles que la veille, plus un Chevalier culblanc, quelques Courlis cendrés, 4 Vanneaux à tête noire… les passereaux ne sont pas en reste avec notamment ma première Fauvette passerinette et deux Hypolaïs polyglottes de retour de leurs quartiers de nidification en Europe. Je prends un moment pour observer le manège d’un Ecureuil terrestre (ou Ecureuil fouisseur, Xerus erythropus) qui semble avoir trouvé quelque chose à grignoter, sous l’œil attentif d’un Vanneau éperonné. Cette sortie était aussi l’occasion de tester notre nouvel appareil photo, un Canon Powershot 60x, dont voici quelques premiers résultats.

Oedicnème du Sénégal / Senegal Thick-knee

Oedicnème du Sénégal / Senegal Thick-knee

Vanneau éperonné / Spur-winged Lapwing

Vanneau éperonné / Spur-winged Lapwing

Tournepierre mangeant un crabe / Turnstone eating a crab

Tournepierre mangeant un crabe / Turnstone eating a crab

Cochevis huppé / Crested Lark

Cochevis huppé / Crested Lark

Peu après, la sortie en bateau avec toute la famille et quelques amis : on prend là l’angle de vue inverse et après avoir navigué le labyrinthe des palétuviers on fait un petit tour à pied, observant crabes et oiseaux. Les Sternes caspiennes, royales, caugeks et Guifettes noires ainsi que quelques dizaines de Goélands bruns (dont un portant une bague bleue, malheureusement trop loin pour lire l’inscription) et 2 Audouins seront observés, tout comme un petit groupe de Bécasseaux variables et sanderlings. Une quarantaine de Barges rousses, sans doute fraîchement arrivées depuis le Grand Nord, passent en vol. Deux-trois Balbuzards survolent la réserve, un poisson dans les serres. Au retour de la virée sur la lagune j’ai le plaisir de rencontrer Sonko, un des gardes de la réserve mais surtout un ornitho local enthousiaste et visiblement fin connaisseur de la réserve et de ses environs.

La Somone en bateau

La Somone en bateau

Enfin, avant de quitter Somone pour rentrer sur Dakar, j’amène la famille voir le sentier de découverte. Les mêmes espèces, plus un Engoulevent à longue queue levé par Daniel et qui sera la 69e espèce observée pendant le weekend. C’est décidé, on reviendra un autre jour car la réserve cache encore de nombreuses surprises !

La lagune à marée montante

La lagune à marée montante

Le site d'ostreiculture, avec en arrière-plan la héronnière

Le site d’ostreiculture, avec en arrière-plan la héronnière

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